Le redressement de l’Urssaf à Uber frappe par son ampleur et son fondement juridique. Derrière un montant inédit, l’organisme social détaille une mécanique précise, patiemment documentée, visant des cotisations sociales qu’il estime éludées. En toile de fond, une même question revient avec insistance : la relation entre la plateforme et chaque chauffeur relevait-elle réellement de l’indépendance ou dissimulait-elle un salariat ?
Fraude : Pourquoi l’Urssaf réclame 1,7 milliard à Uber ?

Le 2 février 2026, l’affaire prend une dimension publique lorsque la presse révèle que l’Urssaf réclame 1,7 milliard d’euros à Uber. Cette somme correspond à un redressement massif de cotisations sociales, calculé après un contrôle approfondi couvrant plusieurs années. L’enjeu dépasse le cas Uber, car il interroge le modèle économique des plateformes et la frontière entre indépendance et subordination.
Ce que l’Urssaf reproche à Uber sur le terrain des cotisations sociales
L’Urssaf reproche à Uber d’avoir organisé son activité de manière à éviter le paiement de cotisations sociales patronales. Selon l’organisme, la plateforme n’aurait pas agi comme un simple intermédiaire technique. Au contraire, elle aurait structuré une relation de travail caractérisée, tout en la présentant comme une collaboration entre entreprises indépendantes. Ainsi, derrière chaque chauffeur Uber, l’Urssaf voit un travailleur placé sous un cadre proche du salariat. Cette analyse s’appuie sur un rapport interne de 142 pages, élaboré par les services spécialisés dans la lutte contre la fraude sociale, selon Boursorama.
Cette organisation a entraîné un manque à gagner considérable pour la Sécurité sociale. Selon les chiffres communiqués, l’organisme évalue à 1,2 milliard d’euros les cotisations sociales qui auraient dû être versées par Uber. À cela s’ajoutent 512 millions d’euros de majorations et pénalités, liées notamment à la durée des manquements constatés, selon Le Dauphiné Libéré, pour un total record de 1,7 milliard d’euros.
Pourquoi l’Urssaf évoque une relation salariale déguisée
Pour justifier ce redressement, l’Urssaf insiste sur la notion de relation salariale dissimulée. Selon l’organisme, Uber exercerait un pouvoir de direction réel sur chaque chauffeur. D’une part, la plateforme fixerait les tarifs, contrôlerait l’accès aux courses et imposerait des règles strictes de comportement. D’autre part, elle pourrait sanctionner les chauffeurs, notamment par la désactivation de leur compte. Ces éléments traduisent, selon l’Urssaf, un lien de subordination juridique, critère central du droit du travail français.
Par ailleurs, l’Urssaf considère que cette relation dépasse la simple mise en relation entre clients et chauffeurs. Dans une citation reprise par l’AFP via Boursorama, l’organisme affirme qu’« Uber a maquillé sciemment une relation salariale en contrat d’entreprise pour échapper à ses obligations d’employeur ». Cette analyse, bien que contestée par Uber, s’inscrit dans une série de décisions judiciaires antérieures. En effet, la Cour de cassation a déjà reconnu, dans d’autres dossiers, l’existence d’un lien de subordination entre la plateforme et certains chauffeurs. Ainsi, pour l’Urssaf, le modèle Uber présenterait une cohérence globale justifiant la requalification et, par conséquent, le paiement de taxes et de cotisations sociales correspondantes.
Le montant du redressement et ses implications économiques
Le redressement de 1,7 milliard d’euros repose sur une période précise. L'Urssaf a analysé l’activité d’environ 71 000 chauffeurs Uber entre 2019 et 2022. Sur cette base, l’organisme a recalculé les cotisations sociales qui auraient dû être acquittées si ces chauffeurs avaient été considérés comme salariés.
Les conséquences potentielles de ce dossier sont considérables pour Uber et pour l’ensemble du secteur. D’un côté, Uber conteste le redressement et estime que la procédure est encore à un stade préliminaire, selon Nice-Matin. De l’autre, l’Urssaf assume une position ferme, considérant que la fraude sociale alléguée justifie une réponse proportionnée.
