Trois organisations de défense de l’environnement, Générations futures, France Nature Environnement (FNE) et Alerte des médecins sur les pesticides, ont sonné l’alarme le 24 juin 2025. Réunies en conférence de presse, elles ont pointé du doigt le gouvernement, l’accusant de « bloquer » la publication d’une étude de grande envergure sur l’exposition aux pesticides dans les zones viticoles. Une accusation grave, renforcée par le timing, à quelques jours du passage en commission mixte paritaire de la loi Duplomb, texte controversé visant à réintroduire certains produits phytosanitaires interdits.
PestiRiv : le gouvernement retarderait la publication d’une étude sur les pesticides et les enfants

Au centre de la discorde, l’étude PestiRiv, pilotée par Santé publique France et l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Cette recherche, entamée en 2021, visait à quantifier l’imprégnation réelle des populations riveraines de zones viticoles. Sur le terrain, ce sont plus de 3 350 participants, dont de nombreux enfants, qui ont accepté de fournir des échantillons d’urine, de cheveux, de poussières et d’air intérieur. Objectif, identifier la présence de 58 substances actives présentes dans les pesticides les plus couramment utilisés.
Vignes et pesticides : une exception agricole sous surveillance
Il faut rappeler une vérité dérangeante, bien que les cultures viticoles ne représentent que 3 % de la surface agricole utile en France, elles concentrent à elles seules près de 20 % de l’usage total de pesticides. La densité des traitements, parfois hebdomadaires, conjuguée à la proximité des habitations crée une exposition chronique pour les riverains, en particulier les enfants.
C’est précisément ce que PestiRiv devait objectiver, en comparant des foyers vivant à moins de 500 mètres des vignes à d'autres éloignés de plus d’un kilomètre. Les premiers résultats, selon les associations qui y ont eu accès, sont sans appel. L’imprégnation des enfants est bien plus élevée dans les zones viticoles que dans les zones témoins. Certains niveaux de contamination urinaires dépasseraient les seuils acceptables pour des substances classées comme perturbateurs endocriniens ou suspectées de cancérogénicité.
Des résultats préoccupants
« Les données de PestiRiv seraient-elles si dérangeantes qu’il faille les retirer du débat au moment du passage en force de la proposition de loi Duplomb ? », s’est interrogé publiquement Pierre-Michel Périnaud, membre d’Alerte des médecins sur les pesticides, le 24 juin, lors de la conférence de presse organisée à Paris et dans des propos rapportés par Le Monde. Ce médecin urgentiste, engagé de longue date dans les questions de santé environnementale, n’est pas seul à tirer la sonnette d’alarme. Le député de Gironde Nicolas Thierry (Les Écologistes) a lui aussi réagi.
Dans une lettre adressée aux ministres de la Santé et de la Transition écologique, il déplore une « absence de publication » qui « suscite une incompréhension légitime ». Un manque de transparence d’autant plus préoccupant que les autorités sanitaires s’étaient engagées à restituer les données dès la fin des analyses. Officiellement, le ministère évoque un simple report à l’automne 2025, pour cause de traitement statistique complexe. Mais pour François Veillerette, porte-parole de Générations futures, « toutes les données sont récoltées… prendre six mois pour ça, c’est étonnant ».
Le Ministère de la transition écologique, de la biodiversité, de la forët, de la mer et de la Pêche nous a contactés à la suite de cet article et précise : "qu'à ce stade et à notre connaissance, l'étude n'est pas terminée. Une fois qu'elle le sera, elle doit faire l'objet d'une restitution auprès des tutelles de l'ANSES, donc notamment au MTE, au ministère de la Santé et au MASA."
Une censure d’État ?
À la lumière de ce calendrier politique troublant, les ONG soupçonnent une manœuvre de dissimulation. La loi Duplomb, très critiquée par les écologistes, prévoit la réintroduction de certaines substances pourtant proscrites au niveau européen. Rendre publique une étude démontrant la surcontamination des enfants vivant près des vignes quelques jours avant ce vote stratégique pourrait radicalement infléchir le débat parlementaire.
Face à ce qu’elles considèrent comme une entrave manifeste à la transparence sanitaire, les associations envisagent désormais un recours judiciaire en référé pour contraindre les autorités à publier l’intégralité des résultats de PestiRiv dans les plus brefs délais.
