À moins d'un an de la présidentielle, le gouvernement n'ose pas toucher à l'âge de départ à la retraite. Alors il réfléchit à faire les poches des 17 millions de retraités français par la fiscalité. Une manœuvre qui en dit long sur l'incapacité chronique de l'État à réduire ses dépenses plutôt qu'à inventer de nouveaux prélèvements.
17 millions
C'est le nombre de retraités français dans le viseur d'une fiscalité alourdie, entre hausse de CSG, rabot sur l'abattement fiscal et taxation du patrimoine.
Quand l'État préfère taxer plutôt que réformer
Force est de constater qu'il existe en France une règle non écrite, mais d'une constance remarquable : dès que les finances publiques vacillent, le réflexe pavlovien des gouvernements successifs est toujours le même. Non pas tailler dans la dépense, non pas simplifier une administration pléthorique, non pas libérer les énergies productives. Non. Le réflexe, c'est de chercher une nouvelle poche à vider.
Aujourd'hui, c'est celle des retraités. Selon Le Figaro, les pistes s'accumulent à Bercy et dans les couloirs de Matignon : hausse de la CSG sur les pensions, rabot sur l'abattement fiscal de 10 % dont bénéficient les retraités, voire taxation accrue du patrimoine. Le tout enrobé dans un discours de « justice fiscale » et d'« effort partagé ». Traduction libre : puisque les actifs râlent, on va faire payer ceux qui ne peuvent plus aller en grève.
Je ne dis pas que les retraités sont une catégorie intouchable. Mais je dis que ce débat arrive dans le mauvais ordre. Avant de parler de nouveaux prélèvements, il faudrait commencer par expliquer aux Français où passe l'argent des 1 600 milliards d'euros de dépenses publiques annuelles. Et pourquoi la France dépense 57 % de son PIB — record quasi absolu en Europe — sans offrir des services publics supérieurs à ceux des Pays-Bas, qui s'en sortent avec dix points de moins.
Pendant ce temps, nos voisins allègent les impôts
Le contraste est saisissant. Cette même semaine, le nouveau Premier ministre britannique Andy Burnham annonçait une réduction de la taxe sur les pubs, discothèques et salles de concert. Objectif : sauver des milliers d'établissements étranglés par la hausse des coûts, soutenir l'emploi local, redonner du souffle à une économie populaire. Une mesure ciblée, concrète, qui coûte peu à l'État et qui produit immédiatement un effet sur le tissu économique.
En France, pendant ce temps, on réfléchit à qui taxer davantage. La symétrie est parfaite — et désespérante.
Je pense que ce tropisme fiscal révèle quelque chose de profond dans notre rapport à l'État : l'idée que tout problème budgétaire se résout par la recette, jamais par la dépense. Or, le déficit commercial français s'enfonce dans le rouge, les rendements obligataires européens atteignent des sommets, l'inflation menace de reprendre de la vigueur — et notre réponse collective serait de ponctionner davantage des ménages qui épargnent et consomment ?
Le vrai sujet que personne ne veut traiter
Le vrai débat, celui qu'on évite soigneusement à l'approche de 2027, c'est celui de la taille de l'État. Pas de l'âge de la retraite, pas du taux de CSG. La question centrale est simple : peut-on continuer à financer un État qui pèse plus de la moitié de la richesse nationale, avec une dette qui dépasse 3 200 milliards d'euros, sans jamais remettre en cause une seule ligne de dépense ?
La réponse des politiques, toutes familles confondues, est apparemment : oui, en trouvant de nouveaux contribuables à pressurer.
Les retraités d'aujourd'hui ont cotisé toute leur vie avec la promesse d'un système équitable. On peut discuter de son financement. Mais commencer par eux, sans avoir au préalable passé les dépenses publiques à la toise, c'est inverser la priorité. Et une fois de plus, faire payer les autres plutôt que se réformer soi-même.
L'État, ce grand réformateur des autres, reste définitivement irréformable lui-même.

