Le gouvernement Philippe à contre-pied de Hollande

26 %
26 % des Français sont contre le report de la réforme sur l'impôt sur
le revenu et le prélèvement à la source.

Q1 : Le gouvernement a annoncé le report d’un an de la mise en place du prélèvement de l’impôt sur le revenu à la source. Diriez-vous que c’est une bonne chose ou une mauvaise chose ?

Sous total « bonne chose » : 73 %

Sous total « mauvaise chose » : 26 %

NSP : 1 %

Q1 : 73% des Français interrogés approuvent le report d’un an du prélèvement à la source de l’Impôt sur le revenu

C’est dans une interview « Face aux lecteurs » au journal Le Parisien parue le 6 juin dernier que le Premier Ministre a annoncé le report d’un an du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu.

Il a adossé l’annonce de ce report à la nécessité de réaliser un audit pendant l’année 2018 visant à tester la robustesse du dispositif construit par le gouvernement précédent.

En effet, il faut rappeler ici que le prélèvement à la source induit de faire reposer la mécanique fiscale de collecte sur les entreprises et les administrations plutôt que sur les particuliers eux-mêmes, comme c’est le cas aujourd’hui.

Il est ici largement soutenu par l’opinion publique. En effet, 73 % des Français interrogés approuvent ce report d’un an d’une réforme somme toute emblématique du quinquennat précédent qui restera, pour la petite histoire, comme celui du « ras le bol » fiscal.

Il y a probablement un petit effet « état de grâce » dans le résultat du sondage OpinionWay pour LCI et Tilder de cette semaine. Toutefois, c’est une réussite d’un point de vue de la communication politique pour le gouvernement et son chef, pour au moins deux raisons :

C’est d’abord l’occasion pour le Premier ministre d’instiller un premier marqueur de son mode de gouvernement auprès de l’opinion publique : le sérieux et la rigueur dans la mise en œuvre des réformes. La ligne communicationnelle proposée par le Premier Ministre est donc : « Pas d’effet d’annonce, du sérieux ».

En substance, il affirme ne pas vouloir mettre en œuvre une réforme s’il n’est pas certain qu’elle ne rencontrera pas de difficultés dans son application pratique. C’est bien joué, car cela lui permet également de se mettre à distance politique du gouvernement précédent en critiquant en creux son impréparation.

C’est ensuite une façon de s’approprier une réforme soutenue au moment de par l’opinion publique et qui aurait été mise au crédit du gouvernement précédent si elle avait été appliquée comme prévu en 2018. En reportant d’un an et en se laissant le temps de vérifier son fonctionnement et donc de l’aménager ou de l’améliorer, Edouard Philippe et son ministre du Budget, Gérald Darmanin se réapproprient pour partie au moins la paternité du projet.

Pour finir, il faut affirmer qu’il y a peut-être même une raison cachée à ce report. Prélever à la source c’est rendre moins visible le versement individuel de son impôt sur le revenu. Etre moins visible est une bonne chose quand l’impôt est considéré comme exorbitant, voir confiscatoire par une majorité de Français… C’est à contrario une moins bonne chose quand on prévoit des baisses de charges ou de prélèvements lors de la première année de son quinquennat !

La baisse des prélèvements était une promesse de campagne du candidat Macron dès 2017. Cette baisse, si elle était effectivement mise en œuvre, serait visible sur nos feuilles d’impôt en 2018. En communication, il serait dommage de se priver de la scénarisation d’une telle bonne nouvelle. Non ?

Q2 : Seriez-vous favorable ou opposé à l’élection des députés au scrutin proportionnel (et non majoritaire comme aujourd’hui) ?

Sous total « favorable » : 70 %

Sous total « opposé » : 28 %

NSP : 2 %

70% des Français interrogés déclarent favorables à la mise en œuvre d’une dose de proportionnelle lors des élections législatives

Autre annonce du candidat : Macron durant la campagne présidentielle et qui fut l’une des contreparties demandées par François Bayrou à son ralliement, la mise en place d’une dose de proportionnelle aux élections législatives.

Aujourd’hui le scrutin majoritaire uninominal à deux tours en vigueur en France et voulu par le Général de Gaulle dès son arrivée au pouvoir en 1958 pour lutter contre l’instabilité gouvernementale de la IVème République, donne plutôt un avantage aux grands partis politiques dits « de gouvernement ». En effet, pour être présent au second tour et espérer être élu, il faut réunir 12,5% des inscrits au premier tour de l’élection, ce qui favorise mécaniquement les grands partis. C’est également un système qui assure une forme de stabilité politique.

Mettre en œuvre une dose de proportionnelle est une méthode qui permet d’assurer un mode de représentation plus juste de la réalité de la répartition du paysage politique du pays… Le risque, en retour demeure une forme de « balkanisation » de l’Assemblée, synonyme d’instabilité gouvernementale.

Du point de vue de la communication politique, vouloir la mise en œuvre d’une dose de proportionnelle dans les scrutins législatifs à venir correspond à la volonté d’Emmanuel Macron de recomposer le paysage politique du pays. C’est donc une mesure cohérente avec son positionnement politique. Mécaniquement, limiter l’hégémonie du parti LR et du PS qui ont façonné chacun leur tour le paysage politique sous différentes appellations depuis le début de la Vème République est un acte qui accompagne la volonté affirmée du Président de la République de recomposer le paysage politique.

En mettant en œuvre d’une dose de proportionnelle, il s’assure le soutien des petits partis et de l’opinion publique dans sa globalité puisque l’ensemble du sceptre politique du pays, avec un tel dispositif, peut obtenir des représentants au prorata du pourcentage des voix obtenues lors du scrutin.

70 % des Français interrogés soutiennent le Président de la République dans cette volonté de réforme institutionnelle. Ce bon résultat est probablement un des effets de « l’état de grâce » que traverse le couple exécutif, c’est également la preuve d’une volonté des Français de voir l’ensemble des idéologies qui composent l’échiquier politique être représentés à l’Assemblée nationale.

Reste à savoir si, à l’usage les Français seront toujours d’accord avec la mise en œuvre réforme. Réponse dans 5 ans au plus tard (avant, en cas de dissolution). D’ici là, nous aurons le temps d’en reparler.


 

Sondage exclusif TILDER/LCI/OpinionWay du 8 juin 2017


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