Quand la France trafique ses comptes publics comme la Grèce

Par Simone Wapler Publié le 7 juillet 2017 à 5h00
Sapin
3,2 %Le déficit public de la France pourrait atteindre 3,2 % du PIB en 2017.

Le budget Sapin fait couler beaucoup d’encre. Est-ce vraiment grave ou une manoeuvre pour nous préparer psychologiquement à de nouvelles hausses d’impôts ?

Hou le vilain Sapin. La vertueuse Cour des Comptes déclare que le budget 2017, présenté par Michel Sapin, était « insincère ». Insincère, c’est vilain comment ? Le Larousse nous dit « hypocrite ». Mais les fonctionnaires ont un langage bien à eux.

« Un budget insincère est un budget voté en équilibre mais dont le conseil sait parfaitement qu’il ne tient pas la route (minimisation des dépenses par rapport aux ressources) et que des décisions budgétaires modificatives devront être votées en cours d’année pour enregistrer des ressources nouvelles ou pour annuler ou pour reporter à l’année suivante des dépenses initialement prévues. »

Stefano Boffo, Pierre Dubois, Roberto Moscati, Gouverner les universités en France et en Italie, page 193, 2008 C’est vilain, moche. On prépare un terrain miné aux potes. Pas bon camarade le Sapin.

Notre gentil petit Macron ne le savait pas, ne pouvait pas le savoir. Ce n’est pas parce qu’on a fait l’ENA, l’inspection des Finances et de la banque d’affaires, qu’on est un ex-ministre du Budget, qu’on sait flairer les « insincérités » des comptes publics. Une telle duplicité ! Peut-être même que Michel Sapin a été demander des astuces à Goldman Sachs, comme pour la Grèce, pour fabriquer sa petite comptabilité insincère. Le déficit budgétaire rate son objectif de 2,8% sur lequel la France s’était engagée auprès de l’Union européenne. Il sera de 3,2%. Rater son objectif à 22,5% près, ce n’est pas une broutille.

Ce déficit, c’est aussi l’héritage du vilain Hollande. Vous vous souvenez, ce type qui était tout le temps mouillé par la pluie mais qui ne se mouillait jamais. Avant de partir, Hollande a offert sa tournée à ses potes fonctionnaires au « bar des amis ». Mais il est parti sans payer en laissant la note à son successeur. Pas très gentleman, ça… En effet, les dépenses de personnel et de fonctionnement de l’Etat ont bondi : sur quatre mois seulement le relèvement du point d’indice des fonctionnaires nous a déjà coûté 1,33 Md€. Ca devrait nous faire un petit 3,99 Mds€ en fin d’année car même en comptabilité publique 3×4 = 12 et 12 mois = 1 an et 3 x 1,33 = 3,99.

En attendant, il faut faire avec, comme on dit Notre pauvre petit Macron doit trouver 9 Mds€ (et non pas seulement 4 Mds€ ou 5 Mds€ comme estimé avant l’audit de la Cour des Comptes). Même en faisant démanteler par Ségolène Royal ses disgracieux portiques écotaxes qui nous ont couté 1 Md€, on est loin du compte… Certaines mauvaises langues prétendent que tout ceci n’est que mise en scène, que la situation ne serait pas si grave. Il s’agit simplement de préparer les esprits à une hausse des impôts à l’automne, époque où les feuilles (d’impôts) tombent. Mais quand même, le nouveau gouvernement a prévu de « geler les points » des fonctionnaires. Plus d’augmentation. C’est vrai qu’avec la nouvelle Assemblée, une telle mesure est plus facile à prendre que par le passé.

Composition de l’Assemblée nationale : 186 cadres, 129 fonctionnaires, 88 professions libérales, 51 employés, 40 retraités, 14 agriculteurs, 11 artisans et commerçants, et 58 « autres ».

Seulement 129 fonctionnaires sur 577 sièges, soit 22%, c’est beaucoup moins qu’avant (37%). Quant à l’avenir… Suggérons une réforme audacieuse : fonctionnaires et élus devraient recevoir leurs gratifications, primes et augmentations en dette de l’Etat français. Un genre d’intéressement ou de stock option, en quelque sorte. Avec, évidemment, obligation de la garder jusqu’à maturité et interdiction de vendre, comme le prévoit la loi Sapin, si jamais il y avait un désamour pour la dette française. Car évidemment, derrière ces questions de déficit, se pose le problème de la dette qui gonfle, des rendements dérisoires que perçoivent les porteurs d’obligations françaises notamment qui ont des contrats d’assurance-vie en euro. Le jour où plus personne ne voudra de ces papiers qui ne rapportent rien, que se passera-t-il ? Votre épargne est-elle à l’abri ? Prenez dès maintenant les précautions qui s’imposent.

Peut-être que M. Sapin nous fait des budgets insincères, mais rusé, renard, il a préparé les arrières. En cas de « crise de la dette française », vous ne pourrez plus effectuer de rachats partiels ou sortir de votre assurance-vie.

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Simone Wapler est directrice éditoriale des publications Agora, spécialisées dans les analyses et conseils financiers. Ingénieur de formation, elle a quitté les laboratoires pour les marchés financiers et vécu l'éclatement de la bulle internet. Grâce à son expertise, elle sert aujourd'hui, non pas la cause des multinationales ou des banquiers, mais celle des particuliers. Elle a publié "Pourquoi la France va faire faillite" (2012), "Comment l'État va faire main basse sur votre argent" (2013), "Pouvez-vous faire confiance à votre banque ?" (2014) et “La fabrique de pauvres” (2015) aux Éditions Ixelles.

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