L’Etat ne laissera pas couler la SNCM -avant les municipales- et entre en guerre contre Bruxelles

Photo Jean Baptiste Giraud
Par Jean-Baptiste Giraud Modifié le 25 novembre 2013 à 11h31

Si vous avez raté le début....

1) Deux compagnies assurent réguliérement les liaisons entre la Corse et le continent, la SNCM, et Corsica Feries : les bateaux blancs et bleus contre les jaunes à tête de Maure. Bien souvent, il est plus économique de voyager à bord de Corsica, dont le personnel est très majoritairement italien.

2) La SNCM, c'est plus cher, mais le personnel est français et... en partie payé par vos impôts. La SNCM a en effet bénéficié pendant des années d'une "délégation de service public", que les habitués appellent par son acronyme DSP, qui subventionnait une partie des rotations assurées par la compagnie avec le continent au prétexte que celles-ci n'étaient pas forcément toujours rentables, quand les bateaux ne sont pas pleins.

SNCM : distorsion de concurrence incontestable

3) Sauf que le principal concurrent, Corsica Feries, sans subvention, s'en sort, quand la SNCM, subventionnée, perd de l'argent. Corsica a donc saisi la Justice à plusieurs reprises, et obtenu que la "DSP" soit requalifiée en aides publiques d'Etat, que la Commission Européenne s'est empressée de dénoncer comme illégales car provoquant une distorsion (incontestable) de concurrence. Et Bruxelles (où siège la Commission) de demander à Paris (l'Etat est actionnaire de la SNCM à 25 %...) de rembourser ... 440 millions d'euros d'aides publiques versées à la compagnie au cours des quinze dernières années. Une paille !

4) Problème : la SNCM, non seulement perd de l'argent (10 à 15 millions d'euros cette année à priori) mais en plus, ses actionnaires aux côtés de l'Etat, Véolia, un des leaders mondiaux du transport, et la Caisse des Dépôts (l'Etat bis, pour faire simple), ne veulent pas remettre au pot.

5) Plan A : si la compagnie part en liquidation, plus d'aides publiques à rembourser ! Et pas d'argent à débourser pour boucher les trous. Derrière, une nouvelle SNCM renaîtra, avec une partie des 2 800 marins et personnels administratifs et commerciaux, et avec les bateaux dont certains auraient bien besoin d'être remplacés. seulement voilà, dans six mois, ce sont les municipales, et Marseille, dernière grande ville française tenue par la droite avec Bordeaux - imprenable- ferait chic sur le tableau de chasse du PS, rue de Solférino. Mettre 2800 personnes, dont la majorité sont basées dans la citée phocéenne, sur le quai, obligerait le candidat socialiste Patrick Menucci à ramer sévère.

Aides d'Etat illégales : 440 millions d'euros à trouver en quelques jours

6) D'où le plan B : Frédéric Cuvillier, le ministre des Transports, l'a déclaré ce week-end à La Provence : Pas question de laisser tomber la SNCM. L'Etat a déposé tous les recours possibles contre la décision de Bruxelles, confirmée par la Cour Européenne de Justice. Sauf que ces recours ne sont pas suspensifs, et pour qu'ils puissent être examinés, il faut... consigner la somme réclamée, à savoir 440 millions d'euros. On devrait donc voir dans la semaine un Premier ministre, un ministre de l'Economie et des Finances, et accessoirement des Transports, tenter de faire les poches de la Caisse des Dépôts (en théorie indépendante du pouvoir), et de Véolia (dépendante des nombreuses délégations de service public qui sont le socle de son activité). Chacun doit sortir au bas mot 150 millions d'euros, totalement à perte. Et c'est là que le générique de fin de l'épisode se déclenche dans un suspens insoutenable ! Payera, payera pas ? Vous le saurez au prochain épisode...

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin. Il est également intervieweur économique sur RTL dans RTL Grand Soir (en semaine, 22h17) depuis 2016. Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time.  En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007. Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an. En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier.  Il a également été éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018.   Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont notamment "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ainsi que "le Guide des bécébranchés" (L'Archipel).

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