Innovation : quels sont les défis pour les PME ?

Par Catherine Truffert Publié le 12 juillet 2017 à 15h57
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138 000Il existe 138 000 petites et moyennes entreprises en France.

La Ministre du Travail, Muriel Pénicaud souhaite réformer le droit du travail par ordonnance, notamment pour améliorer la situation des petites et moyennes entreprises (PME). Pour Catherine Truffert, le salut des PME se trouve dans leur capacité à innover.

Extrait de L'innovation, un pari gagnant pour les petites et moyennes entreprises, pages 25 à 29 , Catherine Truffert

Innover, c'est accepter de se mettre en danger

Pour une entreprise, notamment pour les plus petites, implémenter en son sein un programme d’innovation c’est accepter de se mettre en danger, de mener une mue dont l’échec peut conduire au dépôt de bilan. C’est la raison pour laquelle les entreprises dont l’innovation ne réside pas initialement dans leurs gênes entament souvent ce type de programme lorsqu’elles ont déjà franchi l’asymptote de leur déclin, que ce soit pour des raisons liées à une offre technique vieillissante ou à une organisation à bout de souffle.

En France, on dénombre 138 000 Petites et Moyennes Entreprises (chiffres INSEE, 2011), autant de réservoirs pour l’innovation, la promotion pour la compétitivité et l’emploi. La part importante de PME dans le mix entrepreneurial français est singulière comparée à la situation européenne. La France ne compte que 5 000 Entreprises de Taille Intermédiaire (ETI) contre 12 700 en Allemagne et 10 000 au Royaume-Uni.

Le guide de l’utilisateur pour la définition des PME rappelle à juste titre que les micro-, les petites et les moyennes entreprises sont le moteur de l’économie européenne, car elles créent des emplois et assurent la stabilité sociale. En 2013, plus de 21 millions de PME employaient 88.8 millions de personnes pour l’ensemble de l’Union européenne. Neuf entreprises sur dix sont des PME et elles créent 2 emplois sur 3.

Il existe trois catégories de PME : les micro, les petites et les moyennes

La commission européenne a établi une définition des PME afin de les classer en fonction de deux principaux critères : leur taille (nombre de salariés, chiffre d’affaires, total du bilan annuel) et leurs ressources (composition de l’actionnariat, partenariats, liens avec d’autres organisations). Cela peut paraître complexe, mais la motivation principale de l’Union européenne dans la mise en place de cette définition est la mise en concurrence dans l’équité. Les mesures de soutien aux PME doivent être accordées de façon équitable sans fausser la concurrence entre les entreprises ou entre les Etats. Le fait de disposer d’une clé de lecture appropriée et commune au sein de l’Union européenne permet de mieux comparer ces petites sociétés entre elles.

Selon cette définition, trois catégories de PME sont différenciées : la micro, la petite et la moyenne. Ces trois catégories réalisent annuellement un chiffre d’affaires inférieur à 50 millions alors qu’une entreprise de taille intermédiaire (ETI) démarre de ce seuil pour aller jusqu’à 1,5 milliard. Cet écart dans le chiffre d’affaires fait une réelle différence dans la course au marché financier ou pour se procurer des crédits, même à court terme. L’accès au cash demeure la contrainte majeure pour la PME et cette difficulté peut l’entraîner dans l’abîme.

Une PME (micro-, petite ou moyenne) sera également dans une position plus fragile pour négocier les achats, les ventes et sa part de propriété intellectuelle. Le rapport de force entre une PME et un ETI voire avec un grand groupe est bien différent. Sans compter qu’une PME aura des services support moins étoffés pour mener toute négociation et traiter les affaires.

Les grands groupes savent optimiser leur taux d'imposition

Dans un monde idéal, la PME doit être informée des dispositifs d’aide mis à disposition par l’Europe, l’Etat et les collectivités territoriales. Mais la plupart du temps elle ne dispose pas d’une ressource humaine suffisante pour aller s’informer même si ces dernières années un réel effort a été dispensé par la puissance publique pour apporter l’information au travers de réunions, séminaires, rencontres, messages internet et réseaux sociaux. Le grand groupe ou l’ETI est tel un cyborg ultra équipé pour affronter les banques pour la recherche de fonds, trouver des avocats pour défendre sa propriété intellectuelle ou être à jour sur les réglementations diverses et variées …

Ce cyborg dispose d’un accès à l’information qui le positionne sur les startingblocks bien avant le début des courses. Le déficit de connaissance administrative des petites entreprises – dispositifs d’aide publique, optimisation de la fiscalité (...) – s’avère être un fort handicap. Son taux d’imposition sera pour ces raisons plus élevé que celui des plus grosses entreprises ce qui les pénalise doublement. Leur présence à l’international, sauf cas spécifique des PME de l’international, sera aussi plus difficile à mettre en place.

Aux côtés du cyborg, la petite entreprise peut faire figure d’un illuminé en tong qui a décidé de gravir l’Everest. Toutefois, avec son attirail léger, la petite entreprise gagne en agilité. Sa capacité d’innovation peut s’avérer plus significative, car moins tributaire de procédures internes prégnantes dans les plus grosses organisations. Des délais de prise de décision raccourcis lui apportent des atouts qui peuvent largement compenser ses faiblesses.

Catherine Truffert est titulaire d’un doctorat de géodynamique, de géologie et de géophysique. Elle a effectué la majeure partie de sa carrière au Bureau de Recherche Géologique et Minière. Son dernier poste dans cet organisme public fût directrice de la Recherche. En mars 2017, elle est nommée présidente d’Iris Instruments, société spécialisée dans l’instrumentation géophysique pour l’exploration et la surveillance du sous-sol co-détenue par le BRGM et par le groupe géotechnique japonais OYO. Elle préside par ailleurs le conseil de l’Observatoire des Sciences de l’Univers de Nantes depuis 2013, et participe à de nombreux comités scientifiques. En 2015, elle obtient le certificat d’administrateur qualifié indépendant délivré par l’Association des Dirigeants et Administrateurs d’Entreprise en partenariat avec ESG Executive Education. L’ouvrage « L’innovation – Un pari gagnant pour les petites et moyennes entreprises » paru en juin 2017 est inspiré de son mémoire.

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