Si l’Allemagne sortait de la zone Euro ?

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Par Jean-Paul Betbèze Modifié le 1 mai 2013 à 13h30

Elle irait sans doute mieux encore, et pourrait changer d'alliés ! Mais est-ce qu'on fait de l'économie contre sa géographie et son histoire ? Non. La crise que nous vivons nous apprend que la zone monétaire européenne est loin d'être parfaite.

Ce n'est pas une nouvelle, et c'est franchement pénible. Pourtant cette zone euro se réforme et s'adapte. Elle se dote de nouvelles structures de vérifications et de garanties, mais n'arrive pas à repartir. Elle avance, mais pas assez. Elle est devenue le maillon faible de l'économie mondiale, à tel point qu'elle est soumise à des pressions permanentes, qui vont dans tous les sens.

On demande ainsi à la zone euro de se réformer, de réduire sa dette et son déficit publics, d'exiger plus de sa banque centrale, ou bien alors de tout oublier et de repartir dans la voie de la dépense, ou encore de faire partir la Grèce ou Chypre – « par le bas », ou bien l'Allemagne - « par le haut ».

Immédiatement après, les « experts en conséquences » se mettent en branle : le Mark reviendrait disent-ils, plus fort de 40% par rapport au Franc, et l'Allemagne aurait alors les pires difficultés dans l'ancienne zone euro... Bien sûr, mais on oublie que la France qui aurait dévalué importerait de l'inflation et qu'elle ne trouverait alors plus personne pour acheter ses bons du trésor à 2 %. Ils passeraient immédiatement à 4 % au moins, ce qui, dans un pays en déficit primaire, conduirait assez vite à des politiques plus fortes encore d'austérité, ou au défaut.

On oublie aussi que les rapports d'échange en Espagne et Italie, par exemple, seront compliqués. Il n'est pas si sûr, ainsi, que l'Espagne et l'Italie se lanceraient dans des dévaluations compétitives avec la France, compte tenu du fait que leurs situations extérieures et surtout budgétaires sont bien meilleures. Jouer le sérieux serait ainsi payant pour elles. Et l'Allemagne n'aurait pas nécessairement un change plus fort avec le dollar. Le mark remplacerait officiellement l'euro, tout simplement.

Pourquoi donc l'Allemagne ne se lance-t-elle pas dans cette opération, où la France serait le grand perdant (et pourquoi certains Français rêvent-ils de cette solution ?). La raison est, sans doute, géographique et historique. On ne construit rien de stable, ni de pacifique, dans une zone en émoi, avec des voisins très hostiles, parce que perdants.

Certes, les membres de la zone euro sont souvent mécontents de la pression allemande, mais ils savent aussi qu'elle est là dans les coups durs, qu'elle paye les plus gros chèques et qu'elle garantit ceux des autres. Et qu'elle n'a pas si tort. L'Allemagne s'inscrit en fait dans une perspective historique très longue, qui est celle d'une construction économique et sociale nouvelle, l'Europe, une construction qui prendra des années, pour ne pas dire des siècles. Elle est donc dans le temps long.

Ce qui se passe, avec les Français qui lui demandent de partir de la zone euro, ou qui souhaitent eux-mêmes en partir, c'est qu'ils s'inscrivent dans le temps court. Ils s'imaginent que le retour du Franc, avec l'inflation, permettra d'effacer les ardoises et de repartir de l'avant, sans avoir restructuré les entreprises ni modernisé l'Etat.

C'est bien là l'erreur majeure, après plus de dix-sept dévaluations du Franc depuis la deuxième guerre. Les marchés financiers ne l'empêcheront pas, mais ils la feront payer. Surtout, le Franc plus bas, ce seront des entreprises à acheter moins chères. La France qui passe au Franc changera de propriétaire.

L'Allemagne, qui appellera Mark l'euro, sera gagnante. Elle fera ses achats d'entreprises, elle choisira des alliés qui lui conviennent. Mais le tout aura lieu dans une phase croissante de rancœur, en attendant la haine. Elle ne le veut pas. Les Français, au fond, non plus.

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Jean-Paul Betbèze est PDG de Betbèze Conseil, membre de la Commission Economique de la Nation et du Bureau du Conseil national de l'information statistique (France), du Cercle des économistes et Président du Comité scientifique de la Fondation Robert Schumann. Professeur d'Université (Agrégé des Facultés, Professeur à Paris Panthéon-Assas), il a été auparavant chef économiste de banque (Chef économiste du Crédit Lyonnais puis Chef économiste & Directeur des Etudes Economiques, Membre du Comité Exécutif de Crédit Agricole SA) et membre pendant six ans du Conseil d'Analyse économique auprès du Premier ministre. Il est l'auteur des ouvrages suivants:· "Si ça nous arrivait demain..." aux éditions Plon, Collection Tribune Libre· "2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France" aux Editions PUF, 2012.. "Quelles réformes pour sauver l'Etat ?" avec Benoît Coeuré aux Editions PUF, 2011.. "Les 100 mots de l'Europe" avec Jean-Dominique Giuliani aux Editions PUF, 2O11. "Les 100 mots de la Chine" avec André Chieng aux Editions PUF, 2010. Son site : www.betbezeconseil.com

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