La reconnaissance faciale s’apprête à franchir un nouveau cap. Selon plusieurs médias américains, elle pourrait bientôt débarquer dans les lunettes connectées Ray-Ban Meta. Derrière cette évolution technologique, un risque majeur s’annonce pour la vie privée et la sécurité dans l’espace public.
Reconnaissance faciale dans les Ray-Ban Meta : vers une surveillance généralisée ?

Le 13 février 2026, plusieurs médias révèlent que la reconnaissance faciale pourrait être intégrée aux lunettes connectées de Meta, conçues avec EssilorLuxottica sous la marque Ray-Ban. D’après The Verge, la fonctionnalité porterait le nom interne de « Name Tag » et permettrait d’identifier une personne regardée par l’utilisateur. La reconnaissance faciale serait ainsi couplée à l’assistant d’intelligence artificielle intégré aux lunettes. Autrement dit, il suffirait de fixer quelqu’un pour obtenir son identité ou des informations associées à son profil.
Une reconnaissance faciale embarquée dans les lunettes Ray-Ban Meta
Meta temporise. « Nous développons des produits qui aident des millions de personnes à se connecter et à enrichir leur vie. Bien que nous entendions fréquemment l’intérêt pour ce type de fonctionnalité — et que certains produits existent déjà sur le marché — nous réfléchissons encore aux options et adopterons une approche réfléchie avant tout déploiement », a déclaré Erin Logan, porte-parole de Meta, selon The Verge. Néanmoins, le projet serait suffisamment avancé pour être discuté en interne, ce qui alimente déjà les inquiétudes sur la surveillance et la sécurité des données personnelles.
Reconnaissance faciale et stratégie de déploiement : une technologie sous tension
La reconnaissance faciale ne serait pas, selon les informations rapportées par The Verge, totalement ouverte. Elle pourrait se limiter aux personnes avec lesquelles l’utilisateur est connecté sur une plateforme Meta, ou à des comptes publics. Ce choix viserait à contenir les critiques sur la surveillance massive. Pourtant, la simple présence d’une reconnaissance faciale embarquée dans une lunette connectée modifie profondément l’équilibre entre technologie et vie privée. Car dans l’espace public, nul ne peut savoir si son identité est scannée.
Un document interne cité par The Verge, lui-même s’appuyant sur des informations du New York Times, révèle une stratégie plus politique. « Nous lancerons dans un environnement politique dynamique où de nombreux groupes de la société civile qui, selon nous, nous attaqueraient, auront leurs ressources concentrées sur d’autres préoccupations », indique le document.
Dans le même temps, le marché des lunettes connectées explose. « En 2025, nous avons vendu plus de 7 millions d’unités de lunettes d’intelligence artificielle, enregistrant une croissance exponentielle », a déclaré Francesco Milleri, directeur général d’EssilorLuxottica. Le groupe a également publié un chiffre d’affaires annuel 2025 de 28,491 milliards d’euros, en hausse de 11,2 % à taux de change constants, avec une marge ajustée de 16,0 %, selon son communiqué financier du 12 février 2026. Au quatrième trimestre 2025, les ventes ont atteint 7,6 milliards d’euros, en progression de 18,4 %. Plus de 7 millions de lunettes connectées en circulation signifient potentiellement des millions de capteurs capables d’identifier des visages.
Sécurité, identité et vie privée : les risques d’une reconnaissance faciale permanente
La reconnaissance faciale n’est pas une première pour Meta. En 2021, l’entreprise avait mis fin à une fonctionnalité similaire sur Facebook après des controverses liées à la vie privée. L’Electronic Frontier Foundation souligne également, dans une analyse publiée en février 2026, les précédents juridiques entourant ces technologies. Les litiges passés ont contraint l’entreprise à revoir ses pratiques et à renforcer les exigences de consentement. Dès lors, réintroduire la reconnaissance faciale dans des lunettes connectées pose une question simple : le consentement est-il possible dans la rue, dans un café, dans un transport public ?
En effet, la reconnaissance faciale embarquée change l’échelle de la surveillance. Contrairement à une caméra fixe, la lunette connectée est mobile, discrète, et portée au quotidien. Elle peut fonctionner sans que la personne observée ne le sache. Or, l’identité faciale constitue une donnée biométrique sensible. Sa collecte, même limitée aux contacts d’un réseau, peut entraîner des dérives. Une fuite de données biométriques n’est pas réversible. On peut changer de mot de passe, pas de visage.
La reconnaissance faciale pourrait facilement devenir un instrument de filtrage social. Dans certains contextes, elle pourrait être utilisée pour vérifier l’identité d’un interlocuteur, pour analyser des profils, voire pour discriminer. En outre, la banalisation de cette technologie créerait un climat de suspicion permanent. Chacun pourrait supposer être identifié à tout moment.
La question réglementaire reste ouverte. En Europe, le cadre sur l’intelligence artificielle et la protection des données impose des restrictions fortes sur la reconnaissance faciale. Aux États-Unis, les règles varient selon les États. Cependant, la diffusion mondiale des lunettes Ray-Ban Meta complique l’application homogène de ces normes. Comment garantir qu’un citoyen américain avec des lunettes connectées ne puisse pas les utiliser avec toutes leurs fonctionnalités en Europe ?
