RDC : entre 2 000 et 5 000 tonnes d’uranium aurait été exportées

Entre 2000 et 2024, la RDC a exporté entre 2 000 et 5 000 tonnes d’uranium dissimulé dans les expéditions de cobalt destinées aux batteries chinoises. Moins de 10% ont été déclarés. Cette opacité génère des coûts cachés considérables pour la transition énergétique, que les consommateurs européens finiront par payer.

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By Nicolas Egon Published on 5 août 2026 10h03
RDC : entre 2 000 et 5 000 tonnes d’uranium aurait été exportées
RDC : entre 2 000 et 5 000 tonnes d’uranium aurait été exportées - © Economie Matin

Votre voiture électrique est censée être écologique. Pourtant, entre 2000 et 2024, elle a probablement transporté de l'uranium clandestin provenant de la République Démocratique du Congo. Une étude publiée dans Nature Communications révèle que 2 000 à 5 000 tonnes d'uranium naturel ont transité via les batteries chinoises sans jamais être déclarées. Cette opacité a un coût économique : qui le paie vraiment ?

Les vrais coûts de la transition énergétique : l'uranium oublié

La RDC produit plus de 150 000 tonnes de cobalt par an, soit deux tiers de l'approvisionnement mondial destiné aux batteries lithium-ion. Ce minerai alimente la révolution des véhicules électriques, censée réduire les émissions de CO2. Sauf qu'un problème majeur échappe aux consommateurs : l'uranium accompagne systématiquement le cobalt dans les gisements de la Ceinture de Cuivre de Katanga.

Lors du raffinage hydrometallurgique, l'uranium suit chimiquement le cobalt jusqu'aux usines chinoises, qui traitent 80% du cobalt mondial. Sans étapes de séparation dédiées, il se retrouve dans l'hydroxyde de cobalt exporté. Résultat : moins de 10% de cet uranium a été déclaré aux autorités internationales. Les 90% restants constituent un flux clandestin aux implications économiques considérables.

Entre 2 000 et 5 000 tonnes d'uranium : quel surcoût pour les batteries ?

Ces milliers de tonnes d'uranium non comptabilisées génèrent des coûts invisibles. Le traitement de matières radioactives exige des installations spécialisées, des équipements de protection, des protocoles sanitaires stricts. Lorsque ces contraintes sont ignorées, comme dans la plupart des raffineries chinoises de cobalt, les économies réalisées faussent le prix réel des batteries.

Un mémorandum confidentiel de l'Agence Internationale de l'Énergie Atomique datant de 2009 indiquait déjà que « l'uranium était présent en quantités significatives dans la plupart des minerais de cobalt de Katanga, et qu'il était exporté comme sous-produit du cobalt », selon l'enquête Lighthouse Reports. Pourtant, aucune régulation contraignante n'a suivi.

Le consommateur européen achète une batterie dont le prix ne reflète pas les vrais coûts de production. Cette distorsion économique profite aux fabricants asiatiques, mais crée une bombe à retardement financière pour les pays importateurs.

Qui absorbe le coût de la dépollution et du traitement de l'uranium ?

Parallèlement aux exportations, 1 000 à 4 000 tonnes d'uranium ont été rejetées dans les résidus miniers congolais sous des formes facilement mobilisables. Ces déchets radioactifs contaminent les sols et les nappes phréatiques de Katanga, région agricole où vivent des millions de personnes.

La facture de remédiation environnementale, estimée à plusieurs centaines de millions d'euros, incombera tôt ou tard aux États. La RDC ne dispose pas des ressources pour traiter ces pollutions. L'Union européenne, principal marché des véhicules électriques, devra probablement financer des programmes de dépollution dans le cadre de ses engagements climatiques. Ce coût indirect se répercutera sur les contribuables via les budgets d'aide au développement ou les taxes carbone.

Traçabilité des minéraux : pourquoi les consommateurs ne savent rien

L'opacité de la chaîne d'approvisionnement cobalt-uranium illustre les failles des systèmes de traçabilité actuels. Malgré les engagements des constructeurs automobiles sur l'approvisionnement responsable, aucun mécanisme ne permet de vérifier la présence ou l'absence d'uranium dans les batteries vendues en Europe.

