Premiers secours : D’un Seul Geste vous propose des formations virtuelles innovantes !

EconomieMatin a interviewé Emmanuel Bourcet, co-fondateur et président de D’un Seul Geste. Entrepreneur social, après 15 ans dans le secteur des industries culturelles et créatives, tour à tour en tant que responsable communication et entrepreneur (Directeur de la marque et de la communication digitale de la Sacem ; fondateur de Kinorezo.com, premier réseau social des professionnels de la culture), il cofonde D’un Seul Geste en 2018 pour améliorer la formation des Français aux gestes de premiers secours.

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By Interviews Last modified on 22 juin 2026 19h26
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Premiers secours : D’un Seul Geste vous propose des formations virtuelles innovantes ! - © Economie Matin
80%En 2017, le gouvernement s'était donné l'objectif de former 80 % des Français d’ici 2027

1. L'arrêt cardiaque représente aujourd'hui la première cause de mortalité au travail selon l'INRS. Comment expliquer qu'un phénomène si prévalent reste si mal anticipé par les entreprises françaises ?

C’est un sujet qui reste vécu comme un problème de santé personnel, qui ne donne pas lieu à un engagement collectif. Il y a un décalage étrange entre ce que les chiffres disent, première cause de mortalité au travail, et la réponse que les entreprises y apportent. C'est une forme d'angle mort : on ne se projette pas en train de faire un massage cardiaque à un collègue avant d'avoir eu à jouer ce rôle.

Pourtant, le premier témoin d’un arrêt cardiaque doit absolument être en capacité de comprendre ce qui se passe, prévenir les secours et entamer simultanément un massage cardiaque. Chaque seconde compte, on ne peut pas se permettre d’attendre l’hypothétique arrivée d’un salarié secouriste du travail.

Ce que nous observons chez nos clients, c'est que la décision de former vient souvent d'un déclic personnel : un DRH qui a vécu un arrêt cardiaque dans sa famille, un directeur qui a assisté à une intervention dans son entreprise. Ce déclic devrait être collectif, systémique. Au-delà des obligations de prévention et de sécurité, l'entreprise a un rôle majeur à jouer.

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2. Vous évoquez un paradoxe français : les entreprises investissent massivement dans la QVCT mais négligent la formation aux gestes qui sauvent. Quels sont les freins concrets que vous identifiez chez les dirigeants ?

Le premier frein, c'est le format. Une formation secourisme classique, ce sont deux journées pendant lesquelles votre collaborateur n'est pas au poste. Pour une ETI de 800 personnes, former 10 % des effectifs, c'est 160 journées. Sans compter le recyclage tous les deux ans. L'opération devient rapidement ingérable.

Le deuxième frein, c'est la faible rétention. On forme des SST, on coche la case réglementaire, et trois mois plus tard, les gestes se sont évaporés. Il y a un sentiment chez beaucoup de DRH que ces formations n’impriment pas vraiment. Les études le confirment : avec les formats classiques, le taux de rétention des gestes à six mois est très faible.

On se retrouve donc avec des entreprises qui font l'effort mais ne croient pas vraiment à l'impact. C'est précisément ce sentiment qu'on essaie de briser.

3. Avec seulement 20% de Français formés contre 95% de Norvégiens, la France accuse un retard considérable. Quels sont les mécanismes qui expliquent un tel écart avec nos voisins européens ?

Ce n'est pas une question de volonté. Les Français ne sont pas moins préoccupés par la sécurité que les Norvégiens ou que les Allemands. C'est une question de culture et de mécanismes en place.

Les pays où le taux de formation est élevé ont mis en place des systèmes qui permettent de former massivement : intégration et répétition dès les cursus scolaires, formats courts reconnus et valorisés, mobilisation coordonnée des employeurs pour maintenir en compétence leurs salariés. En France, ces mécanismes sont encore trop fragmentés.

En 2017, le gouvernement s'était donné l'objectif de former 80 % des Français d’ici 2027. Nous y sommes, et nous sommes loin du compte. Ce n'est pas faute d'ambition, c'est faute de plan d’action. On manque de formats qui permettent de passer à l'échelle : rapides, accessibles, déployables sans perturber l'organisation.

C'est précisément ce problème qu'on a voulu résoudre en créant D’un Seul Geste. Notre formation est nativement pensée pour être déployée massivement dans les entreprises et les collectivités.

4. Votre entreprise a formé 40 000 personnes depuis 2021. Quels retours concrets avez-vous des entreprises sur l'impact de ces formations ? Avez-vous des exemples de vies sauvées grâce à vos programmes ?

Le premier retour concret, ce sont les chiffres. 75 % de nos apprenants déclarent se sentir toujours capables d'agir un an après la formation. C'est notre mesure d'impact principale, et elle est solide. Sans compter les exemples de personnes formées qui ont sauvé un collègue qui s’étouffait ou réalisé un massage cardiaque en attendant l’arrivée des secours.

