Une carte interactive permet désormais à chaque citoyen de connaître, en quelques clics, la qualité de son eau potable. Lancée par les ONG Générations Futures et Data For Good, elle recense les polluants chimiques détectés dans le réseau d’eau du robinet en France. Une initiative inédite qui éclaire la transparence, mais aussi les limites du contrôle sanitaire officiel.
Eau potable : une carte permet de connaître les polluants chez vous

Les ONG Générations Futures et Data For Good ont mis en ligne, jeudi 16 octobre, une plateforme baptisée Dans mon eau. Cet outil gratuit permet d’évaluer la présence de polluants dans l’eau potable distribuée à chaque adresse. Les données, issues des contrôles des Agences régionales de santé (ARS), traduisent une volonté d’accès public renforcé à l’information environnementale. « Vous pourrez savoir, où que vous habitiez, si vous êtes exposés via l’eau du robinet à ces substances », indiquent les deux ONG.
Une radiographie nationale de l’eau potable
Lancée comme un outil de transparence, la carte Dans mon eau rassemble pour la première fois les résultats de plus de 11 000 unités de distribution d’eau potable (UDI) sur l’ensemble du territoire. Selon Le Monde, elle compile les données des bilans sanitaires produits par les ARS et les met à jour chaque mois. Les analyses couvrent cinq grandes familles de polluants : les pesticides et leurs métabolites, les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées), les nitrates, les perchlorates et le chlorure de vinyle monomère (CVM). Ces substances, souvent invisibles et persistantes, sont désormais accessibles à la consultation publique via un simple moteur de recherche par adresse.
Les ONG insistent : « Les données compilées pour cette carte sont issues du contrôle sanitaire effectué par les Agences régionales de santé pour chaque UDI ». Mais la carte ne révèle pas seulement des chiffres, elle trace une géographie des risques. Le nord de la France concentre la majorité des non-conformités liées aux métabolites de pesticides, tandis que le sud et le pourtour méditerranéen apparaissent davantage touchés par les PFAS. L’ouest du pays, de son côté, souffre de dépassements de CVM, un polluant lié à l’usure des canalisations en PVC.
Des chiffres qui interpellent sur la qualité de l’eau potable
Derrière les couleurs de la carte se cachent des chiffres précis. 3 % des UDI font déjà l’objet de restrictions de consommation d’eau pour tout ou partie de la population. Parmi les réseaux analysés, 31,5 % présentent des traces de pesticides, et 176 UDI dépassent la limite de qualité pour les nitrates. Les PFAS, appelés aussi « polluants éternels », sont détectés dans de nombreuses zones. 141 UDI (1,2 %) dépassent les seuils réglementaires, tandis que plus de 52 % des unités n’ont toujours pas réalisé de recherche sur ces composés au cours des douze derniers mois.
Le métabolite chloridazone desphényl concentre à lui seul 86 % des non-conformités liées aux pesticides, et le chlorothalonil R471811 est présent dans 22,3 % des réseaux d’eau. Pour autant, les autorités sanitaires rappellent que la situation globale reste satisfaisante : selon le bilan 2023 du ministère de la Santé, 99,5 % de la population française a été alimentée par une eau potable conforme pour les nitrates, avec 17,3 millions de résultats analytiques collectés cette année-là. Les experts du Haut Conseil de la Santé Publique recommandent toutefois d’abaisser les seuils de vigilance : la valeur provisoire conseillée pour quatre PFAS (PFOA, PFOS, PFNA, PFHxS) est fixée à 20 ng/l.
Une transparence attendue, mais encore incomplète
En toile de fond, l’enjeu dépasse la seule cartographie. Depuis plusieurs années, le ministère de la Santé met déjà à disposition des données publiques sur la qualité de l’eau potable, commune par commune, et joint un résumé annuel à chaque facture d’eau. Mais l’initiative des ONG rend ces informations visuelles et accessibles au grand public. L’objectif : simplifier un dispositif jugé souvent illisible. Cependant, la carte met aussi en lumière les lacunes du contrôle sanitaire. Certaines zones apparaissent « vertes » faute de données, non parce qu’elles sont indemnes de polluants. « La moitié des réseaux de distribution d’eau potable n’ont pas cherché de PFAS au cours des douze derniers mois », rappelle Le Monde.
À ce jour, les analyses systématiques de ces substances ne seront rendues obligatoires qu’à partir du 1ᵉʳ janvier 2026, conformément à la directive européenne 2020/2184 et à la décision du ministère de l’Écologie. Le gouvernement anticipe néanmoins cette évolution. Plusieurs ARS ont déjà intégré la recherche des 20 PFAS dans leurs protocoles, avec une limite réglementaire fixée à 0,1 µg/l dans l’eau du robinet. Un outil national de visualisation, développé par le ministère de l’Écologie, viendra compléter celui des ONG et sera actualisé chaque mois. En attendant, Dans mon eau s’impose comme une référence citoyenne. L’idée est d’offrir un accès plus facile du public à des données jusqu’ici éparses. Une manière de rappeler que la qualité de l’eau potable reste un enjeu collectif : sanitaire, environnemental et économique.
