En décidant d’exempter la Hongrie des sanctions américaines sur le pétrole russe, Donald Trump fracture l’unité occidentale sur le front énergétique. Cette dérogation offre un répit au président d’extrême-droite Viktor Orbán mais soulève de sérieuses interrogations sur la stratégie américaine face à la Russie.
Pétrole russe : la Hongrie s’allie à Trump et défie l’Europe

Le 7 novembre 2025, à la Maison-Blanche, Donald Trump a reçu le Premier ministre hongrois Viktor Orbán pour sceller un accord inattendu : la Hongrie est exemptée pour un an des sanctions américaines visant le pétrole russe. Officiellement, il s’agit d’une « prise en compte des réalités énergétiques » d’un pays enclavé. Officieusement, la décision bouleverse la stratégie de sanctions destinée à asphyxier l’économie russe.
Une exemption d’un an sur le pétrole russe : le geste de Trump envers Orbán
La Maison-Blanche a confirmé que les États-Unis accordaient à la Hongrie une exemption d’un an des sanctions liées à l’énergie russe, selon un responsable cité par Reuters. Le même jour, Donald Trump a justifié cette décision en déclarant : « Nous y travaillons, car il est très difficile pour lui d’obtenir du pétrole et du gaz d’autres régions », relaye Euronews. La Hongrie, enclavée, dépend encore très largement du pétrole et du gaz russes pour alimenter son économie. En 2024, elle importait environ 86 % de son pétrole et 74 % de son gaz depuis la Russie.
Pour Viktor Orbán, cette exemption est une victoire politique majeure. « Nous avons obtenu une exemption complète pour le gaz livré par TurkStream et le pétrole provenant du pipeline Druzhba », a-t-il annoncé, cité par AP News. Selon le même média, Budapest s’est engagée à acheter environ 600 millions de dollars de gaz naturel liquéfié américain pour compenser partiellement ses approvisionnements russes. La Maison-Blanche, de son côté, insiste sur le caractère temporaire du dispositif. « L’exemption est d’un an », a précisé un fonctionnaire américain à Reuters. Pourtant, le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, a affirmé qu’elle était « indéfinie », signe d’une divergence d’interprétation qui risque d’alimenter la confusion diplomatique. L’exemption accordée à la Hongrie introduit une brèche dans le régime de sanctions conçu pour isoler Moscou sur le plan énergétique.
Un coup porté à la cohésion occidentale dans la guerre en Russie
Au-delà du cas hongrois, la mesure américaine crée un précédent inquiétant pour la cohésion du front occidental face à la Russie. Depuis 2022, les sanctions sur le pétrole et le gaz russes visent à réduire les recettes d’hydrocarbures qui financent la guerre en Ukraine. Or, en autorisant un pays européen à poursuivre librement ses importations, Washington affaiblit l’outil même de sa pression économique.
La sénatrice américaine Jeanne Shaheen a résumé ce paradoxe : « L’Europe a accompli des progrès extraordinaires pour rompre ses liens énergétiques avec Moscou, mais les actions de la Hongrie sapent la sécurité collective et encouragent le Kremlin », relaye AP News.
En 2024, le pétrole représentait encore plus de la moitié des revenus d’exportation de la Russie, selon le ministère russe de l’Énergie. En permettant à la Hongrie de continuer à importer via le pipeline Druzhba, les États-Unis offrent à Moscou une source de devises stable, contredisant leur propre objectif stratégique.
D’un point de vue européen, cette dérogation risque aussi d’alimenter de nouvelles tensions internes. Bruxelles s’était engagée à une sortie complète du pétrole russe d’ici 2027, et les pays baltes réclament déjà des sanctions renforcées. La Hongrie, en invoquant sa sécurité énergétique, se place en marge de cette ligne commune.
Entre dépendance énergétique et calcul politique hongrois
Pour Viktor Orbán, cette dérogation ne se limite pas à la question du pétrole. Elle s’inscrit dans une vision plus large : celle d’une autonomie énergétique nationale préservée malgré les pressions de l’Union européenne. En Hongrie, environ 85 % du carburant consommé provient de raffineries traitant du brut russe, et la majorité du gaz domestique dépend des livraisons de Gazprom. Sans cette exemption, Budapest aurait été contrainte de revoir entièrement sa politique d’approvisionnement, au risque d’une flambée des prix intérieurs. Mais la décision de Trump a aussi une dimension politique. À un an d’élections législatives en Hongrie, elle offre à Orbán un argument de campagne : prouver sa capacité à obtenir des concessions d’une superpuissance alliée.
Sur le plan énergétique, la Hongrie tente malgré tout de diversifier ses approvisionnements. D’après Reuters, un accord a été signé pour l’achat de combustible nucléaire américain destiné à la centrale de Paks, actuellement alimentée par la Russie. Cependant, Péter Szijjártó a précisé que la Hongrie « continuera aussi d’utiliser du combustible russe ».
