Les monnaies parallèles ? Vieilles comme le monde !

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Par Muriel Jaouën Modifié le 3 juin 2012 à 9h40

A l’heure où la zone euro se débat avec sa monnaie unique, l’économie sociale et solidaire a peut-être des leçons à nous donner… Muriel Jaouën évoque notamment la question des monnaies parallèles dans son ouvrage « Economie sociale, la nouvelle donne », paru aux éditions Lignes de repères. Extrait.

« “Monnaies locales”, “monnaies libres”, “monnaies communautaires”, “sociales”, “solidaires”, “alternatives”, “affectées”… Depuis les années 80, une multitude de monnaies complémentaires se sont développées partout dans le monde, avec plus ou moins de bonheur. (…) Il pourrait exister plus de 4 000 systèmes différents dans une cinquantaine de pays, qui toucheraient environ un million de personnes. (…)

En France, le modèle aujourd’hui “dominant” au sein des monnaies parallèles est le système d’échange local (SEL). Initié en Ariège en 1994, il aurait aujourd’hui rallié plus de 20 000 personnes dans différents départements. Les systèmes actifs utilisent majoritairement le temps comme étalon d’évaluation du montant des échanges. Les rapports économiques professionnels ou semi professionnels sont exclus. Les SEL ont ici tiré les leçons de leurs erreurs passées. En 1998, le modèle est en effet secoué par une accusation de travail dissimulé au travers d’une activité de réparation de toits. Cette affaire pâtira avec le procès de Foix d’une publicité médiatique très négative. La relaxe sera finalement prononcée, mais les SEL se montreront plus vigilants. Aujourd’hui, l’association SEL’idaire recense près de 400 SEL sur tout le territoire.

A côté des SEL sont récemment apparues en France des monnaies convertibles. En 2009, à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne), l’association Agir pour le vivant lançait le projet Abeille, monnaie convertible à parité avec l’euro (un euro égale une abeille), utilisable dans une cinquantaine de points de vente adhérents au système. L’abeille est une monnaie fondante : elle se dévalue de 2 % tous les six mois sous forme de participation reversée à l’association.

Autre initiative : l’Occitan, monnaie locale également convertible à parité avec l’euro, lancée début 2010 par l’Association des commerçants de Pézenas auprès de ses adhérents. L’objectif est de créer une masse monétaire réinvestie dans l’économie locale, sans perspective de spéculation financière.

Comment ça marche ? Un commerçant achète 100 euros d’“Occitans”, en vue de les redistribuer sous forme de bonus ou de points cadeau à ses clients. Il va proposer une remise ou un rabais de 20 % (au lieu de 30 % habituellement) et versera le complément au client en “Occitans”. Celui-ci pourra les échanger contre des euros moyennant une commission pour frais de change de 6 % (4 % pour l’adhérent). C’est le montant de ces commissions qui financera le fonds de dotation, émetteur et gestionnaire de la monnaie. Le fonds pouvant, à son tour, proposer des prêts sans intérêt à des porteurs de projets ou de services locaux. »

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« Economie sociale, la nouvelle donne »

Editions Lignes de repères

ISBN : 978-2-915752-69-4

176 pages

18 € TTC

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Journaliste indépendante, Muriel Jaouën est diplômée de l’ESJ Lille et titulaire d’une maîtrise de philosophie. Après avoir longtemps traité les questions de management et d’organisation d’entreprise pour La Tribune, elle collabore aujourd’hui entre autres à Stratégies, Management, l’Entreprise. Elle est également membre du comité éditorial de www.place-publique.fr, où elle traite notamment les questions liées à l’économie sociale et solidaire. Elle vient de publier « Economie sociale, la nouvelle donne » aux éditions Lignes de repères.

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