usqu’où prolonger les carrières pour financer les retraites ? Dans son rapport « Choisir son travail demain », présenté selon l’extrait du Figaro ce 10 septembre, le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan envisage un allongement de trois à quatre ans de la durée de cotisation à l’horizon 2050. Cette orientation soulève deux questions majeures : ses conséquences selon les parcours professionnels et la capacité des entreprises à conserver les salariés vieillissants.
Retraites : vers trois à quatre années de travail supplémentaires ?

Durée de cotisation : ce que changerait la proposition pour les retraites
Un départ autour de 70 ans pour certaines personnes entrées tardivement dans la vie professionnelle : c’est la perspective évoquée par Antoine Foucher, qui pilote le rapport, dans les propos rapportés par Le Figaro. L’ancien directeur de cabinet de Muriel Pénicaud défend un prolongement des carrières pour répondre au vieillissement démographique. Son raisonnement repose sur une augmentation de trois à quatre années de la durée de cotisation d’ici 2050. Les conséquences varieraient donc selon l’âge du premier emploi et les interruptions de parcours. Une personne ayant commencé à travailler jeune ne serait pas placée dans la même situation qu’un diplômé entré plus tard sur le marché du travail. Cette hypothèse ne constitue toutefois ni une nouvelle règle applicable ni l’annonce d’un âge légal fixé à 70 ans. L’âge d’ouverture des droits et la durée d’assurance nécessaire au calcul de la pension sont deux paramètres distincts. Les effets précis dépendraient des dispositions retenues, notamment pour les carrières longues et les périodes assimilées.
Le rapport "Choisir son travail demain" ne se limiterait pas à demander davantage d’années de cotisation. Selon l’extrait transmis, le Haut-commissariat propose aussi de rapprocher les règles d’acquisition des droits entre les régimes. L’objectif serait qu’une même contribution produise des droits équivalents, indépendamment du statut professionnel. Cette orientation rappelle l’ambition du projet de système universel, sans permettre de conclure qu’une architecture identique serait retenue. La référence à une validation des trimestres dès 150 heures appelle également une précision. Pour les salariés du privé, la règle expliquée par Service Public repose déjà sur une rémunération soumise à cotisations correspondant à 150 fois le Smic horaire pour valider un trimestre, dans la limite de quatre par an. Il ne s’agit donc pas simplement de compter les heures travaillées. Sans accès au détail du rapport, la portée exacte de l’assouplissement envisagé reste à préciser. Cette distinction compte particulièrement pour les personnes à temps partiel ou aux revenus irréguliers.
Financer les pensions suppose aussi de développer l’emploi des seniors
Derrière ces propositions figure une évolution démographique de long terme. D’après les chiffres du rapport reproduits dans l’extrait, on compterait aujourd’hui trois personnes actives pour une personne inactive âgée d’au moins 65 ans. Sans changement substantiel de l’activité, ce rapport descendrait à 2,6 en 2035, puis à 2,2 en 2050. Cet indicateur ne doit pas être confondu avec le nombre de cotisants par retraité. Il décrit néanmoins la pression exercée par le vieillissement sur l’économie. Les difficultés financières étaient déjà documentées dans une étude distincte de la Cour des comptes, publiée en février 2025. Celle-ci projetait alors un déficit proche de 15 milliards d’euros en 2035, hors inflation, malgré la réforme de 2023. Ces estimations, établies dans le cadre de l’époque, ne constituent pas une actualisation pour 2026. La Cour examinait plusieurs possibilités : modifier l’âge de départ, la durée d’assurance, les cotisations ou l’indexation des pensions. L’allongement des carrières représente ainsi un choix parmi plusieurs leviers, avec des effets économiques et sociaux différents.
Reste une condition essentielle : pouvoir effectivement travailler pendant ces années supplémentaires. Dans son étude sur le marché du travail en 2024, l’Insee constatait une progression de l’emploi des seniors. Le taux d’emploi des 50-64 ans atteignait 68,4%, contre 59,6% dix ans auparavant. L’institut reliait principalement l’accélération observée chez les 60-64 ans à la mise en œuvre de la réforme de 2023. Ces résultats montrent que les règles des retraites influencent les comportements, mais ils ne suffisent pas à démontrer la faisabilité de carrières prolongées jusqu’à 70 ans. L’accès à la formation, l’adaptation des postes et la prévention de l’usure professionnelle deviennent alors déterminants. Une hausse de la durée requise n’assure pas, à elle seule, un emploi supplémentaire aux personnes concernées. Pour apprécier la proposition du Plan, il faudra donc connaître les garanties prévues pour les parcours interrompus, les métiers pénibles et les salariés qui perdent leur emploi en fin de carrière.
