Santé : SOS Médecins rejoint les rangs des médecins grévistes

Dans un contexte sanitaire déjà fragile, un nouveau mouvement de contestation émerge. En suspendant son activité pour une journée entière, SOS Médecins fait entendre sa voix.

Jade Blachier
By Jade Blachier Published on 29 avril 2025 10h26
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sante-sos-medecins-rejoint-medecins-grevistes - © Economie Matin
87 %87 % de la population vit dans un désert médical.

À partir du 29 avril 2025, SOS Médecins suspend ses activités dans plusieurs secteurs de France, dont Cherbourg-en-Cotentin. Cette mobilisation, qui intervient dans le cadre d'une contestation nationale, vise à dénoncer une proposition de loi concernant l'installation des médecins. L'événement s'inscrit dans un débat plus large sur la lutte contre les déserts médicaux et ses implications pour l’organisation du système de santé.

SOS Médecins entre en grève pour défendre la liberté d’installation

Le mardi 29 avril 2025, SOS Médecins Cotentin suspend son standard téléphonique ainsi que toutes ses consultations pendant vingt-quatre heures. Ce mouvement exceptionnel est motivé par une volonté de défendre la liberté d’installation des professionnels de santé, mise en cause par la proposition de loi dite « Garot ».

Pour Christophe Marchenay, président de SOS Médecins Cotentin, cette démarche s’inscrit dans une logique de protection de la pratique libérale : « Ce n’est certainement pas maintenant, à l’heure où 87 % de la population vit dans un désert médical, qu’il faut mettre des contraintes d’installation aux médecins. C’est complètement contre-productif ».

La grève vise donc à alerter les pouvoirs publics sur le risque d’aggraver la pénurie médicale, plutôt que de la résorber, par des mécanismes contraignants.

La loi Garot, une tentative de régulation contestée

La proposition de loi Garot, déposée à l’Assemblée nationale le 13 février 2025 sous le numéro 966, ambitionne de mieux répartir les médecins sur l'ensemble du territoire. Le texte prévoit que l'installation dans certaines zones déjà bien dotées soit soumise à autorisation administrative, délivrée par les agences régionales de santé (ARS).

Si l'objectif est de combler les déséquilibres géographiques, une partie importante du corps médical exprime ses réserves. Pour Hervé Pourcelot, membre de SOS Médecins Besançon, « cela touche au caractère libéral de notre profession, à notre liberté d'exercice » (France 3 Régions, 28 avril 2025).

Les critiques pointent notamment le risque de démotiver les jeunes médecins à choisir l'exercice libéral, en favorisant leur départ vers d’autres secteurs d’activité ou à l’étranger.

Quel impact immédiat pour les patients et pour l’accès aux soins ?

La suspension temporaire des activités de SOS Médecins aura un impact direct sur l’accès aux soins de proximité. Les patients habituellement pris en charge par ces structures devront se tourner vers les services d'urgence hospitaliers ou reporter leurs consultations.

Selon Frédéric Bastian, président d’honneur de SOS Médecins Cotentin, cette journée d'interruption vise aussi à sensibiliser la population aux risques d'une dégradation progressive du système de santé : « À part dépeupler la population de médecins généralistes, je ne vois pas l’intérêt de cette coercition » (Actu.fr, 28 avril 2025).

Le choix de fermer les standards d’appel et les consultations souligne la gravité des inquiétudes exprimées par les professionnels de terrain face à une réforme perçue comme insuffisamment concertée.

Un débat de fond sur la lutte contre les déserts médicaux

Au-delà de cette mobilisation ponctuelle, la question soulevée par la loi Garot révèle un problème plus large : comment garantir l’accès aux soins sans porter atteinte aux fondements de la médecine libérale en France ?

Si la nécessité de lutter contre les déserts médicaux est largement reconnue, les modalités de cette lutte suscitent des désaccords profonds. D’autres propositions, comme des incitations financières ou l'amélioration des conditions d'exercice dans les zones rurales, sont régulièrement évoquées par les syndicats de soignants.

Le débat reste ouvert, entre impératif d’égal accès aux soins pour tous les Français et respect des libertés professionnelles.

Jade Blachier

Diplômée en Information Communication, journaliste alternante chez Economie Matin.

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