Nestlé attaqué par Bonneval : la bataille du mot « naturel » dans l’eau en bouteille

Nestlé n’est pas accusé d’avoir vendu une eau dangereuse. Le conflit porte sur un mot clé, lourd d’enjeux économiques : « naturel ». En attaquant les autorisations accordées à Nestlé, Bonneval entend défendre une définition stricte de l’eau minérale naturelle, et dénoncer un glissement réglementaire aux conséquences majeures pour le marché.

Ade Costume Droit
By Adélaïde Motte Published on 10 février 2026 11h31
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Nestlé attaqué par Bonneval : la bataille du mot « naturel » dans l’eau en bouteille - © Economie Matin

Le 3 février 2026, Bonneval Emergence a déposé trois recours contre des arrêtés préfectoraux pris dans le Gard et les Vosges. Ces décisions autorisent Nestlé Waters à continuer d’exploiter plusieurs sources, dont Perrier, Contrex et Hépar, sous l’appellation « eau minérale naturelle ». Pour Bonneval, cette autorisation repose sur une interprétation contestable des règles, et remet en cause la frontière entre eau naturelle et eau traitée.

Nestlé, Bonneval et l’« eau minérale naturelle » : une définition au cœur du conflit

D’abord, l’attaque de Bonneval ne vise pas la qualité sanitaire des eaux commercialisées par Nestlé. Aucun des recours ne prétend que l’eau serait dangereuse pour la santé. Le désaccord porte sur la qualification du produit. Selon la réglementation, une eau minérale naturelle doit être pure à la source, protégée de toute pollution, et ne pas subir de traitement susceptible d’en modifier les caractéristiques essentielles.

Or, Bonneval estime que les arrêtés préfectoraux contestés introduisent une confusion pour le consommateur. En autorisant Nestlé à utiliser la mention « eau minérale naturelle » malgré le recours à des procédés techniques, l’administration brouillerait, selon l’entreprise savoyarde, la distinction entre une eau issue directement de la nature et une eau ayant fait l’objet d’interventions industrielles. Cette confusion, souligne Bonneval, affaiblirait la lisibilité du marché et la confiance accordée à l’étiquetage.

Cette démarche s’inscrit aussi dans une logique économique assumée. Bonneval Emergence, qui exploite notamment les marques Bonneval, Roche Claire et Joséphine, se positionne comme un acteur défendant une approche stricte de l’eau minérale naturelle. Dans un secteur largement dominé par Nestlé, l’entreprise savoyarde considère que toute évolution de la définition réglementaire modifie l’équilibre concurrentiel au détriment des acteurs qui revendiquent une eau sans traitement.

Nestlé et la microfiltration : un point technique devenu explosif

Le litige s’enracine dans une séquence technique devenue centrale. Nestlé Waters a reconnu, début 2024, avoir eu recours par le passé à des traitements interdits, notamment au charbon actif et aux ultraviolets, sur certaines de ses eaux minérales. Ces révélations ont déclenché un scandale industriel et politique, et conduit l’entreprise à revoir ses pratiques.

Dans ce contexte, Nestlé a remplacé ces procédés par une microfiltration, d’abord à 0,2 micron, puis à 0,45 micron. Ces dispositifs ont fait l’objet de nouvelles demandes et d’autorisations préfectorales afin de permettre le maintien de l’appellation « eau minérale naturelle ». Sur le plan sanitaire, ces techniques ne sont pas présentées comme dangereuses. Le débat ne porte donc pas sur la potabilité, mais sur la nature même du produit.

Pour Bonneval, cette microfiltration constitue malgré tout un traitement industriel. L’entreprise estime qu’en validant ces pratiques, l’État acte une rupture avec l’esprit du cadre réglementaire. Dans son argumentaire public, Bonneval dénonce une eau qu’elle juge comparable, une fois filtrée, à une eau du robinet, tout en étant vendue jusqu’à 150 fois plus cher. Derrière cette formule volontairement percutante, le message est clair : le mot « naturel » justifierait une valeur ajoutée qui ne serait plus pleinement fondée.

L’attaque de Bonneval contre Nestlé : quels effets pour l’eau et le marché

D’abord, sur le plan juridique, Bonneval ne se limite pas à une contestation symbolique. L’entreprise a indiqué qu’à défaut de retrait des arrêtés préfectoraux dans un délai de deux mois, elle saisirait la juridiction administrative. La cible immédiate est donc l’acte de l’État, mais l’enjeu dépasse largement le cas de Nestlé. Il s’agit de faire trancher, par le juge, ce que les pouvoirs publics peuvent autoriser sans vider de son sens la notion d’eau minérale naturelle.

Ensuite, les conséquences économiques potentielles sont importantes. Nestlé structure une part considérable du marché français de l’eau embouteillée. Perrier, Contrex et Hépar occupent des positions centrales dans les circuits de distribution. Une remise en cause des autorisations pourrait contraindre le groupe à revoir ses procédés, son étiquetage, voire son positionnement commercial. À l’inverse, Nestlé conteste fermement les accusations portées contre lui. Le groupe affirme que les recours sont infondés et annonce qu’il défendra vigoureusement la légalité des décisions administratives qui lui ont été accordées.

En toile de fond, l’offensive de Bonneval dépasse un simple contentieux entre industriels. Elle interroge le rôle de l’État dans l’arbitrage entre exigences réglementaires, réalités industrielles et attentes des consommateurs. Car derrière le mot « naturel », c’est la crédibilité de toute une filière qui se joue.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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