La location touristique via Airbnb ne se limite plus aux grandes villes et aux stations emblématiques. Une étude du centre de réflexion Terram met en lumière l’implantation massive de la plateforme sur l’ensemble du territoire français et les questions que cela soulève pour la disponibilité des logements.
Location : Airbnb couvre désormais 81% des villes de France

Une présence renforcée dans les pôles touristiques
En un peu plus d’une décennie, Airbnb est parvenue à s’implanter dans la quasi-totalité de la France. Le centre de réflexion Terram indique que 81% des communes disposent aujourd’hui d’au moins une annonce active. Littoral, montagne, villages touristiques, campagnes sans hôtels… La plateforme s’appuie sur le parc résidentiel déjà bâti pour répondre à une demande croissante de séjours courts. Contrairement au secteur hôtelier, Airbnb n’a pas besoin de créer de nouvelles infrastructures. Ce sont des logements préexistants — résidences principales, résidences secondaires, appartements occasionnellement vacants — qui alimentent l’offre. Ce modèle facilite une implantation diffuse, y compris dans des territoires où l’hébergement touristique organisé est rare.
Si les locations Airbnb se sont étendues dans les zones rurales et périurbaines, les grands pôles d’attractivité demeurent des zones fortes. Les métropoles, les villes patrimoniales, les stations balnéaires et de sports d’hiver concentrent la majorité des nuitées. Ces territoires accueillent un tourisme souvent saisonnier et international, orienté vers la location de meublés. Cette montée en puissance est portée par la croissance massive de la demande. Selon Eurostat, le nombre de nuitées réservées sur les plateformes de location touristique a plus que doublé en France entre 2018 et 2024, atteignant 192,4 millions. Airbnb représente aujourd’hui la majorité de ces réservations. Sur la période 2024-2025, le cabinet AirDNA recense en moyenne 1,31 million d’annonces actives chaque mois en France, dont 71% via Airbnb.
Une pression croissante sur le marché du logement
Pour Terram, l’expansion d’Airbnb n’a pas créé la crise du logement, mais elle peut en renforcer certains mécanismes. Dans les villes où la demande résidentielle est forte, chaque logement basculé dans le tourisme représente un bien en moins pour les habitants. Cette situation concerne particulièrement les centres-villes attractifs où les propriétaires privilégient la rentabilité du meublé de courte durée. La plateforme attire ainsi de plus en plus de loueurs professionnels ou semi-professionnels, ce qui change la structure du marché local.
Pour analyser précisément les effets d’Airbnb, les chercheurs appellent à aller au-delà du simple décompte des logements. La véritable question porte sur la nature des biens mis en location :
• logements loués en totalité ou seulement une chambre ?
• résidences principales ou secondaires ?
• location occasionnelle ou activité intensive organisée ?
Seule une étude fine de ces paramètres — concentration géographique, niveaux de professionnalisation, intensité de mise en location — permet de comprendre si une concurrence directe avec l’habitat résidentiel existe. Pour certains experts, le cœur du problème est là : la plateforme influence réellement le marché lorsqu’elle retire durablement des logements du parc disponible pour y vivre à l’année.
