Passeport numérique des produits : transformer une obligation en levier de compétitivité

La durabilité et la transparence des données sont désormais des impératifs économiques et réglementaires les entreprises, tous secteurs confondus. Pourtant, la persistance des silos et le manque de visibilité dans les chaînes d’approvisionnement compliquent la mesure de l’impact environnemental des produits.

Laurent Carrière Informatica
By Laurent Carrière Published on 15 novembre 2025 9h30
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Passeport numérique des produits : transformer une obligation en levier de compétitivité - © Economie Matin
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Pour répondre à ces enjeux, de nombreux acteurs multiplient les initiatives : un groupe chimique assure par exemple une traçabilité totale de ses matières premières et procédés pour mieux réduire ses émissions, tandis qu’un grand groupe de distribution équipe ses produits électroniques de passeports numériques accessibles par QR code, offrant aux consommateurs un accès instantané à des données sur la provenance, l’efficacité énergétique et la recyclabilité. Ces démarches innovantes améliorent la gestion du cycle de vie des produits et contribuent à réduire concrètement leur empreinte écologique.

Dans un contexte de réglementation européenne de plus en plus exigeante, notamment sur l'information, la réparabilité, la recyclabilité et la responsabilité élargie, il devient essentiel de mettre en place dès maintenant un système performant de gestion des données. Cette anticipation permet non seulement de rester en conformité, mais aussi d’en faire un atout concurrentiel et une preuve d’engagement responsable auprès des clients et partenaires.

Une révolution pour la transparence et la conformité

Le Passeport Numérique des Produits (DPP, Digital Product Passport), prévu par le règlement européen sur l’écoconception des produits durables (ESPR), s’inscrit au cœur de la stratégie européenne pour l’économie circulaire. A terme, il permettra aux consommateurs de comparer les produits avant de les acheter, en se basant sur de nombreuses informations mises à leur disposition, telles que la quantité d'eau utilisée lors de la fabrication, la composition du produit, sa performance énergétique, sa réparabilité et la facilité avec laquelle ses composants sont recyclables, grâce au partage structuré d'informations clés sous la forme de dossier numérique (un véritable « jumeau » du produit). L'accès se fait via un identifiant unique, souvent sous la forme d'un code-barres, d'un QR code ou d'une étiquette RFID.

Le DPP répond avant tout à un objectif central : renforcer la transparence. Il rend les informations essentielles sur chaque produit accessibles aussi bien aux consommateurs qu’aux régulateurs et aux différents acteurs de la chaîne de valeur. Cela facilite la prise de décision responsable, améliore les processus de réparation ou de recyclage, et optimise la conformité ainsi que les contrôles environnementaux. En fournissant des informations détaillées sur les produits et en facilitant leur réparation et leur recyclage, les DPP, en particulier lorsqu'ils sont améliorés par l'IA, jouent un rôle crucial dans la promotion d'une économie plus circulaire en réduisant les déchets et en améliorant l'efficacité des ressources.

Abordant désormais tous les secteurs, le passeport produit n’est pas limité à un domaine spécifique. Textiles, électroniques, matériaux de construction, équipements industriels et batteries seront progressivement concernés, les premières obligations s’appliquant dès 2026, à l’exception de quelques champs distincts comme l’alimentaire ou le médical.

 Les implications stratégiques de la gouvernance des données pour les entreprises

Pour les entreprises, l’adoption du DPP implique de collecter, centraliser et fiabiliser les données liées aux produits et composants. Il s’agit d’assurer la transparence de la chaîne d’approvisionnement et de garantir la traçabilité à chaque étape du cycle de vie. En misant sur un DPP robuste, l’organisation consolide ses relations clients, renforce ses partenariats, minimise le risque de contrefaçon et crédibilise sa communication sur les critères ESG. Cependant, beaucoup d’organisations font face à la dispersion de leurs données.

 Pour bâtir un écosystème DPP solide, il est crucial que les responsables des données (CDO) et du développement durable (CSO) coordonnent la centralisation, la déduplication et la gouvernance des informations issues de différents systèmes. Adopter des outils adaptés – du PIM pour la standardisation et le partage, au MDM multidomaine pour relier données produits, matériaux, sites et fournisseurs – assure une interopérabilité avec l’écosystème digital existant. Ainsi, il devient possible d’intégrer le DPP dans un environnement scalable, cohérent et évolutif.

Anticiper pour transformer une obligation en opportunité

La mise en œuvre des DPP deviendra une obligation réglementaire très prochainement. Les entreprises désireuses de prendre une longueur d’avance doivent donc élaborer sans attendre une gouvernance data solide, choisir des solutions ouvertes aux diverses sources, et placer la qualité de l’information au cœur de leur démarche de responsabilité.

S’engager dans cette voie ne doit pas être vécu comme une contrainte : cela ouvre de nouvelles perspectives pour valoriser le cycle de vie des produits dans une économie résolument circulaire et transparente.

Laurent Carrière Informatica

Vice-président des Ventes, EMEA South, Informatica

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