Le gluten n’est peut-être pas le vrai coupable. Une revue parue dans The Lancet bouscule l’idée reçue selon laquelle la sensibilité au gluten non cœliaque vient d’abord du gluten. Elle pointe plutôt l’axe intestin-cerveau et certains glucides fermentescibles, avec des implications sanitaires et économiques majeures pour tous ceux qui ont banni le gluten de leur assiette.
Santé : pourquoi le gluten n’explique pas toujours vos troubles

Publié le 22 octobre 2025, ce travail réévalue la sensibilité au gluten non cœliaque. Il suggère que le gluten joue souvent un rôle secondaire dans les troubles digestifs rapportés par le grand public. En pratique, cette synthèse propose une lecture fonctionnelle des symptômes, et rebat les cartes d’une stratégie alimentaire parfois coûteuse et peu justifiée.
Gluten, symptôme ou faux coupable ? Le prisme de l’axe intestin-cerveau
Depuis des années, des patients évoquent des douleurs, des ballonnements et une fatigue après ingestion de gluten. Pourtant, la revue montre que la plupart ne réagissent pas spécifiquement à cette protéine, même en essais rigoureux. « Contrairement à une idée répandue, la plupart des personnes atteintes de sensibilité au gluten non cœliaque ne réagissent pas réellement au gluten », a déclaré Jessica Biesiekierski, première autrice, dans une interview relayée par ScienceDaily le 27 octobre 2025. Selon la même source, les troubles relèvent plus souvent des FODMAPs, d’autres composants du blé et de mécanismes de perception liés à l’axe intestin-cerveau.
Concrètement, lorsque l’on contrôle les régimes et que l’on expose en double aveugle à du gluten ou à un placebo, seule une minorité réagit de manière spécifique ; le reste ne diffère pas du placebo, indiquent les synthèses récentes. New Atlas rappelle qu’« entre 16 % et 30 % » des participants seulement montrent une réponse propre au gluten, ce qui repositionne ces troubles dans la famille des désordres intestin-cerveau et non dans un cadre strictement immunologique comme la maladie cœliaque. « Pris dans son ensemble, cela redéfinit la sensibilité au gluten non cœliaque (NCGS) comme faisant partie du spectre des interactions entre l’intestin et le cerveau. », a ajouté Jessica Biesiekierski, citée par ce média.
Ce que la science vient de découvrir change la pratique, pas la réalité des symptômes
Pour les patients, les troubles sont bien réels. Cependant, la revue du 22 octobre établit que le gluten n’est pas, le plus souvent, le déclencheur direct. L’hypothèse la plus robuste vise les FODMAPs, notamment les fructanes présents dans le blé, ainsi que l’effet nocebo, c’est-à-dire l’apparition de symptômes parce que l’on s’attend à aller mal. L’Université de Melbourne insiste sur ce point : l’anticipation et l’interprétation des signaux intestinaux modulent fortement l’expérience symptomatique, même quand l’exposition au gluten est nulle.
Dès lors, l’orientation de prise en charge évolue. Il faut d’abord exclure une maladie cœliaque et une allergie au blé, puis documenter les troubles sur un régime pauvre en FODMAPs avant de tester l’exposition au gluten. La revue plaide pour une diététique encadrée par un professionnel, afin d’éviter les carences nutritionnelles et les surcoûts. Elle suggère aussi un soutien psychologique ciblant l’anxiété digestive et les croyances alimentaires, plutôt qu’une éviction stricte et durable du gluten en l’absence de preuve reproductible de déclenchement.
Santé publique et portefeuille : faut-il vraiment retirer le gluten de l’assiette ?
La question ne relève pas que de la clinique. Elle touche la santé publique et l’économie domestique. Les produits « sans gluten » restent plus chers, alors que l’intérêt d’une éviction chez des sujets sans maladie cœliaque s’avère limité. Or, d’après les synthèses médiatiques, environ 10 % des adultes se déclarent sensibles au gluten ; certaines estimations médiatiques montent jusqu’à 15 %. « Parmi les essais cliniques les plus solides analysés, seule une minorité indique que le gluten est en cause », résume Future Sciences, citant Jessica Biesiekierski, ce qui relativise la nécessité d’achats spécialisés pour une large partie du public.
En pratique, l’approche recommandée consiste à investiguer les troubles avec une stratégie graduée : tri des déclencheurs FODMAPs, choix de céréales moins riches en fructanes, et évaluation de la réponse clinique avant d’imposer une éviction totale du gluten. Cette méthode, plus personnalisée, limite les restrictions, préserve l’équilibre nutritionnel et réduit l’impact financier, tout en respectant la réalité des symptômes. Elle encourage enfin un dialogue éclairé entre patients et soignants, pour aligner croyances, attentes et données scientifiques.
