À mesure que la canicule s’installe en Europe, l’addition grimpe pour l’économie : selon Allianz, la canicule pourrait amputer la croissance de l’Europe de 0,5 point de PIB en 2025, avec des pertes plus lourdes dans le Sud. La raison est simple : la canicule dégrade l’activité, fragilise la productivité et accroît les risques d’incendies.
La canicule jette un coup de froid sur la croissance européenne

En plein mois d’août, alors que la canicule se prolonge, l’étude d’Allianz apporte un chiffrage inédit de son impact macroéconomique. La canicule ne se limite pas en effet pas à un phénomène météorologique et un risque sanitaire : elle pèse sur l’économie, l’activité et la croissance, d’autant que l’Europe enregistre des records de chaleur.
Canicule et PIB : un coup de froid sur la croissance à cause de la chaleur
Allianz évalue la facture macroéconomique de la canicule en 2025 : -0,5 point de PIB pour l’Europe, -0,6 point pour les États-Unis et -1,0 point pour la Chine. La canicule n’affecte toutefois pas chaque économie de la même manière : l’impact serait minime en Allemagne (-0,1 point) mais marqué en Espagne (-1,4 point), en Italie (-1,2) et en Grèce (-1,1). La France subirait environ -0,3 point, tandis que la Roumanie et la Bulgarie encaisseraient respectivement -0,6 et -0,4 point. Ces écarts tiennent à la fréquence des jours très chauds, à la structure sectorielle et aux capacités d’adaptation.
Pourquoi un tel écart ? Parce que la canicule atteint parfois plus souvent un seuil critique, à savoir les jours au-delà de 32 °C, seuil où la chaleur entame la productivité et donc la croissance. Entre le 1er mai et le 14 juillet, Allianz recense 52 jours à plus de 32 °C en Espagne (44 en Italie, 43 en Grèce), contre 12 en France et 5 en Allemagne. À partir de ce volume de jours chauds, l’étude applique une élasticité emploi-paie-PIB qui fait de la canicule un frein direct à l’activité. « Une journée de canicule au-dessus de 32 °C équivaut à une demi-journée de grève », estime Allianz.
Canicule : pourquoi la chaleur rogne la croissance et l’activité
Au plan microéconomique, la canicule agit par plusieurs canaux. D’abord, la chaleur réduit la capacité de travail physique : des travaux cités par Allianz montrent qu’autour de 32 °C, la capacité chute d’environ 40 %, et qu’elle s’effondre d’environ deux tiers près de 38 °C. Ensuite, la canicule diminue l’offre de travail (heures réellement effectuées) et renchérit les coûts (climatisation, pauses, réaménagements), ce qui pèse sur la productivité et, par ricochet, sur la croissance. À l’échelle mondiale, l’OIT estime que le stress thermique pourrait retrancher 2,2 % des heures potentielles de travail, soit des dizaines de millions d’emplois équivalents temps plein.
Cependant, tous les effets de la canicule ne sont pas permanents. L’étude rappelle des travaux montrant un « rebond partiel » de l’activité dans l’industrie et les services après un choc de chaleur, du fait d’un rattrapage (replanification des tâches, heures supplémentaires), même si l’agriculture et certaines infrastructures subissent des pertes plus persistantes. Autrement dit, si la canicule entame la croissance à court terme, une partie de l’impact se résorbe, sans l’effacer totalement. Ce mécanisme explique que le choc moyen sur le PIB paraît « petit » dans les grandes économies diversifiées, mais il masque des pertes sectorielles et sociales plus lourdes dans les régions les plus exposées.
Des risques en cascade pour les pays touchés
Sur le terrain, la canicule en Europe se traduit par des séries de chaleur extrême, des incendies et des perturbations. En Espagne, l’agence AEMET prévoyait jusqu’à 45 °C ; le gouvernement a mobilisé 500 militaires supplémentaires (plus de 1 400 déjà sur le terrain) pour contenir 12 feux majeurs en Galice, et 158 000 hectares ont brûlé depuis le début de l’année. Des trains à grande vitesse ont été suspendus, tandis que le Portugal déployait plus de 4 000 pompiers ; 139 000 hectares y ont déjà été ravagés, relate AP News.
La France n’est pas épargnée : la canicule qui a commencé le 8 août est la 51e vague de chaleur recensée depuis 1947 ; Météo-France a mesuré jusqu’à 40,6 °C à Canet-en-Roussillon le 17 août, avec des minimales nocturnes exceptionnellement élevées dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales. « La 51e vague de chaleur […] est toujours en cours », notait l’établissement, alors que des dizaines de départements étaient placés en vigilance rouge et orange pour cet épisode caniculaire de mi-août 2025. La canicule est désormais un déterminant de l’économie réelle, avec des coûts pour la croissance régionale et l’activité touristique.
Des milliers de décès supplémentaires pour cause de chaleur en Europe
Plus largement, l’Europe connaît un enchaînement de vagues de chaleur. Nature recense deux épisodes rapprochés depuis juin 2025, avec des températures s’élevant jusqu’à 46 °C en Espagne et au Portugal, des réseaux électriques mis sous tension et des centaines de décès attribuables à la canicule. Selon ce décompte, environ 1 500 des 2 300 décès estimés dans 12 grandes villes européennes seraient imputables à l’excès de chaleur lié aux émissions fossiles.
Face à ces signaux, l’étude d’Allianz insiste sur l’adaptation. À court terme, la canicule appelle des mesures d’alerte et de prévention (horaires décalés, pauses hydratation, ventilation), et, à moyen terme, des investissements urbains. Réaménager les villes (végétalisation, îlots de fraîcheur) et adapter les bâtiments réduit l’impact de la chaleur sur l’activité : des travaux cités montrent qu’une rénovation performante peut abaisser de 8,6 % le nombre d’heures de surchauffe intérieure, et qu’un toit végétalisé peut encore réduire la température intérieure d’environ 0,5 °C. Ces leviers, combinés à une économie d’énergie décarbonée, atténuent la facture PIB de la canicule sur le long terme.
