Début février 2026, le différend entre CK Hutchison et le Panama a franchi un seuil décisif. À la suite d’une décision de la Cour suprême panaméenne annulant des concessions portuaires clés, le conglomérat asiatique a enclenché une procédure d’arbitrage international. Toutefois, le Panama a opposé un refus net à cette démarche, estimant que l’arbitrage ne saurait remettre en cause une décision constitutionnelle interne.
CK Hutchison confronté au rejet panaméen de l’arbitrage
L’origine du conflit remonte à la décision rendue par la Cour suprême du Panama à la fin janvier 2026. Les juges ont invalidé les contrats de concession détenus par la filiale locale de CK Hutchison pour l’exploitation de ports situés aux deux extrémités du canal de Panama. Selon la juridiction, ces contrats contrevenaient à la Constitution en accordant des avantages jugés disproportionnés, notamment des exemptions fiscales et des droits exclusifs, sans fondement légal suffisant.
Face à cette décision, CK Hutchison a rapidement réagi. Le groupe a estimé que l’annulation des concessions constituait une rupture brutale de ses droits contractuels et un préjudice économique majeur. Dans cette optique, l’entreprise a engagé un arbitrage international afin d’obtenir réparation et, le cas échéant, une compensation financière. Cette procédure, déposée début février, vise à faire reconnaître la responsabilité de l’État panaméen dans la perte des actifs portuaires concernés.
Cependant, cette initiative s’est heurtée à une fin de non-recevoir immédiate. Les autorités panaméennes ont rejeté l’arbitrage, affirmant que CK Hutchison ne pouvait contester, par une voie internationale, une décision émanant de la plus haute juridiction du pays. Le président panaméen a rappelé que l’État ne reconnaissait pas la compétence d’un tribunal arbitral pour statuer sur une question tranchée au nom de la Constitution. Ainsi, selon le gouvernement, la procédure engagée par CK Hutchison est dépourvue d’effet juridique sur le territoire national.
Le Panama invoque la souveraineté juridique pour écarter l’arbitrage
Le rejet de l’arbitrage par le Panama repose sur une argumentation juridique précise. Les autorités soulignent que la décision d’annulation ne relève pas d’un différend commercial classique, mais d’un contrôle de constitutionnalité. En conséquence, selon cette lecture, les mécanismes d’arbitrage prévus dans les accords d’investissement ne peuvent s’appliquer à une décision judiciaire fondée sur le droit constitutionnel interne.
Le gouvernement panaméen insiste également sur le fait que les concessions de CK Hutchison ont été déclarées nulles ab initio. Autrement dit, les contrats sont réputés n’avoir jamais produit d’effets légaux valides. Dans ce contexte, toute demande d’indemnisation via un arbitrage international serait, selon les autorités, juridiquement infondée. Cette position est présentée comme conforme aux engagements internationaux du Panama, tout en préservant l’intégrité de son ordre juridique.
Par ailleurs, le Panama a cherché à limiter les répercussions économiques du conflit. Les autorités ont assuré que les opérations portuaires se poursuivent normalement, malgré l’annulation des concessions et l’arbitrage engagé par CK Hutchison. La continuité de l’exploitation est présentée comme une priorité afin de garantir la fluidité du commerce maritime et la stabilité logistique autour du canal, axe central du commerce mondial.
Un différend aux implications économiques et géopolitiques majeures
Au-delà du contentieux juridique, l’affaire CK Hutchison soulève des enjeux économiques significatifs. Le groupe hongkongais figure parmi les plus grands opérateurs portuaires mondiaux. Il est notamment impliqué dans une opération de cession portant sur 43 ports répartis dans 23 pays. La valeur globale de cette transaction est estimée à environ 23 milliards de dollars, soit près de 21 milliards d’euros. Les installations panaméennes faisaient partie des actifs considérés comme stratégiques dans ce portefeuille.
Dans ce contexte, le rejet de l’arbitrage par le Panama est scruté par les investisseurs étrangers. Certains observateurs s’interrogent sur l’impact potentiel de cette décision sur l’attractivité du pays. D’autres soulignent, au contraire, que le Panama cherche à affirmer un cadre juridique clair, fondé sur le respect de la Constitution, afin de sécuriser ses décisions souveraines. Les autorités insistent sur le caractère exceptionnel de l’affaire, liée à des irrégularités constitutionnelles spécifiques.
Enfin, le dossier s’inscrit dans un environnement géopolitique sensible. Le canal de Panama demeure un point névralgique du commerce international. Dans ce contexte, la présence d’un groupe asiatique comme CK Hutchison a alimenté des débats internationaux. Des responsables américains ont publiquement salué l’annulation des concessions, y voyant une réduction de l’influence chinoise dans la région. À l’inverse, des représentants chinois ont critiqué la décision panaméenne, évoquant des risques pour la coopération économique. Ainsi, le rejet de l’arbitrage par le Panama dépasse largement le cadre d’un simple différend contractuel.
