Alors que l’Union européenne s’était engagée d’en finir avec le gaz russe, les importations issues du projet gazier Yamal LNG ont atteint 7,2 milliards d’euros. D’après l’association allemande Urgewald et le collectif ukrainien Razom We Stand, la les ports français, ainsi que plusieurs acteurs européens, ont joué un rôle central dans ce flux énergétique devenu un angle mort des sanctions contre la Russie.
Gaz russe : l’UE en a acheté pour 7,2 milliards d’euros en 2025

Yamal LNG, pilier discret de la dépendance européenne au gaz russe
En 2025, Yamal LNG, le projet gazier emblématique du Kremlin, a continué d’alimenter massivement l’Union européenne, dénonce l'association allemamde Urgewald. Cette dynamique s’est installée alors même que Bruxelles affiche l’objectif de sortir totalement du gaz russe d’ici 2027, dans un contexte de guerre prolongée en Ukraine et de sanctions qui, sur le papier du moins, ne faiblissent pas.
En 2025, Yamal LNG a représenté 14,3% de l’ensemble des importations européennes de gaz naturel liquéfié, soit environ un navire sur sept accostant dans les terminaux du continent. Autrement dit, malgré les discours politiques, le gaz issu de Russie est resté intégré au système énergétique européen.
Dans le même temps, sur les 19,7 millions de tonnes exportées par Yamal LNG dans le monde, 15 millions de tonnes ont été livrées à l’Union européenne. Cette concentration s’est même renforcée, puisque la part européenne est passée de 75,4% en 2024 à 76,1% en 2025.
Cette dépendance a un coût politique et financier. En 2025, les seules exportations de Yamal LNG vers l’UE ont généré environ 7,2 milliards d’euros de revenus pour la Russie, calculés sur la base des prix de référence européens du gaz. Une manne jugée stratégique pour Moscou, dans un contexte de pression économique et militaire accrue.
La France, principal pays importateur du gaz issu de Yamal LNG
Le rôle de la France apparaît central dans cette mécanique. En 2025, 87 navires ont livré 6,3 millions de tonnes de GNL issu de Yamal LNG dans les ports français de Dunkerque et Montoir, faisant de la France le premier pays importateur, avec 41,7% des volumes européens. Ce positionnement place Paris loin devant les autres États membres.
Les infrastructures portuaires jouent un rôle tout aussi déterminant. Le terminal belge de Zeebrugge s’est imposé comme le premier port individuel d’importation, avec 58 navires et 4,2 millions de tonnes réceptionnées en 2025. À titre de comparaison, la Chine n’a reçu que 51 cargaisons, soit 3,6 millions de tonnes, ce qui signifie que la Belgique a importé davantage de Yamal LNG que Pékin sur la période.
Pour l’ONG, ces ports européens agissent comme un « poumon logistique » du projet Yamal LNG. En autorisant le déchargement rapide des méthaniers Arc7, spécialement conçus pour la navigation arctique, l’Europe permet à ces navires de retourner rapidement vers le nord de la Russie, maximisant ainsi la cadence des exportations vers l’UE, plutôt que de les envoyer sur des trajets longs et coûteux vers l’Asie.

Pour Razom We Stand, le projet Yamal LNG constitue carrément un financement indirect de la guerre
Selon Urgewald, la vulnérabilité logistique de Yamal LNG est pourtant connue. Le projet dépend entièrement d’une flotte réduite de 14 méthaniers Arc7, sans lesquels les exportations seraient à l’arrêt, notamment durant l’hiver arctique. Or, 11 de ces 14 navires sont contrôlés par deux compagnies européennes, Seapeak, basée au Royaume-Uni, et Dynagas, basée en Grèce, qui assurent respectivement 37,3% et 34,3% du transport de Yamal LNG.
Cette dépendance confère à l’Union européenne un levier stratégique majeur, jusqu’ici peu utilisé. « Alors que Bruxelles célèbre les derniers accords visant à éliminer progressivement le gaz russe, nos ports continuent de servir de poumon logistique au plus grand terminal de GNL de Russie », a déclaré Sebastian Rötters, responsable de campagne sanctions chez Urgewald. Il ajoute que chaque cargaison déchargée dans l’UE constitue un apport financier direct à l’effort de guerre russe.
Le collectif ukrainien Razom We Stand, qui fait campagne pour l'assèchement des flux financiers qui permettent à la Russie de poursuivre sa guerre, adopte une lecture encore plus radicale. L’organisation estime que le commerce de GNL russe équivaut à un financement indirect de l'effort russe de guerre, appelant à fermer sans délai la « faille Yamal » dans le régime de sanctions. Ces critiques interviennent alors que l’UE a pourtant adopté, début décembre 2025, un accord provisoire prévoyant l’interdiction progressive des importations de gaz russe.
Selon le Conseil de l’Union européenne, les importations de GNL russe sous contrats à court terme devront être interdites à partir du 25 avril 2026, tandis que les contrats à long terme devront prendre fin au 1er janvier 2027. En théorie, cette trajectoire vise à mettre un terme définitif aux flux issus de projets comme Yamal LNG. En pratique, l’année 2026 pourrait encore permettre à Moscou de capter plusieurs milliards d’euros supplémentaires, tant que les infrastructures européennes restent ouvertes, dénoncent les deux collectifs.
