Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé, le 6 octobre 2025, sa démission depuis la cour de Matignon. Il a dénoncé des « appétits partisans » et une absence de majorité claire, révélant les fractures profondes du pouvoir exécutif d’Emmanuel Macron.
Sébastien Lecornu alerte : la France est dans une impasse institutionnelle

Un départ précipité après vingt-sept jours à Matignon
Le 6 octobre 2025, Sébastien Lecornu a présenté sa démission au président Emmanuel Macron, mettant fin à un mandat de seulement vingt-sept jours, le plus court de la Ve République. Cette décision, confirmée officiellement par Matignon puis par le site du gouvernement, intervient après des semaines d’impasse politique et de blocages entre les différentes forces parlementaires. Nommé à la tête du gouvernement dans l’espoir de bâtir un compromis, Sébastien Lecornu a rapidement mesuré la difficulté d’une majorité éclatée et des alliances impossibles.
Dans son discours de démission, prononcé dans la cour de Matignon, il a ouvertement reconnu l’échec de sa mission : « On ne peut pas être Premier ministre lorsque les conditions ne sont pas remplies », a-t-il déclaré. Cette phrase illustre la limite atteinte par un exécutif privé de soutien politique durable. Le Premier ministre n’a jamais pu présenter de discours de politique générale devant l’Assemblée nationale, une première sous la Ve République.
Des « appétits partisans » qui bloquent toute gouvernabilité
Au fil de son allocution, Sébastien Lecornu a pointé la responsabilité de ce qu’il a appelé les « appétits partisans » ayant, selon lui, rendu impossible l’action du gouvernement. « J’étais prêt aux compromis », a-t-il ajouté, « mais les formations politiques ont fait mine de ne pas voir les avancées ». Ces propos résonnent comme un constat d’échec collectif. En vingt-sept jours, le chef du gouvernement n’a pas réussi à convaincre ni la droite parlementaire, ni la gauche, ni les centristes de s’unir autour d’un projet commun.
Ce blocage illustre le climat politique tendu dans lequel évolue l’exécutif depuis les dernières législatives. Les Républicains, par la voix de Bruno Retailleau, ont très vite dénoncé une équipe « déjà condamnée ». À gauche, les critiques ont fusé sur le manque de ligne claire et sur l’absence de légitimité politique du nouveau Premier ministre. Entre ces deux pôles, la majorité présidentielle a tenté d’éteindre les incendies sans parvenir à enrayer l’isolement croissant du gouvernement Lecornu.
Emmanuel Macron survivra-t-il à la crise ?
La démission de Sébastien Lecornu dépasse la seule dimension individuelle. Elle met à nu les limites du second quinquennat d’Emmanuel Macron, déjà fragilisé par des remaniements successifs et par la difficulté à maintenir un équilibre entre ouverture et cohérence. En acceptant la démission de son Premier ministre, le chef de l’État se retrouve face à une équation institutionnelle complexe : comment gouverner sans majorité stable ? La vacance du poste a été immédiatement actée dès la remise officielle de la lettre de démission.
Cette séquence met en lumière une mécanique politique devenue intenable. Sébastien Lecornu, ancien ministre des Armées, incarne une génération macroniste loyale, mais confrontée à un contexte où la logique de coalition s’est heurtée aux logiques partisanes. L’absence de projet commun entre forces modérées a transformé Matignon en champ de manœuvre impossible. Pour de nombreux observateurs, cette crise constitue un avertissement avant une possible dissolution ou un nouveau virage politique du président.
Un discours à la tonalité républicaine et personnelle
Devant les caméras et le personnel de Matignon, il a évoqué « la dignité de servir », tout en soulignant qu’« un Premier ministre ne peut gouverner sans le soutien de la représentation nationale ». L’ancien Premier ministre a également tenu à remercier les membres de son gouvernement pour « leur engagement dans des conditions difficiles ».
En filigrane, son discours laisse transparaître une fidélité intacte au président Macron, même si l’échec collectif reste assumé.
Une séquence politique sans précédent sous la Ve République
La brièveté du passage de Sébastien Lecornu à Matignon consacre un nouveau record institutionnel. Vingt-sept jours : jamais un Premier ministre n’avait quitté ses fonctions aussi rapidement depuis 1958. Aucun discours de politique générale, aucune loi déposée, aucune réforme amorcée : le gouvernement Lecornu n’aura eu le temps ni de gouverner ni de convaincre.
Cette démission s’inscrit dans une série de crises ministérielles depuis 2022, marquées par la difficulté à trouver un équilibre entre gouvernance verticale et ouverture parlementaire. Pour les économistes comme pour les acteurs publics, cette incertitude retarde les arbitrages budgétaires, notamment à la veille du débat sur le projet de loi de finances 2026. En toile de fond, le départ du Premier ministre laisse planer une question cruciale : qui, désormais, peut incarner la stabilité gouvernementale dans la seconde moitié du quinquennat ?
Un symbole d’épuisement du macronisme gouvernemental
Sébastien Lecornu aura tenté d’incarner un compromis entre la fidélité présidentielle et la recherche d’un apaisement politique. Son départ révèle cependant un épuisement plus large : celui d’un mode de gouvernance centré sur la technicité, la verticalité et la persuasion morale.
Dans les rangs de la majorité, le départ du Premier ministre est vécu comme une défaite, mais aussi comme une ouverture possible. La recherche d’un profil politique plus ancré pourrait s’imposer dans les jours à venir. En attendant, le pays reste dans l’attente d’un nouveau chef de gouvernement, tandis que l’Élysée cherche à éviter la vacance prolongée du pouvoir. Les semaines qui suivront cette démission seront déterminantes pour savoir si la présidence Macron peut encore rassembler une majorité parlementaire capable de gouverner durablement.
