Le pétrole vénézuélien fait déjà gagner 35,6 milliards de dollars à Wall Street

La Bourse américaine n’a pas attendu la remise en état des champs pétroliers vénézuéliens ni le moindre baril supplémentaire pour trancher. En quelques séances seulement, l’offensive américaine contre le Venezuela et la stratégie affichée par Donald Trump ont déjà produit un effet mesurable : une création massive de valeur boursière au profit des majors pétrolières américaines, tandis que leurs concurrentes européennes restent à l’écart du mouvement.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 5 janvier 2026 15h53
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Le pétrole vénézuélien fait déjà gagner 35,6 milliards de dollars à Wall Street - © Economie Matin
5%Chevron progresse de plus de 5 %

Entre la clôture du vendredi 2 janvier 2026 et la séance du lundi 5 janvier à Wall Street, les quatre grandes compagnies pétrolières américaines cotées ont vu leur capitalisation progresser d’environ 35,6 milliards de dollars. À l’inverse, les grands groupes européens du secteur n’ont enregistré ni hausse comparable ni prime géopolitique visible.

Les majors du pétrole bondissent en Bourse : une hausse rapide, entièrement géopolitique

La progression des titres américains est d’abord frappante par sa vitesse. Elle intervient sans changement fondamental des perspectives de production mondiale et sans amélioration immédiate de l’offre pétrolière. Le Venezuela, dont les infrastructures sont largement dégradées, reste incapable de peser à court terme sur les flux internationaux.

La hausse observée relève donc d’une logique strictement financière : le marché anticipe un avantage stratégique durable pour les compagnies américaines, perçues comme les bénéficiaires naturelles du nouveau rapport de force instauré par Washington.

Sur la période, Exxon Mobil gagne un peu plus de 2 % en Bourse, ce qui représente environ 11 milliards de dollars de capitalisation supplémentaire. Chevron progresse de plus de 5 %, soit près de 17 milliards de dollars créés. ConocoPhillips affiche une hausse proche de 6 %, équivalente à environ 7 milliards de dollars. Occidental Petroleum, plus modeste en taille, ajoute environ 600 millions de dollars de valeur.

Additionnées, ces progressions portent la création de capitalisation à environ 35,6 milliards de dollars en une séance. Aucun baril n’a encore été extrait, mais l’option géopolitique a déjà été pleinement intégrée dans les cours.

Un message clair du marché : le Venezuela est un actif américain

Cette réaction traduit une conviction simple chez les investisseurs : l’exploitation future du pétrole vénézuélien, si elle a lieu, se fera prioritairement au bénéfice des groupes américains. Les déclarations de Donald Trump sur la volonté de confier la reconstruction du secteur pétrolier à des compagnies américaines, en échange d’investissements massifs et de la récupération de créances passées, ont été immédiatement interprétées comme un signal d’exclusivité.

Le marché ne valorise pas encore des flux de trésorerie futurs précis. Il valorise un droit d’accès, une priorité politique et une protection étatique. Autrement dit, il s’agit moins d’une anticipation industrielle que d’une prime de souveraineté.

Les majors européennes restent en dehors du jeu

Le contraste avec l’Europe est net. Sur la même période, les grandes compagnies européennes du secteur énergétique n’ont pas bénéficié de la même dynamique. Leurs cours sont restés stables ou légèrement orientés à la baisse, malgré la hausse observée chez leurs homologues américaines.

Ni BP, ni TotalEnergies, ni Shell n’ont vu leur capitalisation augmenter de manière significative dans le sillage des événements vénézuéliens. Pour les investisseurs, ces groupes ne sont pas considérés comme des bénéficiaires directs du nouveau contexte géopolitique. L’Europe apparaît spectatrice d’un processus qu’elle ne contrôle ni militairement, ni politiquement, ni diplomatiquement.

Cette absence de réaction boursière est en soi une information. Elle suggère que le marché n’anticipe pas de partage transatlantique des actifs ou des concessions vénézuéliennes. La redistribution des cartes énergétiques, si elle se confirme, se ferait avant tout au profit des États-Unis.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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