Groupes de protection sociale : l’heure est aux rapprochements

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Par Partenaire Publié le 24 avril 2018 à 7h44
Ag2r Lamondiale
224 %Le ratio de Solvabilité 2 d'AG2R La Mondiale a atteint 224 % à fin 2017.

Confronté à une série de défis sans précédent, le secteur de la protection sociale est contraint de se renouveler. De nombreux rapprochements sont en cours, mais tous les acteurs n’affichent pas les mêmes atouts.

Remise en cause du paritarisme par l’Etat, révolution numérique, nouvelles normes prudentielles... En France, le secteur de la protection sociale traverse une période pleine de remous. Si remuée, d’ailleurs, que des voix s’élèvent pour lui prédire de sombres lendemains. Pour certains, le secteur serait même en péril. Qu’en est-il de ces nouveaux enjeux ? Comment les groupes français de protection sociale s’organisent-ils pour les relever ?

Un secteur en plein bouleversement

Emmanuel Macron ne s’en est jamais caché : dispendieux, obsolète, chroniquement en crise, le paritarisme n’est plus adapté aux défis du XXIe siècle. Il faut le réformer, quitte à ce que l’Etat reprenne la main. Jean-Claude Mailly, de Force ouvrière, ne s’y trompe pas : « les risques sont réels pour l’avenir du paritarisme sur le plan interprofessionnel. (…) Remettre en cause le paritarisme (…), c’est remettre en cause ce que l’on peut qualifier de “modèle social qui suppose une articulation de tous les niveaux de négociation ».

Le secteur de la protection sociale est également confronté à la mise en place de nouvelles règles prudentielles. La transposition de la directive « Solvabilité 2 » dans la législation française, effective depuis le 1er janvier 2016, impose de nouvelles contraintes aux acteurs du secteur de l’assurance, aux compagnies, mutuelles et groupes de protection sociale — notamment en ce qui concerne les fonds propres.

Enfin, comme tous les secteurs d’activité, les groupes de protection sociale doivent opérer leur révolution digitale. Un rapport, publié début mars sous l’égide de l’Institut Montaigne, préconise d’engager la révolution numérique du régime de sécurité sociale pour en améliorer le fonctionnement. « Alors que la protection sociale à la française est aujourd’hui en péril, écrivent les auteurs, Guillaume Sarkozy (Malakoff-Médéric) et Jean-Charles Samuelian (Alan), les nouvelles technologies apparaissent comme une opportunité sans précédent pour la réformer en profondeur ».

Les 10 propositions du rapport entendent moderniser, améliorer et élargir le champ de protection d’un système hérité de l’après-guerre, qui coûtait encore, en 2015, quelque 700 milliards d’euros (soit l’équivalent de 32 % du PIB français). La collecte de données des usagers du système permettrait, selon eux, de réaliser des « milliards d’euros » d’économies, grâce à une « expérience tournée vers l’utilisateur », selon Jean-Charles Samuelian.

AG2R La Mondiale et Matmut se disent « oui »

Pour faire face à ces évolutions, les groupes de protection sociale hexagonaux sont en phase de consolidation. Ainsi, le 1er janvier 2019, AG2R La Mondiale et la Matmut formeront un nouveau groupe prudentiel, « le seul groupe de protection sociale dans le Top 10 de l’assurance, toutes familles confondues », selon André Renaudin, le directeur général d’AG2R La Mondiale. Le nouvel ensemble, qui totalisera plus de 12 milliards d’euros de chiffre d’affaires, serait particulièrement complémentaire : AG2R, premier groupe de protection sociale français, est centré sur l’assurance de personnes, alors que la Matmut reste un grand assureur auto et habitation.

Outre des « synergies de revenus (…) potentiellement très importantes », ce rapprochement aura un « impact positif » sur la solvabilité du futur groupe, selon Nicolas Gomart, de la Matmut, qui insiste également sur sa volonté de « maintenir l’emploi et les bassins d’emplois ». Reste aux assemblées générales des deux groupes à valider cette union, ce qui devrait intervenir à la fin du printemps 2018.

AG2R La Mondiale affiche une santé insolente. En 2017, la collecte brute du groupe est en hausse de +3,1 %, à 29 milliards d’euros et son résultat net s’est envolé à 361 millions d’euros, en hausse de plus de 13 % par rapport à l’année précédente. Le groupe a également renforcé ses fonds propres, qui ont dépassé la barre des 6 milliards d’euros. Enfin, son ratio de Solvabilité 2 s’est lui aussi amélioré et atteint 224 % à la fin de 2017, contre 213 % un an avant. En somme, AG2R n’a jamais été aussi en forme qu’avant son mariage.

Malakoff-Médéric et Humanis suivent le mouvement

De leur côté, Malakoff-Médéric et Humanis ont annoncé, en mars, l’ouverture d’une période de trois mois, destinée à étudier la pertinence d’un rapprochement. Humanis, qui protège 10 millions de personnes, et Malakoff-Médéric, qui revendique 6,6 millions de clients, pourraient donner naissance à un géant du secteur.

Respectivement numéro 5 et numéro 2 de la protection sociale, « le rapprochement de leurs activités en retraite complémentaire et en assurance des personnes ferait d’eux le leader paritaire et mutualiste de la protection sociale », se sont félicité les deux groupes dans un communiqué commun. « Il s’agit de conforter les deux groupes sur leurs métiers principaux et de dégager des synergies et des complémentarités permettant d’améliorer l’efficience et la qualité du service et de relever les défis financiers, réglementaires, numériques et concurrentiels qui se présentent », explique encore le communiqué.

Si leurs ambitions sont grandes, les deux groupes font pourtant face à des difficultés. Humanis a affiché des résultats mitigés en santé, a dû renforcer des provisions pour risques sur ses engagements en prévoyance en décembre 2017 et a vu partir son directeur général. De son côté, Malakoff-Médéric, après l’échec de son rapprochement avec la Mutuelle Générale en 2016, a connu la même année une baisse spectaculaire de son résultat net, de 94 % : il est passé de 126 millions d’euros en 2015 à 7 millions d’euros en 2017. Ainsi, à l’heure des rapprochements, les groupes de protection sociale n’affichent pas tous une santé de fer.