L’eau du robinet reste massivement consommée en France, et pourtant une large part de la population exprime un manque d’information sur sa qualité, sa fiabilité et son traitement. Selon le baromètre Kantar/CIEau publié entre novembre 2025 et février 2026, la confiance persiste mais s’accompagne d’un besoin croissant de transparence, révélant une fracture entre perception et connaissance réelle de l’eau utilisée au quotidien.
Eau en France : satisfaits mais mal informés sur la qualité

Les résultats du baromètre annuel Kantar pour le Centre d’information sur l’eau publiés en février, confirment une tendance paradoxale autour de l’eau en France : une forte satisfaction globale, mais une compréhension limitée des enjeux liés à l’eau potable. Dans un contexte marqué par les polluants émergents et les tensions sur la ressource, la question de l’information devient centrale pour les usagers du robinet.
Information insuffisante
D’abord, les Français affichent une confiance solide envers l’eau du robinet, ce qui témoigne d’un attachement durable au service public. En effet, 78 % déclarent faire confiance à l’eau potable et 86 % se disent satisfaits du service, selon le baromètre Kantar/CIEau 2025.. De plus, 68 % des usagers consomment cette eau quotidiennement, ce qui confirme son ancrage dans les habitudes domestiques.
Cependant, cette confiance repose davantage sur un ressenti que sur une réelle compréhension. Ainsi, seuls 56 % des Français estiment être suffisamment informés, tandis que 44 % reconnaissent manquer d’explications sur la qualité ou le traitement de l’eau. Cette fracture informationnelle est d’autant plus marquante que les attentes en matière de transparence progressent fortement. Par ailleurs, 48 % des sondés réclament en priorité des informations détaillées sur la qualité, notamment sur les normes, les contrôles et la provenance.
Ensuite, ce déficit d’information alimente un sentiment d’incertitude, même chez des usagers satisfaits. Déjà en 2025, 54 % des Français déclaraient être mal informés sur les polluants émergents comme les PFAS ou les microplastiques, selon Le Monde. De ce fait, l’eau, bien que jugée fiable, reste entourée d’un flou technique difficile à lever pour le grand public.
Satisfaction élevée mais inquiétudes persistantes sur la qualité
Si la satisfaction reste élevée, elle coexiste avec des inquiétudes croissantes sur la qualité de l’eau. En effet, 75 % des Français se disent préoccupés par les micropolluants et 70 % estiment que les ressources sont polluées, selon le baromètre 2025 du CIEau. Cette perception traduit une montée des préoccupations environnementales et sanitaires liées à l’eau. De plus, cette inquiétude s’inscrit dans un contexte médiatique marqué par les révélations sur les polluants dits “éternels”. Ainsi, 50 % des Français souhaitent davantage d’informations sur les PFAS, et 51 % sur les nitrates et pesticides. Cette demande d’information ciblée souligne un besoin de pédagogie sur les risques réels et les dispositifs de contrôle existants.
Par ailleurs, Nathalie Davoisne, directrice du Centre d’information sur l’eau, souligne clairement cette tension entre confiance et incertitude : « les Français ont confiance dans l’eau potable et y sont très attachés. Mais ils ont besoin d’être rassurés à l’égard des polluants émergents et de mieux comprendre comment sa qualité est garantie », déclaration rapportée par Mon Réseau Eau. Enfin, cette inquiétude se traduit par des comportements concrets. Par exemple, 19 % des Français utilisent des carafes filtrantes et 13 % des filtres sur robinet pour améliorer leur eau, selon Le Monde.
Une exigence croissante de transparence sur l’eau et ses traitements
Enfin, l’un des enseignements majeurs du baromètre concerne l’exigence accrue de transparence. En effet, les Français ne se contentent plus d’une eau jugée potable : ils souhaitent comprendre son origine, ses traitements et les garanties associées. Ainsi, 81 % considèrent les traitements de l’eau comme fiables, mais attendent davantage de preuves concrètes, selon Mon Réseau Eau.
Dans le même temps, cette demande de transparence s’inscrit dans un contexte de changement climatique. Par conséquent, 64 % des Français craignent de manquer d’eau dans leur région, un chiffre qui grimpe à 73 % en Provence-Alpes-Côte d’Azur, selon le CIEau. Cette inquiétude territoriale renforce la nécessité d’une information claire et localisée sur la gestion de l’eau.
De plus, les usagers établissent un lien direct entre pollution, qualité et coût. Ainsi, 72 % estiment que la pollution dégrade la qualité de l’eau et 75 % qu’elle augmente son prix, selon Mon Réseau Eau. Cette perception globale montre que l’eau est désormais envisagée comme un système complexe, mêlant environnement, économie et santé. Cette exigence se traduit enfin par une attente forte vis-à-vis des acteurs publics et privés. Les Français souhaitent non seulement être informés, mais aussi comprendre les décisions prises.