5. La réalité virtuelle représente-t-elle vraiment une révolution pour l'apprentissage des gestes d'urgence, ou s'agit-il avant tout d'un argument commercial pour séduire des entreprises friandes d'innovation ?

La première innovation chez D’un Seul Geste, ce n'est pas la réalité virtuelle. C'est la durée : une heure par personne seulement.

Une heure, c'est ce qui change tout pour les entreprises. Ça transforme un projet "un jour on le fera" en "on peut le faire ce trimestre". C'est le premier levier de passage à l'échelle.

La réalité virtuelle, elle, est un outil pédagogique. Son intérêt n'est pas d'être technologique : c'est qu'elle permet aux apprenants de vivre des situations en conditions réelles, d'activer la mémoire émotionnelle, et d'ancrer de véritables réflexes.

6. Au-delà de l'aspect humanitaire, quels arguments économiques peuvent convaincre un dirigeant d'investir dans la formation aux premiers secours de ses équipes ?

Premier argument : l'organisation. Une formation en une heure sur site réduit à zéro le coût indirect lié à l'absence des salariés. Pas de journée perdue, pas de planification complexe, pas de remplacement à trouver. Pour des équipes en tension, c'est un argument décisif.

Deuxième argument : l'efficacité. Rapporté à une journée entière de formation classique, notre format est compétitif. Et si on intègre le taux de rétention (75 % des apprenants encore capables d'agir un an plus tard) le ratio coût/efficacité devient difficile à contester.

Troisième argument, peut-être le plus structurant pour un DG : la responsabilité de l'employeur. En cas d'accident, la question qui se pose n'est pas seulement humaine. C'est : "aviez-vous fait le nécessaire ?" Une entreprise qui peut répondre "oui, nous formons l'ensemble de nos collaborateurs" se trouve dans une position juridique et morale très différente.

7. Comment intégrez-vous concrètement la formation aux gestes qui sauvent dans une stratégie RSE plus large ? Quels liens établissez-vous avec les autres enjeux de responsabilité sociale ?

La formation aux premiers secours devrait être un des piliers d'une politique de sécurité globale des personnes pour toutes les entreprises.
Chez D'un Seul Geste, nous proposons trois types de formation : les gestes de premiers secours, les gestes en cas d'incendie, et les gestes face à une situation de fragilité mentale ou de détresse psychologique. Ce n'est pas un hasard. Ce sont les trois grandes urgences auxquelles un salarié peut être confronté dans sa vie professionnelle.
Les entreprises qui déploient nos formations dans leur stratégie RSE l'ont compris : la sécurité des personnes, c'est aussi de la QVCT. Savoir que vos collègues seraient capables d'agir si quelque chose vous arrivait ça change votre rapport à votre lieu de travail, à vos équipes. C'est un levier de cohésion qu'on sous-estime beaucoup.

8. Face à l'obligation légale de formation des secouristes en entreprise, votre approche vise-t-elle à remplacer ou à compléter les dispositifs existants ?

Compléter, sans aucune ambiguïté.

Nous n'avons pas vocation à remplacer les dispositifs existants. Les formations SST ont leur place et leur utilité. Notre démarche est différente : certains dirigeants veulent aller au-delà du minimum réglementaire, former plus de personnes, plus efficacement. C'est à eux que nous nous adressons.

Le Code du travail laisse l'employeur libre de choisir le format de formation premiers secours de son choix. C'est dans cet espace que nous intervenons. Nous accompagnons les entreprises qui ont décidé de traiter ce sujet de manière efficace et innovante.

Nos formations répondent aux recommandations de l'INRS en matière de gestes d'urgence. Ce n'est pas un format allégé. C'est un format repensé.

9. Quelles évolutions réglementaires souhaiteriez-vous voir émerger pour accélérer la démocratisation de ces formations dans le monde professionnel français ?

Que chaque jeune entre dans la vie professionnelle déjà formé aux gestes de premiers secours. Plus besoin de convaincre l'entreprise de partir de zéro, elle reçoit des collaborateurs qui ont déjà le geste. On changerait d'échelle d'un coup.

C'est dans cet objectif que nous travaillons avec les collectivités. Former les collégiens, les lycéens, c'est un chantier de long terme, mais c'est le seul qui permette vraiment d'atteindre les 80 % de Français formés.

Du côté des entreprises, je ne crois pas aux solutions imposées de l'extérieur. Ce qui fonctionne, c'est quand un dirigeant ou un DRH décide que ce sujet est une priorité et cherche les moyens de le faire bien. Notre rôle, c'est d'être là quand cette décision est prise, avec une solution qui s'adapte à leurs contraintes.

Ce que j'espère voir évoluer, c'est notre culture collective. Que la formation aux gestes de premiers secours devienne aussi naturelle, dans une entreprise, que la formation à la sécurité incendie. On y est presque. Mais pas encore tout à fait.

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