Football et réseaux sociaux, outil et otage du conflit Russie – Ukraine

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Par Mathieu Sauvajot Publié le 30 mars 2022 à 16h07
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4,61%Le compte du Dynamo Kiev a vu son nombre d'abonnés augmenter de 4,61% depuis le début de la guerre en Ukraine.

Cela fait désormais un mois que le conflit entre la Russie et l’Ukraine a éclaté, une tragédie qui n’a laissé personne indifférent. Comme nous le savons, le monde du sport a réagi et pris diverses mesures, à son échelle, afin de sanctionner la Russie, et bien sûr le football ne fait pas figure d’exception. Si les instances européennes et mondiales (UEFA et FIFA) ont décidé d’exclure l’équipe nationale et les clubs russes de leurs compétitions, les fans de football ont également commencé à réagir lors de ces dernières semaines, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ont choisi leur camp.

Bien que le championnat de football russe ne soit pas aussi réputé que ceux d’Europe de l’Ouest, il n’est pourtant pas dénoué d’intérêt pour les fans de ballons ronds. Celui-ci compte plusieurs clubs emblématiques situés au cœur des grandes villes du pays (Moscou et Saint-Pétersbourg essentiellement), parvenant occasionnellement à se démarquer sur la scène européenne, et d’anciennes gloires du football y ont déjà posé leurs valises par le passé.

Cette époque semble toutefois être révolue au vu des circonstances actuelles, à plus forte raison quand on constante que le public a commencé à boycotter les clubs russes sur les réseaux sociaux, tout en apportant son soutien à ceux d’Ukraine.

En novembre, la Première Ligue russe disposait d’une communauté de 10,5 millions d’abonnés, tous clubs et plateformes confondus, et affichait une progression lente, mais constante. Toutefois, le rapport publié par IQUII en mars 2022 permet d’observer la réaction du public à l’actualité récente.

Non seulement le nombre total d’abonnés a diminué de 200 000, mais certains clubs ont été particulièrement impactés. La chaine Youtube du CSKA Moscou a été fermée (~300K followers en novembre 2021), l’Akhmat Grozny (Tchétchénie) ainsi que le Lokomotiv Moscou sont en recul (-0,20% & -0,11%) et le Zenit stagne.

A l’inverse, les clubs ukrainiens bénéficient d’un intérêt soudain - bien que l’heure ne soit bien évidemment plus au football - et ce, pour des raisons tout sauf sportives. Le nombre d’abonnés des clubs de Première Ligue ukrainienne est passé de 3,6M à 3,7M depuis le mois de novembre, et certains d’entre pourraient bien s’envoler durant ces prochaines semaines. Le Dynamo Kiyv compte désormais 922,5K abonnés, soit une hausse de 4,61% par rapport au mois précédent, et le SK Dnipro progresse de 3,88%, soit deux des cinq meilleures performances durant la période observée, tous championnats européens confondus.

D’autre part, les réseaux sociaux ayant choisi leur camp – et pas uniquement dans le domaine du sport – la Russie avait, rappelons-le, contre-attaqué courant mars et décidé de bloquer les réseaux sociaux du groupe Facebook, et plus récemment, a mis en place une alternative à Instagram, à l’image de ce qui avait déjà été fait avec Vkontakte il y a déjà plusieurs années.

Au final, si cette guerre médiatico-sportive peut paraitre futile, rappelons que les réseaux sociaux ont un poids non négligeable dans la valeur marketing des clubs de football, et les conséquences pourraient être ressenties à moyen terme, à plus forte raison si ce début de boycott médiatique venait à s’étendre à la retransmission des matchs de championnat.

Ajoutez à cela l’exclusion de la Russie de la prochaine Coupe du monde – son match de barrage avec la Pologne ayant été tout simplement annulé – et on comprend que l’avenir du football russe est plus que jamais menacé.

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Titulaire d’un Master de la Sorbonne, spécialisé dans les questions relatives à l’Amérique latine, Mathieu Sauvajot a d’abord rédigé des articles traitant de la géopolitique et de l’économie de ce continent, avant de se tourner vers le domaine du sport. Désormais, il est rédacteur auprès de Paris United ainsi que de l’Observatoire du Sport Business.