Chômage : ou comment François Hollande nous a bien enfumés

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Par Charles Sannat Publié le 29 novembre 2013 à 14h20

Au plus bas dans les sondages, confronté à des manifestations populaires de tous les côtés, submergé par une panoplie de bonnets multicolores, un Premier ministre au charisme de préposé de bureau de poste, le président de la République aidé de son mamamouchi en second a décidé de faire la seule chose que son expérience professionnelle lui ait enseigné… l’enfumage public !

Et le pire c’est qu’il est en général content de son coup et pense que les gens ne voient rien venir, ce qui, ma foi, n’est pas totalement faux, alors pourquoi se priver de ce genre d’action de « pilotage » de la pensée populaire et pour tout dire de la "fabrication du consentement".


Acte 1 : la remise à plat de la fiscalité…

Alors depuis 10 jours, on nous occupe avec la remise à plat de la fiscalité qui n’a aucun sens en elle-même. La fiscalité est le corolaire de la dépense publique. C’est donc l’ensemble du couple recettes/dépenses qu’il faut remettre à plat et pas uniquement l’un des deux. Que doit-on financer et dans quelles limites et comment le finance-t-on. Voilà la véritable question qui, rassurez-vous, ne sera pas abordée par cette équipe d’incompétents notoires.

On convoque les partenaires sociaux totalement discrédités auprès de leur base et représentant largement moins de 10 %, on les remet au centre médiatique, on les fait passer à la télé et on assiste en direct au spectacle pathétique de deux grands malades (le gouvernement et les syndicats) se servant la soupe mutuellement au détriment évidemment du peuple. On nous explique qu’il y aura une retenue à la source… et puis que ce n’est pas possible. Que finalement cela se fera à périmètre constant… puis non (évidemment une remise à plat de la fiscalité, cela veut dire que les zimpôts vont monter, de toutes les façons ils ne savent faire que cela).

Finalement, on nous explique que certains sont trèèèèèès favorables à plus de progressivité pour la CSG, un impôt compliqué, ce qui est un avantage car si vous comprenez comment fonctionne la CSG déductible et celle qui ne l’est pas… je suis preneur, bref, en gros, la CSG va augmenter évidemment et elle va augmenter pour les riches car c’est jûûûûûste, c’est-à-dire pour les gens dont le revenu est supérieur à 1 800 euros net.

Et au bout du compte, cette réforme de la remise à plat de la fiscalité prendra finalement tout le quinquennat… enfin ce qu’il en reste, autant dire que comme le choc de simplification, qui est déjà fini (d’après Groundz’Ayrault), la remise à plat fiscale est une vaste opération d’enfumage et ne dépasse en aucun cas le stade juste de l’effet d’annonce relevant de la politique de communication de bas étage, même pas digne d’un président de conseil régional, fut-il de Corrèze.


Acte 2 : l’inversion de la courbe du chômage qui prendra le temps qu’il faudra pour s’inverser…

Alors que tous les exégètes se perdent en conjecture ce soir en se demandant pourquoi le Président a semblé rétropédaler (dans la semoule, pardon, dans le yaourt, car comme on fait le couscous à base de semoule, j’adore le couscous surtout avec boulette et merguez, cela pourrait être considéré comme une parole islamophobe, alors que le yaourt me semble avoir moins d’effets secondaires, surtout s’il est au bifidus actif, il paraît que ça aide à la digestion) en expliquant ce matin que : "La bataille contre le chômage prendra le temps nécessaire, la bataille contre le chômage se fera mois par mois, ce qui compte, c’est la tendance, etc." Bref, ce matin tout le monde s’est dit que ça y est, il ne va pas tenir son objectif de l’inversion de la remise à plat du chômage fiscal à cause d’un choc septique de simplification généralisé !

Et il en prend acte, surtout que du coup, cela veut dire que les chiffres annoncés ce soir vont être pourris… Et là, patatras, les chiffres ne sont pas mauvais et le taux de chômage baisse… Enfin, ça c’est pour l’habillage et l’amusement de la galerie. En réalité, les chiffres sont bien moisis et on y reviendra après. Mais le taux affiché c’est – 0,6 %, alors franchement ce Président, quelle modestie ! Le meilleur commentaire de commentateur autorisé que j’ai entendu c’était sur BFM radio (je ne le dénoncerai pas, je ne suis pas comme ça mais il était autour de 19h30, donc si vous allez réécouter le podcast…) et il nous expliquait, est-ce que le Président a mal compris les chiffres, car il les a eus hier soir ? Est-ce qu’il y a eu une erreur dans les notes transmises ? Ou peut-être s’est-il simplement trompé… Ha ha ha ha ha ha, j’en suis encore plié de rire de cette analyse aussi bidon que stupide.

