Un décret publié au Journal officiel le 23 juillet 2025 bouleverse discrètement le quotidien de milliers de salariés. Dès le 1er septembre prochain, ils pourront prétendre à la retraite progressive dès 60 ans. Ce dispositif, jusqu’alors réservé aux personnes âgées d’au moins 62 ans, marque un tournant dans la gestion des fins de carrière. L’objectif est clair : rendre plus souple le passage à la retraite, tout en maintenant les seniors dans l’emploi.
Une avancée pour le travail à temps réduit dès 60 ans
Le cœur du décret repose sur un principe simple : autoriser les salariés à percevoir une partie de leur pension de retraite tout en exerçant une activité professionnelle réduite, dès l’âge de 60 ans. La ministre du Travail, Astrid Panosyan-Bouvet, a salué « une avancée majeure pour les travailleurs expérimentés », précisant : « La fin de carrière ne doit plus être angoissante et strictement binaire, temps plein ou rien, mais au contraire s’adapter aux envies et besoins de chacun tout en favorisant le maintien dans l’emploi le plus longtemps possible », rapporte BFM Business.
Concrètement, une personne de 60 ans travaillant à 60 % pourra toucher 40 % de sa pension. Ce système mixte a déjà fait ses preuves dans d’autres pays européens, comme la Suède ou le Danemark, où les taux d’emploi des 60–64 ans sont supérieurs à ceux de la France. Astrid Panosyan-Bouvet l’a rappelé : « Derrière les bonnes performances de la Suède ou du Danemark […] il y a du temps partiel important. Cela s’explique par le développement de dispositifs de retraite progressive ou de cumul emploi-retraite », selon Le Figaro.
Le décret : des conditions précises pour les salariés
Le décret n° 2025-680, publié le 23 juillet, fixe une série de conditions strictes pour accéder à cette retraite progressive. Il concerne un large éventail de professions : salariés du régime général, agents de la fonction publique d’État, salariés et non-salariés agricoles, professions libérales et avocats. Il s’applique à toutes les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2025.
Trois critères sont à respecter : être âgé d’au moins 60 ans ; avoir validé au moins 150 trimestres de cotisations retraite ; exercer une activité réduite entre 40 % et 80 % d’un temps plein.
L’accord de l’employeur reste cependant indispensable. Un salarié à temps plein qui souhaite basculer vers un temps partiel ne pourra pas l’imposer unilatéralement. C’est là que certains syndicats voient une limite à l’impact du dispositif, estimant qu’il restera réservé aux situations professionnelles favorables.
Un dispositif encore trop peu utilisé
La retraite progressive n’est pas une nouveauté, mais son recours reste marginal. Le ministère du Travail rappelle qu’« à peine 30 000 personnes en bénéficient chaque année, sur 700 000 à 750 000 départs à la retraite », souligne Le Figaro. Ce chiffre illustre un paradoxe : un outil utile mais peu connu ou difficile à mettre en œuvre.
L’accord signé en automne 2024 entre le Medef, la CFDT et la CFTC a permis de relancer le chantier. Plusieurs propositions ont été intégrées dans le plan d’action gouvernemental en faveur de l’emploi des plus de 50 ans. L’élargissement du dispositif dès 60 ans s’inscrit dans cette logique de lutte contre l’exclusion professionnelle des seniors et de valorisation de leur savoir-faire.
Ce décret marque alors un tournant stratégique dans la gestion des fins de carrière. En facilitant l’accès à la retraite progressive dès 60 ans, le gouvernement ouvre une voie médiane entre départ anticipé et prolongation d’activité. Reste à voir si les employeurs joueront le jeu et si les salariés s’approprieront pleinement cet outil. En tout cas, le cadre est désormais posé pour un adoucissement progressif du choc du départ à la retraite.
