"Dis papa, comment fait-on pour voler l'or d'un pays ?"

L'Italie possède 2 000 tonnes de réserves d'or. Si le pays, dirigé
par Enrico Letta, revendait son stock d'or, sa dette dépasserait les
150 % du PIB.

Notre métal favori, l'or, est encore à quelques pour cent de son cours d'avant notre grosse chute du mois d'avril mais globalement, non seulement la baisse a été enrayée très rapidement, mais surtout on a parfaitement vu, notamment en Asie, les gens se ruer pour acheter de l'or physique, du vrai, du dur, du tangible, pas de l'or papier tant à la mode en Occident et sur lequel l'investisseur supporte avant tout un risque de contrepartie envers l'émetteur à savoir une banque, sans oublier qu'il s'échange 100 fois plus d'or papier qu'il n'y a d'or physique. Bref, de quoi faire réfléchir les détenteurs d'or que nous sommes.

Quelles leçons peut-on tirer maintenant, quelques semaines après ce mouvement de baisse important ?

La première, et elle est essentielle, ce sont les raisons pour lesquelles nous sommes investis en or. Ce sont nos convictions qui permettent de tenir nos positions, voire même de nous renforcer.

La deuxième grande leçon, c'est que quoi que l'on dise, quelle que soit la manière dont on glose tous à chaud sur ce type d'événement, nous ne savons toujours pas avec précision ce qui s'est passé, pourquoi cela s'est passé et à quelle logique cela correspondait. Nous finirons par le savoir, mais au moment où j'écris ces lignes nous avons connaissance de quelques faits et surtout beaucoup de rumeurs et de suppositions, d'où encore une fois l'intérêt de nous concentrer sur les fondamentaux de l'or.

Le troisième grand enseignement, c'est que ce qui s'est passé sur l'or va certainement se reproduire. Je pense même que nous rentrons dans une phase de volatilité plus importante en ce qui concerne le métal jaune.

Pourquoi ? Parce que les grandes manœuvres continuent à travers le monde et sur les marchés de l'or pour soit réapprovisionner les stocks du Comex par exemple, mais surtout remplir aussi discrètement que possible les coffres-forts de certaines banques centrales et plus précisément la Banque centrale américaine, la FED.

Le quatrième enseignement, c'est que décidément il y a beaucoup de monde qui n'aime pas l'or, mais alors pas du tout. Chaque baisse est donc pour eux (car ils sont très bien intentionnés) l'occasion de mettre en garde pour leur bien les gens qui placent une partie de leur épargne en or. Attention ! L'or c'est dangereux, regardez la baisse.

Pour Marianne, l'or baisse et c'est une bonne nouvelle

Le dernier exemple sur lequel je viens de tomber, c'est un petit article dans le magazine Marianne de la semaine du 20 au 26 avril 2013 intitulé : « Bonne nouvelle l'or baisse. » Pour Marianne, qui n'est pas à proprement parler un canard ultra-libéral, l'or baisse pour deux raisons. D'une part parce que l'économie américaine est en pleine reprise donc plus besoin d'or, et d'autre part parce que la croissance en Chine diminue donc plus besoin d'or.

Cela révèle une analyse économique d'une profondeur assez surprenante. D'un côté plus de croissance, de l'autre moins de croissance, dans les deux cas, la conclusion étant la même : plus besoin d'or, sans parler des dettes, de la réalité ou pas de la croissance ou de la reprise, des risques monétaires, de la guerre des changes, de l'impression monétaire débridée dont on nous annonce la fin à chaque fois qu'en réalité on augmente la vitesse de fonctionnement des rotatives. Bref, l'or baisse, c'est effectivement une excellente nouvelle pour pouvoir en racheter moins cher !!

Mais quand on ne veut pas comprendre, on ne comprend pas.

Le cinquième enseignement c'est que l'épisode de décrochage violent que nous venons de vivre devrait se reproduire au grè des manipulations, des rumeurs, ou des difficultés de certains pays européens. Et voilà pourquoi…

L'Italie devrait utiliser ses réserves d'or pour forcer un changement de politique de l'UEM

C'est toujours la star du vrai journalisme à l'anglaise Ambrose Evans-Pritchard du Telegraph de Londres qui vient de signer, une fois n'est pas coutume, un excellent papier sur l'Italie à qui on va bien finir par demander de revendre son or à un prix bradé, or qui sera racheté comme par le plus grand des hasards un peu par l'Allemagne et beaucoup par la Banque centrale américaine, la FED, avec des dollars fraîchement imprimés et sans valeur intrinsèque pour être immédiatement échangés contre du métal jaune sonnant et trébuchant.

Il faut dire que l'Italie, ce n'est pas Chypre. Sur cette petite île, les réserves d'or sont d'environ 14 tonnes (un poil moins en réalité car au dernier pointage les réserves calculées se montaient à 13,7 tonnes).

En Italie, c'est nettement mieux. C'est même très gros, environ 2 000 tonnes, presque une année entière de production d'or, de bien belles réserves qui sont convoitées par l'Oncle Sam et quelques autres charognards.

Ambrose Evans-Pritchard nous apprend donc que le World Gold Council a informé l'Italie qu'il fallait qu'elle utilise ses 2 000 tonnes d'or pour se libérer des « diktats d'austérité intrinsèque à l'UEM ». L'UEM c'est l'Union monétaire européenne, en d'autres termes l'euro.

