Le pétrole a de nouveau franchi le seuil des 100 dollars, soit un peu plus de 86 euros au taux de référence de la Banque centrale européenne du 11 mars, sous l’effet de la guerre au Moyen-Orient et du blocage persistant du détroit d’Ormuz. Malgré une libération record de réserves publiques décidée par les pays de l’Agence internationale de l’énergie, le marché reste dominé par la crainte d’un choc durable sur l’offre mondiale.
Pétrole : pourquoi le baril dépasse à nouveau les 100 dollars

Le 12 mars 2026, le baril de pétrole a repassé la barre symbolique des 100 dollars. Selon Reuters, il s’est établi à 100,52 dollars, soit environ 86,8 euros, avant un léger reflux. Quelques jours plus tôt, le 9 mars, il avait même atteint 119,50 dollars, soit un peu plus de 103 euros, un sommet inédit depuis l’été 2022. Le brut américain WTI évoluait lui aussi à un niveau élevé, autour de 94,47 dollars, soit environ 81,6 euros. Cette évolution traduit le retour brutal de la prime de risque géopolitique sur le marché du pétrole.
Ce seuil reste très symbolique. Dans l’histoire récente des marchés énergétiques, 100 dollars le baril marque souvent un moment où les opérateurs cessent de regarder uniquement l’équilibre immédiat entre offre et demande. Ils commencent à intégrer le risque d’une perturbation durable des flux mondiaux. Or le détroit d’Ormuz, aujourd’hui fortement perturbé, représente à lui seul près de 20 % du pétrole transporté dans le monde. Quand ce passage est menacé, c’est l’ensemble du système énergétique mondial qui vacille.
Pourquoi le pétrole dépasse 100 dollars avec la guerre
La cause immédiate de la flambée tient à l’intensification des attaques contre les infrastructures énergétiques et les routes maritimes dans le Golfe. Un porte-conteneurs a été frappé au large de Dubaï, qu’un incendie s’est déclenché près de l’aéroport de Bahreïn et qu’un grand champ pétrolier saoudien a été visé. L’Irak a également interrompu l’activité de l’ensemble de ses terminaux pétroliers.
Dans ces conditions, les marchés anticipent un choc sur l’offre mondiale. Reuters évoque une série d’attaques contre des navires depuis le début de l’escalade militaire. À partir de là, le prix du pétrole ne reflète plus seulement les volumes disponibles. Il intègre aussi le risque que ces perturbations s’aggravent ou s’étendent à d’autres installations.
Les analystes d’ING estiment que les prix ne pourront baisser de manière durable que lorsque le pétrole recommencera à circuler normalement par le détroit d’Ormuz. Tant que cette route maritime reste entravée, les marchés restent extrêmement nerveux. Un porte-parole du commandement militaire iranien a même averti que le pétrole pourrait atteindre 200 dollars le baril, soit environ 173 euros, si la sécurité régionale continuait de se détériorer.
Pétrole à 100 dollars : les États-Unis peinent à freiner la hausse
Face à la flambée des cours, les États-Unis et leurs alliés ont tenté d’agir rapidement. L’Agence internationale de l’énergie a annoncé le 11 mars la plus grande libération coordonnée de réserves pétrolières jamais décidée. Au total, 400 millions de barils doivent être injectés sur le marché par les 32 pays membres de l’organisation. Les États-Unis fourniront à eux seuls 172 millions de barils.
Le directeur exécutif de l’AIE, Fatih Birol, a estimé que le marché pétrolier faisait face à des difficultés d’une ampleur inédite et que cette décision constituait une réponse exceptionnelle.
Pourtant, cette annonce n’a pas suffi à calmer les marchés. Les investisseurs restent concentrés sur la situation militaire et sur l’état réel des routes d’exportation. Libérer du pétrole stocké dans les réserves publiques peut amortir un choc ponctuel. En revanche, cela ne compense pas durablement des exportations perturbées dans une région qui concentre une part considérable de la production mondiale.
Selon l’analyste Tina Teng, citée par Reuters, cette intervention pourrait n’avoir qu’un effet temporaire si les flux d’exportation via le détroit d’Ormuz ne reprennent pas rapidement.
Ce que le pétrole à 100 dollars change
La hausse du pétrole finit presque toujours par se transmettre au reste de l’économie. Lorsque le prix du brut augmente fortement, le coût des carburants progresse, puis celui du transport et de nombreux biens de consommation.
Le Grand Continent souligne que l’Asie est particulièrement exposée à cette situation. Des pays comme le Japon, la Corée du Sud, les Philippines ou la Thaïlande importent la quasi-totalité de leur pétrole depuis le Moyen-Orient. L’Europe reste également vulnérable, car elle dépend largement des importations de brut.
Les marchés financiers ressentent déjà les effets de cette tension énergétique. On observe un recul des Bourses asiatiques et une remontée des rendements obligataires. La hausse du pétrole alimente aussi les anticipations d’inflation, ce qui pourrait influencer les décisions des banques centrales dans les mois à venir.
Dans ce contexte, le seuil des 100 dollars ne représente pas seulement un niveau de prix. Il symbolise un moment où les marchés redoutent que les perturbations géopolitiques puissent bouleverser durablement l’équilibre énergétique mondial.
