Retraites : réforme à haut risque

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Par Stéphanie Dion Publié le 8 février 2018 à 13h03
France Retraite Financement Etat Cout
10%10 % environ des Européens âgés de 60 à 69 ans cumulent emploi et retraite.

Le serpent de mer de la vie politique française est de retour : Emmanuel Macron n’y échappera pas, lui aussi devra passer par une réforme du système des retraites. Après deux législatives partielles décevantes la semaine dernière et des remous dans la majorité sur le projet de loi asile-immigration, l’exécutif marche sur des œufs. Or, le sujet des retraites est potentiellement explosif, tant il suscite une forte angoisse auprès de l’opinion. Une étude réalisée par l’IFOP et l’UFF (Union Financière de France) révèle que la majorité des seniors estime déjà que sa retraite est insuffisante.

Le sujet des retraites est particulièrement anxiogène pour les Français. D’après une étude réalisée par l’UFF (Union Financière de France), il existe « une profonde inquiétude face à la retraite » chez les 50-65 ans. Pas moins de 71 % d’entre eux considèrent que leur pension de retraite sera insuffisante pour vivre dans de bonnes conditions, tandis que 62 % estiment moins bien vivre que leurs parents au même âge.

L’enquête de l’UFF révèle également que les 50-65 ans conservent une approche « classique » du patrimoine (ils sont 70 % à penser que ce dernier se réduit à être propriétaire de sa résidence principale), et en sont également inquiets. Si 45 % des seniors interrogés disent ignorer le montant de la pension dont ils bénéficieront, 46 % se déclarent préoccupés par la gestion de leur patrimoine.

Mais les seniors n’ont pas le monopole du pessimisme. D’après l’enquête « Les Français, l’épargne et la retraite », diffusée par le Centre d’études et de connaissances sur l’opinion publique (CECOP), 71 % des Français estiment que leur retraite sera « insuffisante » pour vivre correctement. Les 25-34 ans sont particulièrement pessimistes. En effet, 46 % d’entre eux croient que le niveau de leur pension de retraite sera « plutôt insuffisant », tandis que 39 % s’attendent à ce qu’il soit « tout à fait insuffisant ».

Face à l’anxiété des Français mise en lumière par l’UFF et l’IFOP, la réforme est reportée

Prévue au « premier semestre 2018 », la réforme promise par le président de la République pendant sa campagne électorale est reportée et renvoyée aux calendes grecques. L’exécutif repousse au maximum le moment fatidique des négociations avec les organisations syndicales et souhaite à tout prix éviter de donner du grain à moudre à l’opposition. Tous se souviennent des cortèges sous le gouvernement Fillon en 2010. Pour l’instant, le gouvernement annonce que la réforme ne sera pas entreprise avant l’été 2019.

Le 22 janvier dernier, devant les magistrats de la Cour des comptes, Emmanuel Macron a précisé : « Ce grand chantier s’ouvrira dès cette année et je souhaite que l’ensemble des textes puisse être finalisé d’ici à l’été 2019 ». Cette réforme doit être « avant tout un grand choc de lisibilité et de simplification de notre régime de retraite », notamment pour le sortir, sur le plan financier, de « cet état de crise permanent », a ajouté le chef de l’État.

Complexe, le dossier suscite en outre toutes sortes de passions et de craintes. Il faudra notamment aborder l’épineuse question des régimes spéciaux. L’objectif visé par l’exécutif ? Que chaque euro cotisé rapporte les mêmes droits quel que soit le statut (privé ou public, industriel ou agricole, manuel ou intellectuel). Une réforme nécessaire pour moderniser une fois pour toutes cet enchevêtrement de droits spécifiques et de particularismes, mais qui risque de susciter l’ire d’une bonne partie de la gauche qui ne manquera pas de dénoncer un « nivellement par le bas ».

Non moins explosive, la question de l’âge de la retraite sera également posée. Faut-il en imposer un ? Faut-il laisser à chacun la liberté de percevoir la retraite qu’il estime adéquate ? Bien qu’Emmanuel Macron ait promis de ne pas toucher à l’âge de départ, des discussions passionnées sur le sujet semblent inévitables.

Les mauvaises nouvelles de l’année

En matière de retraites, les Français continuent de se demander à quelle sauce ils vont être mangés, et 2018 ne devrait pas vraiment aider à calmer les esprits. Depuis le 1er janvier, la CSG est passée de 6,6 % sur les pensions de retraite à 8,3 %, soit une hausse de 1,7 point. Or, contrairement aux salariés actifs, cette hausse n’est pas compensée pour les retraités par une baisse immédiate d’autres prélèvements.

Deuxième mauvaise nouvelle de l’année, la date de revalorisation des pensions versées par les régimes de retraite de base est décalée de trois mois. Cela veut dire qu’aucune revalorisation n’interviendra avant janvier 2019, un report qui prive les Français concernés de plusieurs milliers d’euros.

L’augmentation du salaire minimum pour valider un trimestre de retraite à 1 482 euros, la suppression du RSI (fondu dans le régime général), le rattachement de certaines professions libérales au régime général ou encore le gel des pensions font également partie des nouveautés qu’apporte l’année 2018.

Résultat, la question des retraites devrait continuer de mobiliser les Français, dont le sentiment d’anxiété, loin de s’apaiser, pourrait être exacerbé par le nouveau délai annoncé par Emmanuel Macron.

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Ancienne assistante parlementaire, désormais consultante en Affaires Publiques entre Paris et Bruxelles.

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