Jamais les entreprises n’ont autant freiné le recrutement de cadres. En 2025, les intentions d’embauche atteignent un point bas historique, révélant une confiance durablement fragilisée. Derrière les chiffres, c’est tout un marché du travail qui se replie, entre prudence économique, arbitrages financiers et attentisme politique.
Recrutement des cadres : les entreprises figent leurs embauches

À l’automne 2025, le recrutement de cadres en France s’inscrit dans une dynamique de net ralentissement. Selon les derniers baromètres publiés par l’Apec, seules 8 % des entreprises envisagent d’embaucher un cadre, un niveau inédit depuis 2021. Cette contraction s’installe dans un contexte de croissance atone, de visibilité réduite et de décisions d’investissement reportées.
Le recrutement des cadres au plus bas : un décrochage désormais assumé par les entreprises
Le recrutement des cadres subit un coup d’arrêt brutal. Selon le baromètre Apec du troisième trimestre 2025, seules 8 % des entreprises françaises déclaraient avoir recruté ou prévoir de recruter un cadre en fin d’année. Ce chiffre marque un plancher historique depuis la sortie de crise sanitaire, traduisant une prudence généralisée des employeurs, selon l’Apec, 27 août 2025.
Cette baisse n’est pas conjoncturelle mais structurelle. Elle s’inscrit dans une trajectoire enclenchée dès 2024, année au cours de laquelle les recrutements de cadres avaient déjà reculé de 8 %. Pour 2025, l’Apec anticipe environ 292 600 recrutements, soit une nouvelle baisse de 4 % sur un an, selon les prévisions publiées le 3 avril 2025. Autrement dit, le recrutement repasse durablement sous le seuil symbolique des 300 000 embauches annuelles.
Recrutement, TPE et grandes entreprises : une fracture croissante face à la crise
Si la baisse du recrutement touche l’ensemble du tissu économique, elle frappe plus durement les TPE et PME. Dans ces structures, les marges de manœuvre financières se réduisent fortement. L’augmentation des coûts, la pression sur la trésorerie et l’incertitude sur les carnets de commandes conduisent à différer toute embauche de cadre, perçue comme un engagement lourd et risqué.
À l’inverse, les grandes entreprises parviennent partiellement à sauver la face. Près de 45 % d’entre elles déclaraient encore des intentions des embauches de cadres au troisième trimestre 2025, mais ce taux recule de 13 points en un an, selon l’Apec. Ces groupes arbitrent davantage, en privilégiant le recrutement ciblé, la mobilité interne ou le gel de certains postes stratégiques, selon l’Apec, 27 août 2025.
Recrutement, confiance et croissance : un marché paralysé par l’attentisme
Au-delà des effectifs, c’est la confiance qui s’érode. « Les intentions de recrutement de cadres restent au plus bas et leur confiance est altérée par un climat des affaires défavorable », observe l’Apec dans son baromètre du quatrième trimestre 2025. Cette défiance est alimentée par une croissance économique faible et une instabilité politique persistante, selon l’Apec, 4 novembre 2025.
Pourtant, le marché ne bascule pas totalement. Les tensions de recrutement n’ont pas disparu. Selon la Dares, 40 % des entreprises industrielles déclaraient encore rencontrer des difficultés de recrutement début 2025. Cette coexistence entre pénurie de profils et chute du recrutement illustre un marché figé, où les entreprises préfèrent attendre un signal macroéconomique plus favorable avant de relancer les embauches, selon la Dares, 28 mai 2025.
Recrutement des cadres et stratégies d’attente : moins d’embauches, plus de mobilités contraintes
Face au ralentissement du recrutement externe, de nombreuses entreprises réorientent leurs stratégies de gestion des compétences. Plutôt que de créer de nouveaux postes, elles privilégient la mobilité interne, les redéploiements de fonctions ou la réorganisation des équipes existantes. Cette approche permet de contenir les coûts salariaux tout en maintenant un minimum de flexibilité, dans un contexte jugé trop incertain pour engager de nouveaux cadres.
Cette logique se traduit par un marché du travail moins fluide. Les cadres en poste hésitent davantage à changer d’entreprise, tandis que les employeurs limitent leurs prises de risque. Selon l’Apec, la mobilité externe recule parallèlement à la baisse du recrutement, contribuant à figer les trajectoires professionnelles. « La baisse des intentions de recrutement continue de faire évoluer le rapport de force en faveur des entreprises », souligne l’Apec dans son baromètre de l’été 2025, illustrant un marché désormais dominé par l’attentisme.
Dans ce contexte, certaines grandes entreprises parviennent toutefois à préserver une façade dynamique. Elles maintiennent des campagnes très ciblées, souvent concentrées sur des profils pénuriques ou des fonctions directement liées à la transformation numérique, à la transition énergétique ou à la conformité réglementaire. Ces embauches sélectives masquent cependant une réalité plus large : le volume global de postes ouverts demeure en net recul, et les annonces publiées ne reflètent plus l’ampleur réelle des besoins.
Pour les cadres en recherche d’emploi, cette situation accroît la concurrence. Le nombre de candidatures par offre augmente fortement, alimentant un sentiment de déclassement, y compris chez des profils expérimentés. Le recrutement devient plus long, plus exigeant, et souvent plus incertain. Cette tension contribue à renforcer la prudence des entreprises comme celle des candidats, enfermant le marché dans un cercle de faible dynamisme dont la sortie dépendra largement d’un retour durable de la croissance et de la visibilité économique.
