Livret A : vers un nouveau rôle dans la transition énergétique

Le Livret A, produit d’épargne préféré des Français, pourrait bientôt jouer un rôle inattendu dans la transition énergétique. Un rapport remis au gouvernement ouvre la voie à un financement direct des projets d’énergies renouvelables via ces fonds réglementés, avec des implications majeures pour l’épargne, le secteur énergétique et les finances publiques.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 10 avril 2026 6h31
Les énergies renouvelables, nouveau pilier fiscal des communes
Livret A : vers un nouveau rôle dans la transition énergétique - © Economie Matin
1,5%Le taux du Livret A est passé à 1,5 % au 1er février 2026

Le 9 avril 2026, un rapport remis au gouvernement français propose de mobiliser le Livret A pour financer une partie des projets d’énergies renouvelables. Cette piste, portée par Jean-Bernard Lévy et Thierry Tuot, s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’optimisation du soutien public à la transition énergétique. Alors que le Livret A reste un pilier de l’épargne en France, son éventuelle réorientation vers le financement de l’énergie renouvelable soulève des enjeux économiques, financiers et politiques majeurs.

Le Livret A au cœur du financement de l’énergie renouvelable

Le rapport suggère explicitement de mobiliser les fonds d’épargne centralisés par la Caisse des dépôts pour soutenir certains projets d’énergie renouvelable. Selon les auteurs, « l'État pourrait faire en sorte qu’une partie du financement de certains projets ENR soit apportée par les fonds d’épargne de la Caisse des dépôts et consignations (Livret A), ce qui diminuerait le coût de la dette portée par les projets » d’après La Gazette France.

Ce mécanisme viserait en priorité les installations les plus compétitives, notamment les grands projets éoliens terrestres, solaires et surtout l’éolien en mer, selon la même source. L’objectif est clair : réduire le coût global de financement de ces infrastructures en mobilisant une épargne abondante et relativement stable.

Ce changement de paradigme interviendrait dans un contexte de hausse rapide du coût des soutiens publics. Le rapport souligne en effet que ces aides « pourraient dans les 5 années qui viennent atteindre, voire dépasser, une charge annuelle de 10 milliards d'euros pour l’Etat », selon les auteurs du rapport.

Transition énergétique : une équation budgétaire

Aujourd’hui, le soutien public aux renouvelables représente déjà plusieurs milliards d’euros. Les auteurs du rapport estiment que les aides à l’éolien et au solaire ont atteint 2,6 milliards d’euros en 2024, puis 5,3 milliards d’euros en 2025, et pourraient atteindre au moins 6,8 milliards d’euros en 2026, selon La Gazette France.

Dans ce contexte, la mobilisation du Livret A apparaît comme un levier pour contenir ces dépenses. En abaissant le coût de financement des projets, l’État pourrait réduire le besoin de subventions directes. D’ailleurs, les auteurs avancent que « des installations aussi compétitives que celles de nos voisins réduiraient de plus d'un milliard d’euros les soutiens publics directs chaque année ».

En parallèle, le rapport recommande de renforcer les mécanismes de marché, notamment via les contrats d’achat d’électricité de long terme entre producteurs et entreprises. Il propose également un système d’assurance publique pour limiter les pertes liées aux périodes de prix négatifs sur le marché de l’électricité, selon Connaissance des Énergies.

Enfin, les auteurs insistent sur la nécessité de développer les capacités de stockage, en particulier les batteries, afin d’améliorer l’intégration des énergies renouvelables intermittentes.

Quels impacts pour les détenteurs du Livret A ?

Pour les épargnants, cette évolution potentielle pose plusieurs questions. Le Livret A affiche actuellement un taux de 1,5 %, avec une possible hausse attendue dans les prochains mois. « On s'attend quand même plutôt à ce que le taux du Livret A remonte », a déclaré Antoine Saintoyant, directeur général de la Caisse des dépôts, selon Connaissance des Énergies.

Une partie importante de ces fonds, environ 60 %, est centralisée à la Caisse des dépôts, qui les utilise déjà pour financer des politiques publiques, notamment le logement social. En 2025, les prêts sur fonds d’épargne ont atteint 41,7 milliards d’euros, dont 23 milliards pour le logement.

Dans ce contexte, l’extension du champ d’utilisation vers les énergies renouvelables ne constituerait pas une rupture totale, mais plutôt une évolution des priorités d’investissement. Elle pourrait néanmoins susciter des débats sur la sécurité, la rentabilité et la liquidité de l’épargne réglementée.

Livret A : un levier industriel pour la France

Au-delà des enjeux financiers, le rapport met en avant une dimension industrielle. Il identifie les délais administratifs comme un facteur de surcoût en France, réduisant la compétitivité des projets par rapport à d’autres pays européens. Au total, le document formule 45 recommandations visant à améliorer l’efficacité du soutien public, avec un objectif clair : « augmenter l'efficience du soutien public à ces énergies », selon les auteurs cités par Connaissance des Énergies.

L’enjeu est stratégique. En orientant une partie de l’épargne des Français vers des projets énergétiques compétitifs, la France pourrait accélérer sa transition énergétique tout en maîtrisant ses finances publiques. Ce modèle s’inscrirait dans une logique de réallocation des ressources plutôt que d’augmentation des dépenses.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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