Le gouvernement de Sébastien Lecornu n’aura tenu qu’une poignée d’heures. Nommé dans la soirée du dimanche 5 octobre, il a présenté sa démission dès le lendemain matin, après l’échec politique qui a suivi la tentative de formation express d’un nouvel exécutif. Pourtant, malgré à peine 13 heures en poste, les ministres de ce gouvernement « éclair » toucheront une indemnité de fin de fonctions équivalente à trois mois de salaire.
Démission de Lecornu : les ministres seront payés 2.150 euros de l’heure

Démission de Sébastien Lecornu : que vont toucher les ministres démissionnaires ?
Selon plusieurs médias dont La Dépêche et Le Parisien, chaque ministre sortant a droit à trois mois d’indemnité après la fin de ses fonctions, à condition de ne pas avoir retrouvé immédiatement un emploi public ou privé. Cette indemnité est fixée à environ 9 400 € brut par mois pour un ministre et 10 135 € pour un ministre de plein exercice. En tout, cela représente environ 28 000 € brut versés à chaque membre du gouvernement Lecornu.
Même si leurs fonctions ont duré moins d’une journée, la nomination par décret signé et publié au Journal officiel ouvre automatiquement ce droit. La loi ne prévoit aucune durée minimale d’exercice.
Pourquoi cette indemnité existe-t-elle ?
Cette indemnité dite « de réinsertion » ou de fin de fonctions existe depuis plusieurs décennies. Elle a pour but d’éviter qu’un ministre se retrouve sans ressources immédiates après la fin de son mandat, le temps de « se retourner » professionnellement.
Le dispositif est prévu par un décret de 1953 et confirmé par la pratique républicaine. Elle s’apparente à une allocation chômage spécifique aux membres du gouvernement, mais sans dépendre de Pôle emploi. Autrement dit, c’est un droit administratif automatique, et non une prime ou un bonus exceptionnel.
Un calcul qui fait grincer des dents
En appliquant ce montant à la durée effective du gouvernement Lecornu, le résultat fait réagir. Si l’on rapporte environ 28 000 € brut à 13 heures de fonction, cela représente près de 2 150 € de l’heure. Plus qu’un mois de SMIC, fixé à 1801 euros pour 35 heures.
Des cas similaires ont déjà eu lieu : le gouvernement Duvillard en 1968, ou certains remaniements éclairs sous la Ve République. Mais jamais la durée n’avait été aussi courte, faisant du gouvernement Lecornu le plus bref de l’histoire française contemporaine. Dans les précédents cas, les indemnités avaient aussi été versées, conformément au droit.
Vers une réforme des droits des ministres ?
Ironie du sort, Sébastien Lecornu lui-même avait annoncé quelques semaines plus tôt vouloir réformer les avantages des anciens ministres, en supprimant notamment les facilités de transport et de sécurité prolongées. Mais cette réforme n’aurait pas remis en cause l’indemnité de trois mois, qui demeure un pilier du statut ministériel.
La polémique pourrait toutefois relancer le débat sur une éventuelle modulation de cette indemnité en fonction du temps réellement exercé.