Sébastien Philippe, chercheur en ingénierie nucléaire à l'University of Wisconsin-Madison et co-auteur de l'étude, souligne que « ces découvertes identifient une lacune substantielle dans la comptabilité nucléaire et la surveillance environnementale d'une chaîne d'approvisionnement critique ». Cette phrase résume quinze ans d'aveuglement collectif.

Absence de normes de déclaration uranium-cobalt dans les batteries

Aucune réglementation internationale n'oblige les raffineurs de cobalt à mesurer et déclarer les teneurs en uranium de leurs produits. Le règlement européen sur les batteries, entré en vigueur progressivement depuis 2023, impose des critères sociaux et environnementaux, mais ignore totalement la question radioactive.

Les certificats d'origine des minéraux se concentrent sur les minerais de conflit (étain, tungstène, tantale, or) définis par le règlement américain Dodd-Frank. L'uranium congolais passe entre les mailles du filet. Les industriels chinois n'ont aucune incitation économique à investir dans des équipements de séparation uranium-cobalt, puisque l'uranium récupéré pourrait enrichir discrètement leurs stocks stratégiques.

Impact sur les certifications « éthiques » des batteries lithium-ion

Les labels « cobalt responsable » délivrés par des organismes comme la Responsible Minerals Initiative perdent toute crédibilité face à ces révélations. Comment qualifier d'éthique une batterie contenant des traces d'uranium non déclaré, extrait dans des conditions exposant les mineurs artisanaux à la radioactivité ?

Les constructeurs automobiles européens, dont plusieurs ont déjà été confrontés aux défis sanitaires en RDC, risquent des procès pour publicité mensongère si des associations de consommateurs démontrent l'écart entre promesses marketing et réalité matérielle. Le coût juridique de ces contentieux pourrait se chiffrer en milliards d'euros.

Prix de l'électricité et de l'énergie : répercussions à long terme

La mise en conformité de la filière cobalt-uranium aura des conséquences directes sur le coût de la transition énergétique. Si les raffineurs chinois devaient installer des circuits de séparation uranium-cobalt, investir dans la protection radiologique et déclarer leurs flux à l'AIEA, le prix de l'hydroxyde de cobalt augmenterait mécaniquement de 15 à 25%, selon les estimations d'analystes industriels.

Coûts cachés de remédiation environnementale en Katanga

La gestion des 1 000 à 4 000 tonnes d'uranium dispersées dans les résidus miniers nécessitera des technologies de confinement ou d'extraction coûteuses. Les précédents historiques, comme le nettoyage des sites uranifères américains ou kazakhs, montrent que la facture dépasse régulièrement le milliard d'euros par site majeur.

Qui paiera ? La logique économique voudrait que les entreprises extractrices assument ces coûts. Mais la plupart sont des filiales de groupes chinois bénéficiant de structures opaques. Le risque de transfert de responsabilité vers les États européens importateurs de batteries est élevé, notamment via les mécanismes de compensation carbone ou les fonds climat.

Vers une hausse des prix de l'électricité verte ?

L'électrification du parc automobile européen repose sur l'hypothèse de batteries à coût décroissant. Si la transparence sur l'uranium oblige à internaliser les vrais coûts de production et de dépollution, cette trajectoire pourrait s'inverser. Une hausse de 20% du prix des batteries se répercuterait sur le coût total de possession des véhicules électriques, ralentissant leur adoption.

Parallèlement, les investissements dans les infrastructures de recharge et les réseaux électriques sont financés par les tarifs d'électricité. Toute augmentation du coût de la transition automobile pèse sur les factures des ménages. La logique observée dans d'autres secteurs industriels montre que les coûts cachés finissent toujours par émerger.

L'affaire de l'uranium congolais révèle une vérité inconfortable : la transition énergétique européenne repose sur des chaînes d'approvisionnement opaques, dont les coûts réels restent à découvrir. Entre pollution radioactive non traitée, uranium stratégique non déclaré et certifications éthiques factices, le prix affiché des batteries électriques masque une réalité économique autrement plus sombre. Les consommateurs, premiers financeurs de cette transition, méritent une transparence totale sur ce qu'ils achètent réellement.

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