L’immigration façonne l’avenir économique européen : selon Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, les travailleurs étrangers ont largement contribué à la croissance de la zone euro et empêché des déséquilibres majeurs. À Jackson Hole, elle a défendu l’immigration comme moteur indispensable de production et de stabilité, alors même que le sujet divise l’Europe.
Christine Lagarde : sans immigration, pas de croissance en Europe

Le 23 août 2025, lors du symposium de Jackson Hole, Christine Lagarde a consacré une partie de son intervention à l’immigration, en soulignant son rôle central dans la croissance de l’économie européenne. La présidente de la BCE a rappelé que l’afflux de travailleurs étrangers a soutenu la production, facilité l’ajustement du marché du travail et permis d’éviter une baisse durable de la croissance en Europe.
L’immigration, pilier du marché du travail européen
La présidente de la BCE a insisté sur le poids quantitatif des travailleurs étrangers dans la zone euro. En 2022, ils représentaient environ 9 % de la force de travail, mais leur contribution réelle fut beaucoup plus importante. Christine Lagarde a affirmé : « Ils ne représentent qu’environ 9 % de la force de travail totale en 2022, [mais] les travailleurs étrangers ont contribué à la moitié de la croissance ces trois dernières années », rapporte Reuters le 23 août 2025.
L’impact économique est mesurable : selon la BCE, sans l’apport des travailleurs étrangers, la production aurait chuté et les tensions sur le marché du travail auraient été bien plus fortes. Autrement dit, l’économie européenne aurait souffert d’une contraction du potentiel productif, accentuant les risques d’inflation. L’immigration a donc joué un rôle stabilisateur dans la relation entre emploi, production et prix.
L’Allemagne quasiment sauvée par l’immigration
L’immigration ne s’est pas seulement traduite par des ajustements statistiques : elle a changé la trajectoire de certains pays. Christine Lagarde a indiqué que, sans travailleurs étrangers, le PIB allemand serait aujourd’hui environ 6 % inférieur à son niveau de 2019. L’économie la plus puissante d’Europe, déjà confrontée à une démographie déclinante, aurait vu son appareil productif ralentir fortement. Et même cette situation ne l’a pas empêchée d’être en difficulté : au deuxième trimestre 2025, la croissance a été négative pour Berlin.
L’Espagne a elle aussi bénéficié de cet apport. Après la pandémie, son rebond s’est appuyé sur la disponibilité de main-d’œuvre étrangère dans des secteurs essentiels, comme la construction et les services. La BCE observe que cette dynamique a permis à Madrid d’afficher une reprise plus vigoureuse que prévu. En intégrant l’immigration comme levier de croissance, la présidente de la BCE envoie un signal clair : les pays qui savent attirer et intégrer des travailleurs étrangers disposent d’un avantage comparatif pour soutenir leur potentiel de production.
Vers une pénurie de main-d’œuvre en Europe ?
Au-delà du court terme, Christine Lagarde a replacé l’immigration dans une perspective démographique. D’après ses estimations, sans afflux migratoire, la zone euro perdrait environ 3,4 millions de personnes en âge de travailler d’ici 2040. La présidente de la BCE a mis en garde contre ce déficit structurel, rappelant que le vieillissement réduit mécaniquement l’offre de travail et fragilise la croissance de long terme. Elle a également noté que la population totale de l’Union européenne avait atteint un record de 450,4 millions d’habitants en 2024, principalement grâce à l’immigration nette.
Cependant, cette dynamique économique s’accompagne de tensions politiques. L’afflux de migrants a nourri des réactions populistes et l’extrême-droite, incitant certains gouvernements à durcir leurs politiques. En Allemagne, par exemple, des mesures restrictives ont été annoncées, notamment la suspension temporaire du regroupement familial et des programmes de réinstallation. Ainsi, alors que l’immigration soutient la croissance, elle alimente aussi des débats sociaux et politiques qui pourraient, à terme, freiner la capacité de l’Europe à maintenir son dynamisme.
