Le poids du bulletin de paie, le choc de la simplicité des chiffres

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Par Simone Wapler Modifié le 22 avril 2014 à 4h11

Des fiches de paie simplifiées, en voilà une belle idée ! Osons la pousser jusqu’au bout. En France, un bulletin de paye comporte plus de 30 pour les employés et plus de 46 lignes pour les cadres, cette catégorie étant d’ailleurs une exception française. Face à la créativité du législateur, la complexité de votre bulletin de paye est devenue telle que les entreprises le sous-traitent à leur expert comptable ou à un prestataire moyennant environ 20€ le bulletin de paye.

Quiconque a travaillé à l’étranger dans des pays réputés civilisés sait qu’ailleurs on sait faire plus simple. Un bulletin de paye allemand contient 5 lignes et un bulletin de paye britannique 3 lignes.

Osons un choc de simplification : un bulletin de paye ne contiendrait plus que 4 lignes, un choix optimal entre le minimalisme britannique et la rigueur allemande.

Ligne 1

"Somme que vous pouvez dépenser en faisant toutefois attention qu’il vous reste assez d’argent pour acquitter vos éventuels impôts sur le revenu, CSG, CRDS, taxes d’habitation, taxes foncières et ISF", c’est à dire le net.

Ligne 2

"Primes de vos diverses assurances obligatoires – maladie, accident et chômage - prélevées et versées par votre employeur à des organismes habilités que vous n’avez pas choisis", c’est à dire toutes les charges sociales (qu’elles soient patronales ou salariales) à l’exception des prélèvements pour la retraite.

Ligne 3

"Votre contribution au système de retraite par répartition qui assure le train de vie de vos aînés"

Ligne 4

"Prix réel de votre travail", cette ligne n’étant que la somme des trois premières.

Une telle disposition serait non seulement un choc de simplification mais un choc psychologique.

Au fond deux éléments, et seulement deux, nous intéressent :

  • Ce qui nous reste comme argent
  • Ce que notre poste coûte à notre entreprise puisque c’est au vu de ce chiffre qu’un employeur décide ou non d’embaucher.

Tout l’argent que nous n’avons pas reçu, peu importe que ce soit nous ou notre employeur qui le verse à l’État ou aux différents organismes en situation de monopole. Nous ne l’avons pas reçu, point. Vu du côté de notre employeur, peu importent les charges que nous acquittons nous-même, ce qui compte c’est ce que nous lui coûtons.

Les subtiles distinctions entre "charges patronales" et "charges salariales", les charabias tels que F.N.A.L. TA , REGUL CRDS ND, ou ACC. TRAVAIL TT ne sont que de l’enfumage.

Par la simple comparaison des lignes 1 – ce que chacun reçoit - et 4 – ce que chacun donne - n’importe qui pourrait voir ce que coûte réellement le modèle social français ; ce modèle que le monde entier nous envie paraît-il mais que curieusement personne ne copie, exactement comme le TGV. Dans le cas du TGV, il paraît que c’est parce que ce n’est pas rentable.

En pratique, dans notre douce France, toute personne qui ne vit pas d’assistanat mais de son travail s’apercevrait qu’elle paye au moins 50% d’impôts. En effet, une assurance obligatoire chez un prestataire unique imposé, n’est-ce pas un impôt ?

Ceci permettrait peut-être de commencer à ouvrir un débat de fond : veut-on un véritable système de solidarité dans lequel l’État (c’est à dire les contribuables) sont là pour soulager les graves accidents de la vie ou bien veut-on prolonger un système d’assistanat inconditionnel qui multiplie les "droits à" débouche sur le chômage et nous conduit à la faillite nationale.

l’Irlande a réalisé 30 Mds€ d’économie en huit ans. C’est comme si la France avait réalisé plus de 373 Mds€ d’économie en huit ans, soit 46 Mds€ par an ! En France, nous en sommes à essayer de commencer à penser comment éventuellement économiser 50 Mds€ en trois ans. Si chacun a les chiffres en main, il plus facile de choisir et d’agir. Et "les chiffres en main" ça commence par le bulletin de paye et la réalisation que "l’État", ce sont "les contribuables". Quant au partage entre employeur et salarié du butin des quelques 20 € par mois économisé sur chaque bulletin de salaire, je vous laisse le soin d’en débattre.

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Simone Wapler est directrice éditoriale des publications Agora, spécialisées dans les analyses et conseils financiers. Ingénieur de formation, elle a quitté les laboratoires pour les marchés financiers et vécu l'éclatement de la bulle internet. Grâce à son expertise, elle sert aujourd'hui, non pas la cause des multinationales ou des banquiers, mais celle des particuliers.Elle a publié "Pourquoi la France va faire faillite" (2012), "Comment l'État va faire main basse sur votre argent" (2013), "Pouvez-vous faire confiance à votre banque ?" (2014) et “La fabrique de pauvres” (2015) aux Éditions Ixelles.

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