Alors que la tension retombe timidement dans le Golfe, l’idée d’un péage au détroit d’Ormuz bouleverse déjà le transport maritime mondial. Derrière cette annonce, Téhéran redéfinit les règles de la navigation internationale, avec un impact direct sur les coûts du pétrole et sur les armateurs.
Un péage au détroit d’Ormuz ? L’Iran impose sa nouvelle règle

Le 9 avril 2026, au lendemain d’un fragile cessez-le-feu entre Washington et Téhéran, une nouvelle donne s’impose au cœur du commerce énergétique mondial : le péage envisagé par l’Iran dans le détroit d’Ormuz. Cette artère stratégique, par laquelle transite environ 20 % du pétrole mondial selon Reuters, devient un levier économique et politique majeur.
Un péage à Ormuz pour contrôler la navigation et financer l’Iran
D’abord, il faut comprendre la logique iranienne. Depuis plusieurs jours, Téhéran ne se contente plus de contrôler militairement le détroit : il entend désormais monétiser le passage. Selon Reuters, l’Iran souhaite inscrire ce mécanisme dans un accord durable, transformant de facto Ormuz en point de passage payant.
Dans les faits, un système officieux est déjà en place. D’après AP News, certains navires sont redirigés vers l’île de Larak, où des informations détaillées sur les cargaisons et équipages sont exigées. Ce filtrage constitue une première étape vers une régulation plus stricte du trafic.
Par ailleurs, l’Iran impose déjà des conditions spécifiques pour certains navires. Ainsi, Reuters rapporte que seuls les bâtiments transportant des biens essentiels ont pu accéder aux ports iraniens début avril, à condition de respecter des protocoles stricts. Le trafic est donc déjà sous contrôle étroit.
Péage à Ormuz : coût réel pour un tanker
La question centrale reste celle du coût. Selon Reuters, le péage pourrait atteindre jusqu’à 2 millions de dollars par navire, soit environ 1,84 million d’euros. Un montant considérable à l’échelle du transport maritime. Pour mesurer l’impact, il faut raisonner à l’échelle d’un tanker. D’après AP News, un superpétrolier transporte en moyenne 2 millions de barils. Dans ce cas, le péage représenterait environ 1 dollar par baril. Une augmentation qui se répercuterait immédiatement sur les prix du brut.
Dans un marché déjà tendu, ce surcoût pourrait peser lourd. Le 9 avril, le Brent évoluait autour de 97,35 dollars le baril selon Reuters, soit environ 89,5 euros, après avoir chuté de plus de 10 % à la suite de l’annonce du cessez-le-feu. Ajouter près d’un euro par baril représente une hausse significative pour les raffineurs et, in fine, pour les consommateurs. De plus, la capacité de transit reste limitée. Le trafic, habituellement proche de 100 navires par jour selon le Wall Street Journal, pourrait être réduit drastiquement.
Enfin, le détroit lui-même constitue un goulet d’étranglement naturel. Large de seulement 34 kilomètres à son point le plus étroit selon Reuters, avec des voies navigables extrêmement réduites, il ne laisse aucune alternative crédible à court terme.
Cryptomonnaie : un système pour contourner les sanctions
Autre innovation majeure : le mode de paiement. L’Iran envisage d’imposer un règlement en cryptomonnaies ou en yuan, selon plusieurs médias internationaux. L’objectif est clair : contourner les sanctions occidentales. Un responsable iranien cité par des médias économiques explique que ces paiements « ne peuvent pas être tracés ni saisis en raison des sanctions », confirmant la volonté de Téhéran de sécuriser ses revenus hors du système financier classique.
Ce choix n’est pas anodin. Il permettrait à l’Iran de générer des recettes importantes, estimées jusqu’à 20 millions de dollars par jour selon TRM Labs. Une manne potentielle pour une économie sous pression.
Dans le même temps, certains pays bénéficient déjà d’exemptions. Reuters indique que des navires malaisiens ont pu traverser sans payer, tandis qu’un tanker transportant 1 million de barils de brut irakien a franchi le détroit grâce à une dérogation. Ces exceptions montrent que le système pourrait être utilisé comme outil diplomatique.
Une remise en cause du droit maritime international dans le détroit d’Ormuz
Cependant, ce projet se heurte à un obstacle majeur : le droit international. La Convention des Nations unies sur le droit de la mer garantit un droit de passage dans les détroits internationaux. Comme le rappelle le juriste Philippe Delebecque, cité par AP News, « la liberté de navigation a toujours été reconnue, y compris spécifiquement dans les détroits ». Une position largement partagée par la communauté internationale.
Les réactions politiques ne se sont pas fait attendre. Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a jugé cette mesure « complètement inacceptable », selon Reuters, estimant qu’elle mettrait en danger la liberté de navigation mondiale.
De son côté, Washington insiste sur une réouverture sans restriction. Néanmoins, les faits sur le terrain montrent une réalité différente. Selon des analystes de Standard Chartered, cités par Reuters, « le transit par le détroit d’Ormuz n’est pas redevenu sans risque » et reste soumis au bon vouloir iranien.
