La FIAC est morte, vive Paris+

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Par Philippe Herlin Modifié le 21 octobre 2022 à 4h49
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Voici le traditionnel week-end dédié à l’art contemporain à Paris, avec un nouveau vaisseau amiral, et toujours le off qui propose d’autres salons.

Et oui, la Foire internationale d’art contemporain, plus connue sous son acronyme FIAC, est morte au début de cette année. Depuis sa première édition en 1974, elle faisait partie du paysage parisien et, surtout, mondial car elle a progressivement réussi à se hisser au niveau des grandes foires internationales d’art contemporain. Un gage en termes d’attractivité, de rayonnement, d’afflux de collectionneurs et d’argent du monde entier.

Pourquoi ce changement ? Parce que le nouveau directeur du Grand Palais, Chris Dercon, nommé directement par Emmanuel Macron, a décidé de lancer, dans la précipitation en décembre 2021, un appel d’offre pour les deux grandes manifestations artistiques qu’héberge le monument, la FIAC et Paris Photo. Pour quelle raison, on l’ignore. Le résultat tombe en janvier de cette année, Paris Photo garde sa place, mais la FIAC trébuche au profit de Art Basel, son concurrent suisse. Et nous avons désormais « Paris+ par Art Basel ».

On peut critiquer la FIAC certes, mais balancer à la poubelle une institution aussi ancienne pour la remplacer par un acteur étranger, cela ressemble tout de même à un « Alstom culturel ». Depuis, estimant sans doute sa mission remplie, Chris Dercon a démissionné pour prendre la direction de la Fondation Cartier. Garantir le bon déroulement des travaux de réfection du Grand Palais ne devait pas le passionner.

Ceci dit, jugeons sur pièce. La manifestation accueille 156 galeries françaises et internationales sur toute la surface du Grand Palais Ephémère, agrandi pour l’occasion d’un long hangar blanc. Et bien disons-le clairement : nous sommes enthousiasmés ! Terminés la grisaille, l’ennui, le minimalisme, le côté abscons et froid de la FIAC, avec Paris+ les couleurs éclatent, le figuratif a droit de citer, même le beau (un gros mot pour la FIAC), l’esprit et l’humour y ont leur place, bref, on passe un bon moment plutôt que de déprimer comme avant. Merci à nos amis suisses de faire souffler un grand air frais.

On se rend compte que la FIAC était devenu l’emblème d’un petit milieu parisien fonctionnant en vase clos, sombre et hautain. Il est regrettable, redisons-le, qu’il ait fallu passer par un acteur étranger pour renverser la table, cela illustre les blocages de la société française, bref.

Signalons quelques œuvres qui ont retenu notre attention, comme Man Ray at the Dance de Tom Wasselmann chez Almine Rech, Yellowcholia de Anish Kapoor chez Massimo Minini, Jet Blue 51 de Mickalene Thomas chez Nathalie Obadia, les tableaux très « fantasy » de Hu Hong, la sculpture en marbre d’un visage étiré d’en enfant de Jaume Plensa chez Lelong, le Marat assassiné réinterprété par Yan Pei-Ming chez Massimodecarlo, les délicates maquettes de bois et de polystyrène de Tadashi Kawamata chez Annely Juda Fine Arts, etc. etc. Aller y faire votre miel (40 euros l’entrée, ça les vaut).

Comme toujours, les amateurs d’art contemporain ne manqueront de fréquenter le « off », qui présente d’intéressantes propositions, notamment le salon Asia Now, qui investit pour la première fois la Monnaie de Paris (11 quai Conti) pour accueillir 75 galeries. Présentant la création asiatique, ce salon, qui en est à sa huitième édition, sait présenter un panel d’artistes qui reste heureusement éloigné des propositions les plus absconses de l’art contemporain. Le figuratif, la couleur, l’onirisme, la beauté (osons le mot !) ont droit de citer, et c’est très bien. Un salon à faire absolument. Citons également Paris Internationale, qui réunit 60 galeries, Private Choice, et Modern Art Fair, au 10 avenue de La Grande armée, près de la Place de l’étoile. On signalera aussi les nouvelles expositions du Palais de Tokyo, plus intéressantes que d’habitude, avec une prédominance de vidéos dont plusieurs retiennent l’attention, que ce soit celles de Cyprien Gaillard (superbe vol d’oiseaux dans la ville) ou de Ho Tzu Nyen (dessins d’animation de manifestations). Bref, de quoi occuper son week-end !

https://parisplus.artbasel.com/

https://www.asianowparis.com/

https://parisinternationale.com/

https://www.privatechoice.fr/

https://moderneartfair.com/

https://palaisdetokyo.com/

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Philippe Herlin est économiste, Docteur en économie du Conservatoire National des Arts et Métiers, il a publié plusieurs ouvrages chez Eyrolles et rédige des chroniques hebdomadaires pour Goldbroker. Il écrit tous les vendredis un article sur l'art et la culture vus à travers l'économie, et intervient ponctuellement sur d'autres sujets. Son site : philippeherlin.com.

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