Léon XIV : un pape américain face aux fractures de l’Église mondiale

Un souffle nouveau s’est levé sur la place Saint-Pierre. Derrière la fumée blanche, un nouveau pape, un visage peu connu du grand public mais expérimenté s’avance.

Jade Blachier
By Jade Blachier Last modified on 9 mai 2025 9h31
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leonXIV-pape-americain-face-fractures-eglise - © Economie Matin
24 heuresLe conclave a duré seulement 24h.

Le 8 mai 2025, après un conclave rapide de vingt-quatre heures, les cardinaux réunis au Vatican ont désigné l’Américain Robert Francis Prevost comme 267ᵉ pape de l’histoire de l’Église catholique. Devenu Léon XIV, il succède à François et inaugure un nouveau cycle pour une institution en tension entre tradition, modernité et recomposition géopolitique.

Léon XIV, un pape américain au parcours international

Né le 14 septembre 1955 à Chicago, Robert Francis Prevost est issu d’un père français, Louis Marius Prevost, vétéran de la Seconde Guerre mondiale, et d’une mère italienne. Il entre dans l’ordre des Augustins en 1977, prononce ses vœux solennels en 1981, et est ordonné prêtre en 1982. Diplômé de théologie à Chicago, puis docteur en droit canonique à l’Université pontificale Saint-Thomas-d’Aquin (Angelicum) à Rome, il entame un long parcours missionnaire au Pérou, où il dirige un séminaire et occupe plusieurs fonctions ecclésiales dans les années 1980 et 1990.

Il est élu prieur général de l’Ordre de Saint-Augustin en 2001, réélu en 2007, et nommé évêque de Chiclayo (Pérou) en 2014 par le pape François. En 2023, ce dernier le nomme préfet du Dicastère pour les évêques, l’un des postes les plus influents de la Curie romaine. Il est créé cardinal en septembre 2023 et entre ainsi dans le collège électoral. Léon XIV parle cinq langues : l’anglais, l’espagnol, l’italien, le français et le portugais.

Un nom de pontificat porteur d’un message social

Le choix du nom Léon XIV n’est pas anodin. Il renvoie à Léon XIII, pape de 1878 à 1903, connu pour son encyclique Rerum novarum, texte fondateur de la doctrine sociale de l’Église, dans lequel il dénonçait la concentration des richesses et défendait le droit à un salaire juste. Selon Matteo Bruni, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, « ce choix de Léon XIV est une référence aux hommes, aux femmes, à leur travail, aux travailleurs, à l’époque de l’intelligence artificielle ». François Mabille, directeur de l’Observatoire géopolitique du religieux, estime que cette référence signale une attention aux « dérives de la mondialisation » et aux « enjeux sociétaux plus larges ».

Cette orientation sociale pourrait aussi être interprétée comme une volonté de continuité avec le pape François, qui avait lui-même choisi un nom en hommage à François d’Assise, symbole de pauvreté et d’attention aux exclus. Le nom Léon, relativement rare mais historiquement prestigieux, place donc le nouveau pontife sous l’égide d’un engagement doctrinal et social affirmé, sans tomber dans la rupture.

Un pape modéré face à des attentes contrastées

Dans son premier discours prononcé depuis le balcon de la basilique Saint-Pierre, Léon XIV a déclaré : « Que la paix soit avec vous tous. Le mal ne gagnera pas. Construisons des ponts. ». Ces mots illustrent le ton conciliant d’un pontificat annoncé comme équilibré. Le nouveau pape est perçu comme « modéré », proche de l’esprit réformateur de François, sans pour autant engager de grands bouleversements doctrinaux. Son expérience des réalités locales, notamment au Pérou, et sa connaissance de la gouvernance vaticane le placent en position de médiateur plutôt que de révolutionnaire.

Son élection est aussi interprétée comme un signal : celle d’un pape nord-américain, mais fortement ancré dans les réalités sud-américaines, capable de faire le lien entre deux continents. Il est décrit comme un homme de dialogue, discret, mais respecté au sein de la Curie pour son pragmatisme. Son élection au quatrième tour du conclave a été « saluée par de nombreuses figures politiques et religieuses à travers le monde », de Barack Obama à Emmanuel Macron, en passant par Gustavo Petro et Claudia Sheinbaum.

Quels défis attendent Léon XIV ?

Le nouveau pontife hérite d’une Église traversée par de nombreuses lignes de fracture : conservatisme et progressisme, centralisme romain et demandes de décentralisation, tradition et ouverture, autorité cléricale et exigences de transparence. Il devra composer avec des attentes divergentes sur des sujets sensibles tels que le rôle des femmes, l’accueil des personnes LGBTQ+, la gestion des abus sexuels, l’autorité des conférences épiscopales ou encore l’adaptation des rites.

À cela s’ajoutent des enjeux géopolitiques majeurs : repositionnement du catholicisme face aux autres religions, présence dans les régions en guerre, adaptation aux enjeux climatiques et numériques. L’élection de Léon XIV semble être celle d’un profil susceptible d’accompagner la transformation de l’Église sans la brusquer, tout en consolidant l’héritage pastoral de son prédécesseur.

Une transition orchestrée dans la continuité

Comme en 2013, l’annonce du nouveau pape a été faite par un cardinal français, Dominique Mamberti, protodiacre de la Curie, depuis le balcon de la basilique. Celui-ci a prononcé la formule traditionnelle « Habemus papam » avant d’introduire Robert Francis Prevost comme Léon XIV. Le symbole n’est pas anodin : un nouveau pape, un nouveau nom, mais une Église qui reste dans une logique d’unité et de cohérence.

Le moment est qualifié de « choix politique et social » par plusieurs observateurs internationaux, y compris certains chefs d’État. L’arrivée de Léon XIV incarne une tentative de synthèse : celle d’un pontife à la fois formé à Rome et forgé en mission, conscient des tensions internes de l’Église et déterminé à « construire des ponts » au lieu de creuser des lignes de fracture.

Jade Blachier

Diplômée en Information Communication, journaliste alternante chez Economie Matin.

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