Les médecins généralistes libéraux déclarent travailler en moyenne un peu plus de 46 heures par semaine en 2025. Une charge qui ne se limite pas aux consultations. Gestion du cabinet, coordination, formation et activités annexes occupent aussi une part notable de leur emploi du temps. La nouvelle étude de la Drees met également en évidence un changement générationnel dans l’organisation du métier, alors que l’accès aux soins reste très inégal en France.
Santé : combien d’heures travaillent les médecins généralistes ?

Une semaine de 46 heures où les consultations ne représentent qu’une partie du travail
La semaine d’un médecin généraliste libéral reste nettement supérieure à la durée légale du travail des salariés. Selon l’étude Études et Résultats n° 1381 publiée le 26 août 2026 par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), les médecins interrogés déclarent travailler précisément 46,2 heures lors d’une semaine ordinaire, réparties sur 8,6 demi-journées. La majeure partie de ce temps, soit 36,4 heures, correspond à l’activité médicale libérale auprès des patients. Cela comprend les consultations au cabinet, les téléconsultations et les visites à domicile, déplacements inclus.
À cela s’ajoutent 5,9 heures consacrées à la gestion du cabinet et à la coordination avec d’autres professionnels de santé. La formation et la mise à jour des connaissances représentent encore 2,4 heures. Environ une heure et demie correspond enfin à d’autres activités, par exemple un travail salarié pour les médecins exerçant sous un statut mixte ou des enseignements universitaires. Sur l’ensemble de l’année 2025, un médecin du panel a réalisé en moyenne 4.800 actes. L’enquête repose sur un échantillon représentatif de 8.020 généralistes libéraux répondant aux critères retenus par la Drees. Environ 4.300 d’entre eux ont répondu entre octobre 2025 et janvier 2026.
Le contenu d’une journée de médecine générale apparaît également très diversifié. Une consultation au cabinet dure en moyenne 18,7 minutes, arrondies à 19 minutes par la Drees. Une visite à domicile mobilise 40,2 minutes en incluant le trajet, contre 13,7 minutes pour une téléconsultation. Lors d’une semaine habituelle, 73% des médecins effectuent au moins une visite à domicile et 32% recourent à la téléconsultation. Les journées peuvent par ailleurs se prolonger tard : 53% des généralistes déclarent terminer après 20 heures au moins une fois dans la semaine.
Malgré cette amplitude, 58% estiment que leurs horaires s'accordent plutôt bien ou très bien avec leurs engagements personnels. Ces chiffres interviennent dans un contexte où la disponibilité des médecins reste un enjeu majeur. Selon une autre publication de la Drees, l’accessibilité moyenne aux généralistes s’établissait à 3,3 consultations, visites ou téléconsultations par habitant en 2024, soit un recul de 1,1% en un an. Les écarts géographiques restent importants : les 10% de Français vivant dans les territoires les mieux dotés bénéficient d’une accessibilité moyenne de 5,7 actes par an, contre seulement 1,3 pour les 10% les moins bien dotés.
Jeunes médecins, femmes et nouveaux modes d’exercice : le métier change de rythme
Derrière les 46 heures moyennes se cachent en effet de fortes différences. Les généralistes de moins de 45 ans déclarent 42,7 heures de travail par semaine, contre 48,5 heures chez les 45-59 ans et 48,4 heures à partir de 60 ans. La différence atteint donc environ cinq heures et demie entre les moins de 45 ans et leurs aînés. L’écart apparaît aussi entre les sexes. Les femmes déclarent 44 heures hebdomadaires en moyenne, contre 48,4 heures pour les hommes. Chez les moins de 45 ans, les femmes travaillent 41,1 heures et les hommes 45,6 heures. La Drees ne réduit pas ces différences à une simple volonté de travailler davantage ou moins. Elles tiennent également au déroulement des carrières, à la composition des patientèles, à l’offre médicale du territoire, au développement du travail collectif et aux possibilités de déléguer certaines tâches.
Les jeunes médecins consacrent par exemple 5,5 heures par semaine à la gestion et à la coordination, contre 6,5 heures chez les 45-59 ans. Ils passent également moins de temps à la formation et à la mise à jour des connaissances : 1,9 heure contre 2,8 heures chez leurs confrères plus âgés. Ils sont surtout moins nombreux à terminer après 20 heures : 43 % chez les moins de 45 ans, contre 59% à partir de 45 ans. Leur perception de l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle est aussi meilleure : 63% des moins de 45 ans jugent leurs horaires compatibles avec leurs autres engagements, contre 51% des 45-59 ans.
La transformation apparaît encore plus clairement lorsqu’on regarde les précédents travaux de la Drees. En 2018, le quatrième panel faisait ressortir une durée déclarée de 54 heures par semaine, dont 44 heures et 30 minutes auprès des patients. Il serait toutefois incorrect d’en déduire mécaniquement une baisse de huit heures en sept ans. La Drees précise que les deux enquêtes ne sont pas directement comparables en raison de différences d’échantillonnage, de méthode de collecte et de formulation des questions. Elle considère néanmoins que les données vont bien dans le sens d’une diminution du temps de travail moyen. Les médecins du panel 2025 ont notamment effectué environ 500 actes de moins dans l’année que ceux du panel précédent. Une partie de l’évolution vient aussi de la transformation démographique de la profession. Parmi les généralistes libéraux ou mixtes, les moins de 45 ans représentaient 29% des effectifs en 2018, contre 43% en 2025. Dans le même temps, la proportion de femmes est passée de 40% à 49%.
Le phénomène ne signifie donc pas que la médecine générale serait en train de devenir une profession à faible amplitude horaire. Une semaine moyenne de 46 heures reste élevée, tandis que les besoins de soins progressent et que leur répartition territoriale demeure problématique. Quelques signaux démographiques sont cependant plus favorables. L’Assurance Maladie recensait près de 52.500 médecins généralistes libéraux en activité fin 2025 et 2.810 premières installations au cours de l’année, soit une hausse de près de 32% par rapport à 2024. Le nombre de contrats d’assistants médicaux atteignait parallèlement 9 304, en progression de 20% sur un an, avec l’objectif de dégager davantage de temps médical. Plus largement, la Drees comptabilisait 101.000 médecins généralistes en activité au 1er janvier 2026, tous modes d’exercice confondus, soit 1% de plus en un an. L’enjeu des prochaines années sera donc moins de mesurer uniquement le nombre d’heures effectuées par chaque médecin que de déterminer comment cette force de travail est organisée, répartie et soutenue afin de préserver l’accès aux soins sans reposer durablement sur des semaines extrêmement longues.