Oui le Président a eu les chiffres la veille. Oui il les a bien lus. Non il n’y avait pas d’erreur, c’était au contraire le moment idéal pour profiter de chiffres affichés corrects justement pour rétropédaler sur l’objectif final lorsque le point d’étape n’est pas trop mauvais. Ce genre de propos présidentiels passe évidemment beaucoup mieux quand les chiffres ne sont pas catastrophiques que quand ils sont lamentablement mauvais ! Cela porte le nom d’opération d’enfumage et de communication, ce n’est rien que ça, mais politiquement on peut difficilement l’accuser, c’est donc le "bon" moment et il n’y en a pas eu beaucoup ces derniers mois (hormis quand le chômage baisse à cause des SMS d’SFR qui a bon dos). Et vous savez quoi ? Eh bien auprès de tous les ramollis du ciboulot, ce type de méthode fonctionne à merveille.


La réalité des chiffres du chômage d’octobre

Mon commentaire rapide serait : c’est moins pire qu’avant mais ce n’est pas bon du tout. En gros (vous avez le document complet en lien sur le site de la DARES), voici ce qu’il faut retenir : - 20 000 chômeurs de catégorie A (il y a toutes les autres catégories et là, ça monte) en moins, mais avec 10 000 radiations de Paul Emploi de plus que d’habitude (sans problème de SMS SFR, c’est juste un bon boulot des agents ANPE plus payés pour radier que pour trouver un job), auxquels il convient de rajouter 10 000 emplois d’avenir sans futur payés au frais de la princesse, enfin à vos frais en fait puisque ces voies de garage sont financées avec vos zimpôts évidemment. Donc – 20 000 + 10 000 + 10 000 = 0 véritable chômeur en moins… donc c’est de l’enfumage.

Ensuite, il faut savoir, toujours d’après le communiqué officiel de la DARES, que : "En France métropolitaine, le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A diminue au mois d’octobre 2013 de 0,8 %, mais parmi l’ensemble des demandeurs d’emploi de catégories A, B, C, en France métropolitaine, le nombre d’hommes augmente de 1,0 % en octobre (+7,7 % sur un an) et le nombre de femmes est en hausse de 0,7 % (+6,0 % sur un an)."

Donc au total, le nombre de chômistes chômant augmente… mais c’est une bonne nouvelle (en tout cas vous allez sans doute avoir droit à de grands titres positifs demain dans la presse nationale sur les "bons chiffres du chômage"… Haaaa, enfumage quand tu nous tiens ! Mais ce n’est pas tout ! "Le nombre des offres d’emploi collectées par Pôle emploi augmente de 1,0 % au mois d’octobre 2013 en France métropolitaine (-8,0 % sur un an). Sur un mois, les offres collectées d’emplois durables (plus de six mois) baissent de 1,9 %, tandis que les offres collectées d’emplois temporaires (entre un et six mois) et d’emplois occasionnels (moins d’un mois) sont en hausse (respectivement de +1,1 % et +11,8 %)."

Ce charabia tendance salmigondis administratif peut être traduit de la façon suivante : L’économie va tellement bien que les vrais boulots à temps plein baissent encore alors que le mini job d’emballeurs de cadeaux pour les fêtes augmente (emplois occasionnels), ce qui est normal vu que les fêtes de fin d’année approchent. Cela permet donc de masquer la seule véritable information pertinente à savoir la création d’emplois dans l’économie marchande ce que l’on nomme "les emplois marchands".

Et eux s’effondrent depuis le début de l’année et continuent à diminuer en octobre, ce qui n’augure rien de bon. Cette baisse relative d’une catégorie de chômeurs repose donc essentiellement sur un immense enfumage et il est essentiel de le dire, de le crier et d’informer nos concitoyens. La situation est mauvaise.

Tout repose sur de la dépense publique supplémentaire que l’on est incapable de financer en augmentant encore beaucoup les impôts, et prochainement nous serons tout aussi incapables de financer nos découverts et notre dette sur les marchés… D’où l’urgence pour ce gouvernement de fumistes enfumeurs d’obtenir enfin que la BCE puisse imprimer autant de billets que nécessaire. Restez à l’écoute. À demain… si vous le voulez-bien !!

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Charles SANNAT est diplômé de l'Ecole Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d'Etudes Diplomatiques et Stratégiques. Il commence sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant puis Manager au sein du Groupe Altran - Pôle Technologies de l’Information-(secteur banque/assurance). Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d'affaires et intègre la Direction de la Recherche Economique d'AuCoffre.com en 2011. Il rédige quotidiennement Insolentiae, son nouveau blog disponible à l'adresse http://insolentiae.com Il enseigne l'économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et écrit régulièrement des articles sur l'actualité économique.

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