LVMH abandonne le rachat de Tiffany, le joaillier va saisir la justice

Paolo Garoscio
Par Paolo Garoscio Modifié le 10 septembre 2020 à 11h12
Lvmh Tiffany Acquisition 1
16,2 MILLIARDS $LVMH avait promis de racheter Tiffany pour 16,2 milliards de dollars.

Le mariage n’a pas encore été consommé que les fiançailles entre le géant du luxe LVMH, la holding de Bernard Arnault, et le joaillier Tiffany semblent rompues. Du moins, sur le plan de la communication… car Tiffany n’a pas l’intention de laisser LVMH partir. Et la Covid-19 n’y pourra semble-t-il rien.

Des fiançailles, une pandémie, des sanctions…

C’était le coup majeur de Bernard Arnault de fin 2019, une époque révolue de calme et de croissance qui n’est plus qu’un souvenir lointain. Le 24 novembre 2019, LVMH annonçait avoir trouvé un accord pour racheter le joaillier américain Tiffany pour la somme de 16,2 milliards de dollars. Un mariage accepté de bon gré par Tiffany qui avait même réussi à faire grimper les enchères de quelques milliards de dollars.

Les mois suivant, toutefois, la pandémie de Covid-19 a changé la donne : crise, chute des ventes du secteur du luxe, confinement… personne n’y comprenait plus rien. Mais LVMH et Tiffany n’avaient pas abandonné le projet, censé se clore mi-2020, au contraire. En avril 2020, la rumeur d’une tentative de la part de LVMH d’obtenir une ristourne sur le prix d’achat du joaillier, rumeur démentie par les concernés, avait relancé l’intérêt des médias.

Surtout, bien qu’aucune ristourne n’ait été accordée, Bernard Arnault avait lui-même déclaré que Tiffany continuait de représenter un intérêt stratégique pour LVMH et qu’il n’avait pas l’intention d’abandonner le projet malgré la crise.

LVMH renonce à Tiffany

La pandémie avait toutefois eu un impact sur l’opération, reportée de trois mois à fin novembre 2020 pour compenser les trois mois durant lesquels le monde a été à l’arrêt. Mais le 9 septembre 2020, voilà que LVMH annonce qu’il renonce à l’opération. Le groupe a déclaré que « après une succession d’événements de nature à fragiliser l’opération d’acquisition de Tiffany, a acté, qu’en l’état, LVMH ne serait pas en mesure de réaliser l’opération ».

En cause, le conflit commercial qui se joue depuis des mois entre les Etats-Unis et le reste du monde. Donald Trump a annoncé des sanctions envers la France, par le biais de droits de douane applicables au 6 janvier 2021, car l’Hexagone s’attaque de front aux GAFA et à leur optimisation fiscale. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, aurait donc conseillé de reporter et réévaluer « les projets d’investissement d’entreprises françaises dans des secteurs pouvant faire l’objet de sanctions ». Le ministre spécifie, dans la lettre de fin août 2020, que le géant du luxe français « devrait différer l’acquisition de Tiffany au-delà du 6 janvier 2021. Je suis certain que vous comprendrez le besoin de prendre part aux efforts de notre pays pour défendre ses intérêts nationaux ».

Tiffany va saisir la justice pour forcer le rachat par LVMH

Seul problème, et pas des moindres : l’opération de rachat doit, selon les termes de l’accord, se terminer le 24 novembre 2020 au plus tard. Le joaillier ne semble pas convaincu de cette histoire de droits de douanes, estimant que « LVMH va rechercher tous les moyens pour éviter de conclure l’opération dans les termes approuvés ».

Ce sera au tribunal du Delaware, devant lequel Tiffany a traîné LVMH en justice de suite après l’annonce officielle de l’abandon du projet, que l’affaire sera tranchée. Tiffany va demander à ce que le rachat se fasse dans les termes précisés dans l’accord.

Paolo Garoscio

Après son Master de Philosophie, Paolo Garoscio s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013. Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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