L’IA Midjourney visée par une plainte explosive de Warner Bros

La bataille entre Hollywood et l’intelligence artificielle s’intensifie : Warner Bros Discovery a décidé de poursuivre Midjourney en justice, l’accusant d’avoir bâti son modèle sur des violations massives du droit d’auteur et de transformer Superman, Batman ou Scooby-Doo en matière première numérique.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 5 septembre 2025 8h18
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300 MILLIONS $Midjourney aurait généré des revenus pour 300 millions de dollars en 2024.

Le 4 septembre 2025, le groupe Warner Bros Discovery a déposé une plainte devant le tribunal fédéral de Los Angeles contre Midjourney, accusée d’avoir exploité sans autorisation son catalogue d’images protégées.

Warner Bros face à Midjourney : les accusations d’une exploitation massive

Pour Warner Bros, la plainte constitue une étape nécessaire afin de protéger ses licences les plus lucratives. Le studio reproche à Midjourney de permettre la génération de scènes infinies mettant en vedette ses héros, de Superman à Wonder Woman, sans aucune autorisation préalable. Selon l’assignation, « Midjourney a pris une décision calculée et motivée par le profit d’offrir zéro protection aux titulaires de droits d’auteur… », relaye Reuters. La plateforme aurait donc volontairement ouvert la voie à une reproduction systématique, et donc à un plagiat industriel.

Les documents judiciaires précisent que Midjourney avait initialement restreint certaines générations d’images mais qu’en août 2025, la société a levé ces protections. Cette décision est décrite comme une mesure « délibérée et motivée par le profit ». Dans le détail, Warner Bros affirme que les abonnés peuvent non seulement créer des illustrations ressemblant à ses personnages, mais aussi les télécharger et les utiliser dans toutes sortes de contextes, amplifiant le préjudice subi.

Une plainte qui pourrait coûter des milliards

La plainte déposée sous le numéro 2:25-cv-08376 réclame plusieurs mesures : des dommages-intérêts, la restitution des profits et une injonction pour mettre fin à l’usage illicite. Warner Bros précise par ailleurs que les dommages statuaires pourraient atteindre 150 000 dollars par œuvre contrefaite, selon TheWrap. Ce montant, multiplié par des milliers d’images litigieuses, pourrait représenter une somme colossale. En parallèle, le studio insiste sur le fait que « Seule Warner Bros Discovery a le droit, en vertu de la loi américaine sur le droit d’auteur, de construire une activité autour de la reproduction… » de ses héros.

Afin d’étayer sa plainte, Warner Bros a fourni des comparatifs « côte à côte » entre des images tirées de ses productions et des créations générées par Midjourney. Ces illustrations montrent des similitudes frappantes avec des films tels que The Dark Knight ou des dessins animés de Hanna-Barbera. L’objectif est clair : démontrer que l’IA ne se contente pas d’une inspiration, mais qu’elle génère des reproductions qui menacent directement le modèle économique d’Hollywood.

Midjourney et la défense du fair use

Face à cette offensive judiciaire, Midjourney s’appuie sur un argument juridique classique dans les affaires de technologie : le fair use. Déjà utilisé dans une précédente procédure initiée par Disney et Universal, l’argument selon lequel le droit d’auteur « ne confère pas un contrôle absolu » revient au cœur de la défense. Midjourney soutient que l’entraînement de ses modèles relève d’un usage loyal et nécessaire à l’innovation technologique, même si les données proviennent d’œuvres protégées.

Cependant, Warner Bros dénonce un comportement intentionnel et persistant. Dans sa plainte, la société écrit : « Il est difficile d’imaginer une violation du droit d’auteur qui soit plus volontaire… », cite The Verge. Et le succès de Midjourney ne fait qu’accroître les tensions : la plateforme comptait environ 21 millions d’utilisateurs en 2024 et aurait généré 300 millions de dollars de revenus la même année.

Midjourney attaquée par tout Hollywood

Le procès de Warner Bros contre Midjourney ne se déroule pas en vase clos. En juin 2025, Disney et Universal avaient déjà déposé une plainte similaire, qualifiant la plateforme de « puits sans fond de plagiat ». Warner Bros rejoint donc une coalition de studios majeurs qui veulent imposer des limites strictes à l’usage de leurs contenus par l’intelligence artificielle. Ce front judiciaire pourrait marquer un tournant, car il met en cause la possibilité même d’entraîner une IA avec des données protégées sans licence.

Pour Warner Bros, la défense de son patrimoine artistique est existentielle. « Le cœur de notre activité est de développer des histoires et des personnages… nous avons intenté cette action pour protéger notre contenu… » a déclaré un porte-parole du groupe cité par Reuters. En d’autres termes, le studio affirme que la survie économique du cinéma repose sur le respect du droit d’auteur. Face à cela, « Midjourney pense qu’elle est au-dessus des lois », écrit le studio dans sa plainte.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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