Halte au feu, laissez-nous travailler

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Par Guillaume Cairou Publié le 6 avril 2019 à 0h45
Gilets Jaunes Commerce Ligne Croissance 1
21Les "Gilets jaunes" se mobilisent pour un 21e week-end consécutif.

L’appel à la responsabilité de 3 millions et demi d’entrepreneurs, d’artisans, de commerçants et de travailleurs indépendants de France.

Depuis 19 semaines, nous vivons au rythme des samedis en jaune. Soyons clairs d’emblée : comme le Président de la République, nous considérons ce mouvement de colère comme « légitime et juste ». Quatre mois après le début de la cette fronde sociale, il faut d’ailleurs reconnaître que les messages sont passés ; des mesures ont été prises par les pouvoirs publics, dix milliards débloqués. Les entreprises ont d’ailleurs pris leur part de cet effort : ce sont plus d’un milliard d’euros de prime qui ont été versés aux salariés qui en avaient le plus besoin. C’était notre juste contribution à un effort national. L’INSEE affirme que le pouvoir d’achat des Français s’en ressent positivement et c’est une bonne chose.

Mais maintenant, il est temps de se remettre au travail. Ne laissons pas les derniers rebelles, les anticapitalistes de tout poil – et de tous pays… - qui ont pris le mouvement en otage, ruiner cette prise de conscience collective. Le blocage hebdomadaire doit cesser. On ne peut pas se réclamer de la liberté des uns, sans respecter celle des autres, notamment ceux qui participent à fabriquer de l’emploi, à faire tourner l’économie, à produire des biens et des services pour le plus grand nombre et à financer les cotisations sociales et les retraites. Si la contestation continue, alors nous courrons un risque fatal.

La facture sera salée

Depuis quatre mois, la paralysie à répétition des axes routiers, des centres-villes, les dégradations, parfois les saccages, ont eu de lourdes conséquences pour les artisans, commerçants, indépendants, TPE/PME, ETI, grandes entreprises dont nous portons la voix… Leurs activités économiques ont été désorganisées, fragilisées, voire détruites. 200 millions d’euros pour les seules dégradations en marge des manifestations estime le ministre de l’Economie Bruno Le Maire. Mais au-delà, l’impact direct et de court terme s’annonce très lourd. Quand le seul secteur de l’hôtellerie restauration annonce une perte de 500 millions d’euros, on comprend que la facture globale sera salée et pas seulement économiquement.

Prendre en compte le réel

Ne nous cachons pas derrière nos petits doigts : dans la vraie vie, dans l’économie réelle, ce mouvement qui s’éternise va avoir des conséquences dramatiques. Il va se traduire par des fermetures d’entreprises et des destructions d’emplois. Lorsqu’on parle d’une facture de 4 milliards d’euros pour ces 19 semaines de troubles, il faut bien entendre ce que cela signifie : ce sont près de cent mille emplois qui sont menacés, c’est à dire l’équivalent de la population active d’une ville comme Lille ou le Havre. Et on ne parle pas seulement de chômage technique, mais bel et bien de suppressions de postes ! Des salariés vont connaitre à leur tour cette précarité contre laquelle affirmaient justement lutter les « Gilets jaunes », sans compter tous les indépendants dont la perte d’activité est déjà effective. Or, l’économie réelle, c’est celle qui permet à un territoire et ses habitants de vivre au quotidien. L’empêcher, l’entraver, la paralyser relève de l’irresponsabilité. À l’inverse, prendre en compte le réel, c’est refuser les postures et les commentaires faciles, c’est s’engager pour le transformer. Comment ? En investissant dans une démarche durable, dans des biens et des services qui profitent à tous. En réinvestissant l’économie, loin des leçons de morale sur la valeur travail.

Sortir de l’impasse

Passé le grand débat, nous devons transformer les samedis de colère en solutions d’avenir. Partout sur les territoires, des femmes et des hommes ont des idées, des projets, des talents, des compétences pour contribuer à la transformation du réel. Ils sont entrepreneurs, salariés, indépendants, fonctionnaires... Tous aspirent à trouver leur place dans la marche du monde. Dans une économie en transition, nous ne pouvons pas opposer gilets jaunes et innovations. Mais il faut un préalable : l’envie d’un destin commun. Pour cela, partons de l’économie réelle. Permettons à tous d’y éprouver concrètement leur responsabilité. Pour que l’engagement de chacun prenne tout son sens dans « la vie de la cité », la politique. Ensemble, il nous faut bâtir ces nouveaux cadres, ces nouvelles médiations. Encore un effort ! Sans cela, la poursuite d’une contestation aveugle débouchera sur la violence ; la laisser s’installer, c’est la voir nous ronger.

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Fils d’ouvrière d’origine serbe, autodidacte, éducateur puis enseignant en banlieue, c’est au chômage à 30 ans que Guillaume Cairou crée Didaxis, pionnier du portage salarial. Aujourd’hui 15e recruteur français, classé dans le Fast 500 européen des entreprises par Deloitte, il a permis à plus de 10 000 personnes de créer durablement leur emploi.