Le détroit d’Ormuz, fermé depuis février 2026, pourrait rouvrir sous conditions drastiques. L’Iran propose des frais de transit de 7% sur les cargaisons commerciales, une surcharge inédite qui menace de relancer l’inflation mondiale. Oman négocie une alternative à 3%, tandis que Pékin et Moscou seraient exemptés de toute taxe.
Ormuz : l’Iran veut taxer à 7% le pétrole mondial et bannir les navires américains

Depuis le 28 février 2026, le détroit d'Ormuz reste largement fermé. Par ce goulet stratégique transite habituellement 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux. La fermeture prolongée a fait grimper les prix de l'énergie et ravivé les craintes d'inflation. Téhéran négocie aujourd'hui avec Oman les conditions d'une réouverture partielle, mais les termes proposés par l'Iran pourraient peser lourd sur les factures énergétiques mondiales. Au cœur du débat : des frais de transit de 7% sur la valeur des cargaisons commerciales, une surcharge inédite qui transformerait le détroit en péage géant.
Un détroit fermé depuis février 2026 : les chiffres de la crise énergétique
20% du pétrole mondial bloqué : les conséquences immédiates
Le détroit d'Ormuz, large de seulement 39 kilomètres à son point le plus étroit, concentre un cinquième des flux pétroliers planétaires. Sa fermeture brutale en février 2026, consécutive aux frappes américano-israéliennes sur l'Iran, a provoqué un choc d'approvisionnement immédiat. Les pays du Golfe, premiers producteurs mondiaux, se sont retrouvés coupés de leurs marchés asiatiques et européens. Les prix du baril ont bondi de 40% en quelques semaines, alimentant une spirale inflationniste qui touche directement les ménages : carburants, chauffage, produits transportés par voie maritime. L'impact sur les prix alimentaires pourrait s'aggraver d'ici 2027, selon plusieurs analyses économiques.
Les conditions iraniennes : 7% de frais de transit, une surcharge pour le commerce mondial
L'Iran propose d'imposer des frais de 7% sur la valeur de chaque cargaison commerciale traversant le détroit. Concrètement, un pétrolier transportant 100 millions de dollars de brut devrait s'acquitter de 7 millions de dollars. Téhéran prévoit également une amende de 20% en cas de violation, portant la pénalité potentielle à 27% de la valeur transportée. Parallèlement, l'Iran exige le bannissement des navires liés aux États-Unis, à Israël et aux « pays hostiles » jusqu'à obtenir compensation pour les dégâts de guerre subis. Les navires chinois et russes, eux, seraient exemptés de toute taxe, créant une discrimination commerciale inédite qui bouleverse les équilibres économiques mondiaux.
Les négociations avec Oman : vers une réouverture partielle ?
L'alternative d'Oman : 3% au lieu de 7%, une économie de 4 points
Face aux exigences iraniennes, Oman propose une alternative : ramener les frais de transit à 3%. L'écart peut sembler mince, mais il représente des milliards de dollars à l'échelle mondiale. Sur un flux annuel de 21 millions de barils par jour (valeur moyenne pré-crise), la différence entre 3% et 7% équivaut à plusieurs dizaines de milliards d'euros. Pour un armateur transportant du gaz naturel liquéfié, passer de 7% à 3% divise presque par deux la surcharge. Mascate, qui partage la souveraineté sur le détroit avec l'Iran, joue les médiateurs pragmatiques. Selon Kazem Gharibabadi, ministre adjoint iranien des Affaires étrangères, « un accord de principe a été atteint sur presque tous les points soulevés, y compris la carte des routes d'entrée et de sortie du trafic maritime », rapporte le Financial Post.
Un accord temporaire de 2 à 4 mois : l'incertitude persiste
L'accord envisagé serait temporaire, d'une durée de deux à quatre mois maximum. Autrement dit, aucune garantie de stabilité à moyen terme. Les marchés détestent l'incertitude. Un corridor maritime ouvert trois mois puis refermé brutalement causerait plus de volatilité qu'une fermeture prolongée mais prévisible. Les traders pétroliers intègrent déjà ce risque dans leurs calculs. Les contrats à terme reflètent une prime de risque géopolitique qui maintient les cours élevés. Les espoirs de réouverture durable restent fragiles, d'autant que les États-Unis maintiennent leur blocus naval sur l'Iran et refusent catégoriquement tout péage. Un responsable américain a déclaré : « Toute route temporaire sera sans entrave, sans approbations, permissions, péages ou charges. Le détroit d'Ormuz est une voie navigable internationale. »
Qui paie vraiment ? Les exemptions chinoises et russes, un coût caché pour l'Occident
Discriminations commerciales : quand la géopolitique s'invite dans les prix
L'exemption accordée à la Chine et à la Russie transforme le détroit en outil de politique étrangère. Pékin et Moscou accèdent gratuitement au pétrole du Golfe, tandis que les Européens et les Japonais paient 3% ou 7% supplémentaires. Résultat : un avantage compétitif direct pour les économies alliées de Téhéran. Les industriels chinois bénéficient d'une énergie moins chère, renforçant leur position sur les marchés mondiaux. Les entreprises occidentales, elles, répercutent la surcharge sur les consommateurs finaux. L'inflation énergétique devient asymétrique, creusant les écarts de compétitivité. Les cours pétroliers ont bondi dès l'annonce du projet iranien, anticipant une distorsion durable des flux commerciaux.
