Et si on retrouvait notre souveraineté ?

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Par Charles Sannat Publié le 12 décembre 2012 à 23h40

Il y a un gros mot qui ne doit pas être prononcé ces dernières années, car si vous en parlez, vous serez presque immédiatement taxé d’extrémiste en général de la droite. Il s’agit d’une valeur totalement dénigrée un peu comme le protectionnisme sauf qu’il s’agit de la souveraineté.

Le Larousse définit la souveraineté de la façon suivante : c’est le « pouvoir suprême reconnu à l’État, qui implique l’exclusivité de sa compétence sur le territoire national (souveraineté interne) et son indépendance absolue dans l’ordre international où il n’est limité que par ses propres engagements (souveraineté externe). (L’article 3 de la Constitution française de 1958 dispose que « la souveraineté nationale appartient au peuple, qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum ».) »

Lorsque l’on y pense, la démocratie ne peut s’épanouir que dans le cadre d’une souveraineté. Peu importe d’ailleurs en terme théorique qu’elle soit nationale ou européenne, mais il doit y avoir expression du peuple souverain à travers ses représentants ainsi que des possibilités de contrôle et toutes les séparations des pouvoirs qui font d’un état une démocratie qui, je vous le rappelle, est le plus mauvais des systèmes… à l’exception de tous les autres.

Bref. Une fois posé ce petit postulat sur l’idée de souveraineté, je souhaitais revenir à l’idée de « redressement productif ». Je m’en moque souvent de cette idée. Je vous rassure, je ne fais pas du tout une fixation sur notre commissaire Montebourg. Non. Au contraire, j’adore cette histoire de redressement productif. Je pense même que c’est un sujet d’une extrême importance pour l’avenir de notre pays. Depuis que je suis en âge de comprendre ou en tout cas « de mémoriser » ce qu’il se passe, je constate que nous avons organisé, consciemment, consciencieusement, notre incapacité politique d’une part et en ce qui nous concerne, notre incapacité économique.

Il y a quelques jours, l’Europe annonçait la fin du régime spécial de protection pour l’industrie européenne du briquet jetable. Du briquet Bic en clair, qui va désormais subir de plein fouet la concurrence de produits chinois à très bas prix. Or que constate-t-on ? D’une part, rien ne nous oblige à nous laisser envahir par le briquet chinois ce qui a comme conséquence directe de stopper les investissements dans les usines Bic, donc de pénaliser notre emploi et notre production industrielle que nous voulons, je vous le rappelle, « redresser ».

D’autre part, on se rend compte que les millions de briquets jetables importés de Chine ne respectent tout simplement pas les normes de sécurité françaises et européennes. Faites tomber un briquet Bic d’une hauteur d’homme, il ne se passera rien. Faites la même chose avec les briquets chinois et un sur deux « explosera » au sol. Dramatique et pourtant nous ne faisons rien.

Tous les ans, les scandales sanitaires se développent avec une fréquence accrue autour de tous ces produits importés qui ne respectent même pas le simple bon sens sans plus même oser parler de normes. Lait pour bébé tout simplement empoisonné, jouets pour enfants tout simplement toxiques, médicaments avariés ou sans principes actifs… C’est une liste à la Prévert, jusqu’à la contrefaçon de pièces détachées de voitures ou d’avions mettant en jeu la sécurité des gens. Ni plus ni moins que la vie des gens pour un peu plus d’argent.

Dramatique et pourtant nous ne faisons rien.

Nous avons organisé notre incapacité en supprimant volontairement nos frontières, nos douaniers, nos contrôleurs et nos vérificateurs. Nous pouvons supprimer les frontières au sens légal. Nous pouvons autoriser la libre circulation des biens, des marchandises et des hommes, sans pour autant supprimer systématiquement tout contrôle ou toute vérification.

La première étape de notre redressement productif, en plus d’une vision de ce qu’il doit être, c’est la mise en place d’un maillage de contrôle serré. Plus aucune marchandise « hors normes » ne doit rentrer sur le territoire français. Peu importe son origine, ce n’est bien sûr pas pour viser la Chine. Nous devons avoir une tolérance « zéro » sur les produits présentant une dangerosité quelconque ou un non-respect flagrant des normes établies notamment par l’Europe et nos fameux « NF » que tout le monde appose sans en respecter ni la « lettre, ni l’idée ».

Nous avons des millions de chômeurs que nous indemnisons. Recrutons 500 000 douaniers en CDD de 4 ans. Vérifions pendant 4 ans chaque container, chaque colis, chaque paquet. Nous pourrions vite, très vite nous rendre compte que plus rien ne passe les contrôles de normes. Dans ce cas, je vous laisse imaginer le redressement productif de l’industrie française et européenne… Simple n’est-ce pas… Et pourtant nous ne faisons rien car nous avons organisé notre incapacité.

