Le pétrole en forte hausse dépasse les 120 dollars

Le pétrole franchit la barre des 120 dollars le baril pour la première fois depuis 2022, porté par les déclarations de Trump évoquant un blocus prolongé de l’Iran. Cette flambée spectaculaire, qui a vu le Brent bondir de 28% en deux jours, fait peser de lourdes menaces sur l’inflation mondiale et l’économie des ménages.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Last modified on 30 avril 2026 6h21
petrole, opep, production, brut, cours, bourse, énergie
petrole, opep, production, brut, cours, bourse, énergie - © Economie Matin
122 DOLLARsLe baril de pétrole a atteint 122 dollars ce 30 avril 2026

Le pétrole franchit la barre symbolique des 120 dollars, un niveau inédit depuis 2022

Les cours du pétrole ont connu mercredi 30 avril une envolée spectaculaire, franchissant pour la première fois depuis quatre ans le seuil psychologique des 120 dollars le baril. Cette flambée, qui propulse le Brent de la mer du Nord vers des sommets vertigineux, s'enracine dans les récentes déclarations de l'administration Trump évoquant une possible prolongation du blocus américain contre l'Iran sur "plusieurs mois". Cette escalade géopolitique au cœur du Moyen-Orient bouleverse les équilibres énergétiques planétaires et fait planer de sombres nuages sur l'économie mondiale.

Depuis le 20 avril, les marchés pétroliers évoluaient dans une relative sérénité. Le baril de Brent, étalon international, gravitait alors autour de 95 dollars, bénéficiant de l'apaisement consécutif à l'annonce du cessez-le-feu entre Israël et le Liban le 17 avril. Cette accalmie n'aura finalement duré qu'une poignée de jours.

Une flambée orchestrée par les tensions géopolitiques au détroit d'Ormuz

Le basculement s'est amorcé le 28 avril, lorsque les premières indisccrétions concernant un durcissement de la position américaine ont commencé à filtrer. Dès cette échéance, les cours ont entamé une hausse vertigineuse qui les a propulsés de 95 dollars à plus de 122 dollars en séance mercredi, soit une progression de près de 28% en seulement quarante-huit heures de cotation.

Cette explosion trouve sa genèse dans une réunion confidentielle organisée mardi 28 avril à la Maison Blanche, réunissant Donald Trump et plusieurs dirigeants du secteur pétrolier américain. Selon un responsable de premier plan de l'administration, rapporté par BFM TV, les participants ont évoqué "les mesures prises par le président Trump pour soulager les marchés internationaux du pétrole et les mesures que nous pourrions prendre pour poursuivre le blocage actuel pendant des mois si nécessaire".

Le géant Chevron a confirmé la participation de son directeur général Mike Wirth à cette concertation stratégique, présidée par le ministre des Finances Scott Bessent et le vice-président JD Vance. Cette coordination au sommet de l'État témoigne de l'importance cruciale que revêt la crise du détroit d'Ormuz pour l'architecture économique américaine.

Trump durcit le ton face à l'Iran

Les déclarations publiques de Donald Trump ont définitivement convaincu les investisseurs de l'inflexibilité américaine. "Le blocus s'avère quelque peu plus efficace que les bombardements", a confié le président américain dans un entretien accordé au site Axios, selon TF1 Info. Une formule lourde de signification qui laisse augurer un enlisement durable du conflit.

L'efficacité redoutable du dispositif américain transparaît dans les statistiques officielles. L'amiral Brad Cooper, commandant américain pour le Moyen-Orient, a révélé que 42 navires ont été interceptés à ce jour alors qu'ils tentaient de "violer le blocus" et que 41 pétroliers demeurent désormais immobilisés, incapables de quitter l'Iran. "Le blocus démontre une efficacité remarquable", a-t-il souligné avec satisfaction.

Cette stratégie d'étranglement économique s'inscrit dans la volonté affichée par l'administration Trump d'empêcher définitivement l'Iran d'accéder à l'arme nucléaire. "Le président Trump a manifesté le courage de garantir que l'Iran n'obtiendra jamais d'arme nucléaire, il y demeure inflexiblement déterminé", a déclaré Pete Hegseth, secrétaire américain à la Défense, lors de sa première audition parlementaire.