En effet, en utilisant ses réserves d'or qui sont tout de même les quatrièmes au monde, l'Italie pourrait garantir les pertes pour les détenteurs d'obligations, ce qui lui permettrait de pouvoir augmenter ses dettes d'environ 400 milliards d'euros !

Nos amis italiens sont aujourd'hui endettés pour 2 000 milliards d'euros qui représentent environ 130 % du PIB. En rajoutant 400 milliards, on augmente le stock de dette en gros de 20 %, ce qui amènerait l'Italie à un ratio d'endettement dettes sur PIB de plus de 150 %. Ce n'est pas franchement une bonne idée.

Mais comme le nouveau Premier ministre Enrico Letta vient d'annoncer que l'austérité c'était fini ou presque, mais qu'il va tout de même sous l'amicale pression allemande et celle des marchés tenir peu ou prou son budget, il faudra bien trouver les sous qui manquent.

D'où cette idée « excellente » de donner un petit sursis à l'Italie en échange de son or

Ce qui est incroyable, c'est que cette stratégie va sans doute fonctionner et que le gouvernement italien, pour gagner quelques mois de confort, va sans doute brader le seul actif qui serait finalement capable de les sauver. Nous pouvons également imaginer que le gouvernement français finira lui aussi par faire la même chose.

Comme l'explique Ambrose Evans-Pritchard, de la dette souveraine garantie par l'or, ou «obligations couvertes par l'or», pourrait permettre d'emprunter à moindre coût, et sans vendre ce même or.

Cette utilisation de l'or pourrait aider les gouvernements souverains à regagner la confiance des marchés obligataires. De plus, il est inutile de garantir la totalité. Il y a un « effet de levier ». Un pays comme l'Italie pourrait lever entre quatre et cinq fois la valeur de leurs réserves d'or. En gros, 20 % de garantis en or pourrait permet de lever 80 %.

La grande idée ultime est que cela permettra de gagner du temps pour que la croissance revienne et s'installe. Toujours le mythe du retour à une croissance divine qui nous sauvera des eaux… Absurde.

En tout cas, c'est ce que l'on va nous vendre. On nous vendra l'idée que l'on ne vendra pas notre or, qu'il servira juste de garantie, et comme on ne risque rien et que l'on ne fera pas faillite on retrouvera un jour la pleine propriété de notre or.

Ce qu'il va se passer est très différent. La FED va imprimer plein de dollars et nous les prêter contre des garanties en or. La croissance ne reviendra pas, jamais. Nous ferons faillite. Nous perdrons notre or qui sert à garantir des prêts effectués en dollars qui n'ont rien coûté à l'Oncle Sam qui, en échange, récupérera notre or, pourra apurer ses dettes en ayant ruiné l'Europe, ce qui au passage ruinera en grande partie la Chine puisque nous sommes son principal client.

Les Américains pourront alors lancer une nouvelle monnaie, sans doute basée en partie sur l'or, en achevant les dernières réserves monétaires de la Chine détenues en anciens dollars.

Et voilà comment, avec un plan très simple et très élégant mais aussi très pragmatique, les États-Unis pourront maintenir leur leadership mondial, ce qui est leur seul objectif. En tout cas, si j'étais américain, c'est exactement ce que je ferais et globalement, dans l'épaisseur du trait, c'est ce qui se passera.

Le cours de l'or baissera ou pas avant de remonter dans tous les cas !

Lors de la chute importante des cours du mois d'avril, certains y ont vu l'impact des ventes d'or de Chypre mais surtout les anticipations des marchés sur les ventes futures des autres États européens surendettés.

Imaginez la baisse si l'Italie devait mettre 2 000 tonnes d'un coup sur les marchés !

Dans un premier temps, la baisse sera violente puis dans un deuxième temps, les mêmes causes provoquant les mêmes effets, les Chinois achèteront, les Indiens aussi, quelques banques centrales, et bien sûr, dans le lot, quelques irréductibles français « goldeux » dans l'âme. Les cours repartiront donc aussi vite à la hausse. 

Ce phénomène décrit n'est ni plus ni moins que l'explication de ce qui va faire augmenter la volatilité sur l'or dans les prochaines années.

 

Deux grandes façons d'acheter

Vous attendez un creux et vous rentrez sur l'or ou vous renforcez, tout en sachant que l'expérience montre que l'on achète rarement au plus bas et que l'on vend rarement au plus haut. Ou alors, tous les mois vous achetez la même quantité et vous lissez ainsi votre prix d'acquisition moyen pondéré, comme on le dit « snobement » dans le monde de la banque et de la gestion patrimoniale. C'est cette dernière solution qui a ma préférence car c'est celle qui vous place dans la position la plus sereine. Cette méthode d'achat est valable pour tous les actifs financiers comme les actions, les obligations ou les SICAV et fonds de placement, mais pour le coup, certainement pas pour le moment !


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Charles Sannat

Charles SANNAT est diplômé de l'Ecole Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d'Etudes Diplomatiques et Stratégiques. Il commence sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant puis Manager au sein du Groupe Altran - Pôle Technologies de l'Information-(secteur banque/assurance). Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d'affaires et intègre la Direction de la Recherche Economique d'AuCoffre.com en 2011.

Il rédige quotidiennement Insolentiae, son nouveau blog disponible à l'adresse http://insolentiae.com

Il enseigne l'économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et écrit régulièrement des articles sur l'actualité économique.