Un autre exemple que je ne résiste pas à développer est bien sûr celui des banques « too big to fail », les désormais célèbres « trop grosses pour faire faillite ». Nous les avons laissées se développer. Les autorités politiques et les autorités de tutelles ou de contrôle prudentielles ont tout accepté. Tout. Progressivement, elles ont tout laissé faire.

Nous avons organisé notre incapacité. Aujourd’hui, nous sommes dans une impasse totale avec d’un côté des banques effectivement trop grosses pour faire faillite, mais également trop grosses pour être sauvées. Or nous continuons à ne rien faire. Nous en sommes incapables. Nous devrions nationaliser l’ensemble des banques. Couper les activités en deux. Séparer les activités de banques de détails, qui sont indispensables à l’économie réelle, et les activités dites de marché qui restent essentiellement de la spéculation sans intérêt économique autre que de la création d’argent à partir d’argent, et interdire le trading haute fréquence qui n’a, quant à lui, strictement aucune justification économique.

Tout au bout de la chaîne, nous avons créé l’Europe. Encore une fois, l’Europe est une belle et noble idée désormais totalement perdue et dévoyée. L’Europe, c’est le « machin » absolu de l’incapacité la plus parfaite.

Impossible de réaliser une politique cohérente à 27 pays différents.

Impossible de bâtir des protections efficaces à 27 pays différents.

Impossible de réaliser une convergence rapide d’économies hétérogènes à 27 pays différents.

Impossible de mettre en place des mesures fortes et énergiques à 27 pays différents.

Avec l’Europe, ou plus précisément avec cette Europe-là, nous avons organisé notre incapacité totale. Comment sortir de la crise ? Que faire ? Voici deux questions récurrentes que les gens me posent souvent. Comment sortir de cette crise, que pouvons-nous faire ?

À part acheter de l’or et une maison de campagne avec potager et poulailler, nous ne pourrons rien faire. Nous ne pourrons rien faire car, vous l’aurez compris, nous avons décidé ces 20 dernières années d’organiser notre incapacité totale à agir et à maîtriser notre destin collectif.

Nos hommes politiques ont depuis bien longtemps abdiqué le pouvoir au profit d’intérêts privés et corporatistes. La marche arrière est devenue très difficile pour ne pas dire impossible, nous condamnant de facto tôt ou tard à l’effondrement socio-politico-économique avec tout son cortège de conséquences humaines dramatiques.

La sortie de l’euro préconisée par un certain nombre de gens n’est pas une panacée. Loin de là. Elle ne serait (la sortie de l’euro) ni une solution miracle, ni un cataclysme. Nos problèmes ne disparaîtront pas avec un retour au franc. Néanmoins, une sortie de l’euro serait très certainement le premier pas vers une souveraineté retrouvée dans un cadre national.

À votre avis, que se passe-t-il en Angleterre avec leur débat sur la poursuite ou non de l’adhésion à l’Europe ? C’est en réalité ce débat sur cet indispensable retour à la souveraineté qui est un élément indispensable pour commencer à pouvoir envisager une sortie éventuelle de cette crise. Or, nous nous arc-boutons sur la monnaie unique et sur l’Europe comme s’il en allait de notre existence même. Vous savez, c’est l’idée que dans notre siècle des grands ensembles économiques un petit pays ne peut plus peser.

Si vous regardez attentivement la carte du monde, les petits pays indépendants s’en sortent objectivement beaucoup mieux et depuis beaucoup plus longtemps que les pays qui ont décidé de rejoindre des superstructures comme l’Europe. Pas si loin de chez nous, l’Islande est en train de revivre. Il faut dire que les pêcheurs islandais ont su exprimer leur souveraineté et dire aux banques… qu’ils ne paieraient pas pour leurs errements et leurs erreurs.

Or pourtant nous ne ferons rien de tout ça car nous avons organisé notre incapacité. C’est cela qui nous condamne. C’est bien triste car nous pourrions sans doute encore sauver beaucoup de choses. Mais rassurez-vous, nous n’en ferons rien.

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Charles SANNAT est diplômé de l'Ecole Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d'Etudes Diplomatiques et Stratégiques. Il commence sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant puis Manager au sein du Groupe Altran - Pôle Technologies de l’Information-(secteur banque/assurance). Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d'affaires et intègre la Direction de la Recherche Economique d'AuCoffre.com en 2011. Il rédige quotidiennement Insolentiae, son nouveau blog disponible à l'adresse http://insolentiae.com Il enseigne l'économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et écrit régulièrement des articles sur l'actualité économique.

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