Des répercussions immédiates sur les marchés énergétiques

L'onde de choc de cette escalade se matérialise instantanément sur les places financières. Le Brent de la mer du Nord a clôturé mercredi à 119,69 dollars, bondissant de 7,58%, tandis que le WTI américain s'envolait de 7,60% à 107,52 dollars. Ces niveaux stratosphériques n'avaient plus été observés depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022.

Selon les données de Yahoo Finance, cette volatilité exceptionnelle procède de la crainte grandissante d'une fermeture prolongée du détroit d'Ormuz, artère vitale par laquelle transite habituellement un cinquième des hydrocarbures consommés mondialement. Les analystes du cabinet DNB évoquent désormais "une impasse prolongée" où "les combats se sont largement apaisés, mais aucune solution pérenne n'émerge".

L'inflation énergétique menace l'économie mondiale

Les conséquences de cette envolée des prix pétroliers transcendent largement le secteur énergétique, frappant directement le portefeuille des consommateurs. Aux États-Unis, les tarifs à la pompe ont atteint mercredi leur apogée depuis juillet 2022, avec une moyenne nationale de 4,23 dollars le gallon selon AAA, soit une progression de 12 centimes en quarante-huit heures seulement.

Les spécialistes anticipent une détérioration de cette tendance, comme le rapporte Orange Actu. "Mai pourrait débuter avec des prix frôlant les 4,30 dollars. Si vous privilégiez l'essence premium, armez-vous de patience avec des moyennes dépassant les 5 dollars le gallon", prévient Tom Kloza, conseiller énergie en chef de Gulf Oil.

En Europe, les répercussions se manifestent déjà sur les marchés financiers. L'indice FTSE 100 britannique a chuté de 1,2% à la clôture, tandis que le CAC 40 français cédait 0,39% et le DAX allemand 0,27%. "Les marchés financiers vont désormais devoir intégrer la perspective d'un blocus prolongé", analyse Kathleen Brooks, directrice de recherche chez XTB. Cette situation rappelle d'ailleurs les préoccupations soulevées dans notre précédent article sur la chute de la consommation de carburants face à la hausse des prix.

La France se prépare à amortir le choc

Face à cette tempête énergétique, le gouvernement français a d'ores et déjà annoncé des mesures d'accompagnement. Sébastien Lecornu a déclaré au Sénat que "chaque euro de surplus de fiscalité prélevé sur les Français à la pompe sera affecté aux mécanismes d'aides directes que nous mettons en place".

Cette stratégie vise à éviter une répercussion directe de la flambée des cours sur le pouvoir d'achat des ménages, dans un contexte où l'inflation énergétique pourrait compromettre les objectifs de stabilité des prix de la Banque centrale européenne. Les entreprises du secteur pétrolier, à l'image de TotalEnergies qui a récemment augmenté son dividende, profitent déjà de cette conjoncture favorable.

La Banque mondiale a d'ailleurs révisé ses prévisions énergétiques mardi, anticipant une hausse des prix de l'énergie de 24% en 2026 si les perturbations les plus aiguës causées par la guerre en Iran s'achèvent en mai. Un scénario qui apparaît de plus en plus chimérique au regard des dernières déclarations américaines.

Cette flambée pétrolière engendre un cortège de conséquences économiques majeures qui affecteront directement le quotidien des consommateurs et des entreprises. L'augmentation des coûts de transport et de logistique se répercutera inéluctablement sur les prix des biens de consommation, créant une pression inflationniste généralisée. Les prévisions de croissance des prix devront être révisées à la hausse, tandis que la confiance des consommateurs risque de s'éroder face à cette nouvelle ponction sur leur budget. Plus préoccupant encore, ce renchérissement énergétique fait planer le spectre d'un ralentissement de l'activité économique, les entreprises devant absorber des surcoûts considérables.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

No comment on «Le pétrole en forte hausse dépasse les 120 dollars»

Leave a comment

* Required fields