En France, la Politique Agricole Commune, plus connue sous l’acronyme PAC, irrigue chaque année des milliards d’euros dans les campagnes. Cependant, derrière l’enveloppe nationale se cache une réalité plus contrastée : certains départements concentrent une part majeure des aides, tandis que d’autres restent en marge. À partir des données officielles issues du portail Telepac, voici les dix départements qui perçoivent le plus d’aides de la PAC et les raisons structurelles de cette concentration.
Classement PAC : quels départements touchent le plus d’aides européennes

L’exercice 2024, couvrant la période d’octobre 2023 à octobre 2024, confirme le poids central de la PAC dans l’économie agricole française. Selon les chiffres relayés par CNEWS, la France a reçu 9,4 milliards d’euros au titre de la PAC sur cette période. Ce montant place une nouvelle fois le pays parmi les premiers bénéficiaires européens. Pourtant, la distribution de ces aides aux agriculteurs varie fortement selon les départements, en fonction des surfaces, des filières et des caractéristiques agronomiques.
PAC et départements ruraux : l’Aveyron largement en tête des aides
Le classement des aides de la PAC place l’Aveyron en première position. Selon CNEWS, qui s’appuie sur les données publiques Telepac, ce département a perçu 287,1 millions d’euros entre octobre 2023 et octobre 2024. Ce volume d’aides fait de l’Aveyron le principal bénéficiaire départemental de la PAC en France. De plus, cette position dominante n’est pas nouvelle puisque les données antérieures montraient déjà une avance significative.
En effet, comme l’a détaillé Centre Presse Aveyron, l’Aveyron avait déjà encaissé 286 millions d’euros sur la période 2021-2022. La stabilité de ces montants illustre une structure agricole dense et spécialisée. D’une part, le département compte un nombre important d’exploitations d’élevage bovin. D’autre part, les surfaces agricoles y sont étendues, ce qui augmente mécaniquement les paiements directs de la PAC, calculés en grande partie à l’hectare. Ainsi, la combinaison du nombre d’agriculteurs, de la taille moyenne des exploitations et du poids des filières animales explique cette concentration d’aides.
PAC : Saône-et-Loire, Pyrénées-Atlantiques et Cantal dans le top 10 des aides
Derrière l’Aveyron, plusieurs départements ruraux captent des montants très élevés d’aides de la PAC. La Saône-et-Loire arrive en deuxième position avec 192,5 millions d’euros versés sur l’exercice 2024, toujours selon CNEWS. Les Pyrénées-Atlantiques suivent de près avec 191,3 millions d’euros. Ces chiffres montrent un écart notable avec l’Aveyron, mais ils témoignent néanmoins d’une forte dépendance de ces territoires aux soutiens européens.
Le Cantal, le Puy-de-Dôme, l’Allier, la Vendée, les Deux-Sèvres, la Marne ainsi que La Réunion complètent le top 10. La Réunion, avec 173,4 millions d’euros selon CNEWS, se distingue comme premier département ultramarin en volume d’aides PAC. Par ailleurs, ces territoires partagent plusieurs caractéristiques : une forte vocation agricole, des surfaces conséquentes et des systèmes de production structurés autour de l’élevage ou des grandes cultures.
À l’inverse, les départements très urbanisés comme les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis ou le Val-de-Marne perçoivent des montants nettement inférieurs, parfois limités à quelques millions d’euros. Cette disparité s’explique simplement : la PAC soutient prioritairement les agriculteurs actifs et les surfaces agricoles déclarées. Or, dans les zones métropolitaines denses, la surface agricole utile est marginale.
PAC et mécanismes économiques : pourquoi ces aides sont concentrées
La structure même de la PAC éclaire cette géographie des aides. Les paiements directs, qui constituent une part majeure des soutiens, sont principalement calculés sur la base des hectares déclarés. Ainsi, plus un département dispose de surfaces agricoles étendues, plus le montant total des aides est élevé. En outre, les aides couplées à certaines productions, notamment l’élevage bovin, renforcent la position des départements de montagne ou d’élevage extensif.
Selon les informations explicitées par Toute l’Europe, la PAC repose sur deux piliers : les paiements directs et les mesures de développement rural. Ce second pilier inclut notamment les indemnités compensatoires de handicaps naturels. Dès lors, les départements de moyenne montagne ou de zones difficiles bénéficient d’un soutien supplémentaire. C’est le cas du Cantal ou du Puy-de-Dôme, où les contraintes topographiques justifient des aides spécifiques aux agriculteurs.
Au-delà des critères techniques, la concentration des aides de la PAC reflète aussi la structuration historique de l’agriculture française. Les départements figurant en tête du classement sont souvent caractérisés par une tradition d’élevage, un maillage dense d’exploitations et une forte organisation professionnelle. De plus, ces territoires ont su maintenir une activité agricole soutenue, alors même que le nombre total d’exploitations diminue à l’échelle nationale.
Les chiffres montrent enfin l’importance macroéconomique de la PAC. Ces aides européennes représentent un levier majeur pour les revenus agricoles. Dans certains départements du top 10, la PAC constitue une part substantielle du revenu des agriculteurs. Par conséquent, toute évolution des règles de la PAC a des répercussions directes sur l’économie locale, l’emploi rural et l’investissement.