La crise de la quarantaine n’est plus ce gouffre du bonheur que l’on croyait inévitable. Une série d’études mondiales démontre qu’aujourd’hui, le mal-être culmine non pas au milieu de la vie, mais dès la jeunesse, bouleversant notre vision de l’évolution psychologique et sociétale des générations.
Société : la jeunesse d’aujourd’hui est la plus malheureuse

Le 27 août 2025, plusieurs publications scientifiques et médiatiques ont confirmé que le bonheur ne suit plus la fameuse courbe en U associée à la crise de la quarantaine. Selon les nouvelles données, issues de plus de 12 millions de réponses à des enquêtes internationales, c’est désormais la jeunesse, en particulier la génération Z, qui fait face à une dégradation marquée du bien-être.
Quand la crise de la quarantaine perd son statut
Longtemps, le mythe populaire a affirmé que le bonheur chutait au milieu de la vie avant de remonter vers la cinquantaine. Cette perception s’appuyait sur l’image d’un « hump » psychologique, une bosse d’insatisfaction. Or, selon ScienceBlog, « le schéma classique du hump a disparu, remplacé par un déclin continu du mal-être avec l’âge ». L’étude menée sur 12 millions de réponses issues de 44 pays montre que le bonheur ne se brise plus à quarante ans mais s’améliore progressivement en avançant dans l’âge.
La génération qui en souffre le plus est désormais la plus jeune. En 2023, les niveaux de mal-être les plus élevés concernaient les moins de 25 ans, particulièrement les femmes, tandis que les personnes âgées affichaient les scores les plus bas. Comme l’expliquent l’économiste David Blanchflower et ses collègues : « Notre étude est la première à démontrer que le déclin de la santé mentale des jeunes ces dernières années signifie qu’aujourd’hui, aux États-Unis comme au Royaume-Uni, le mal-être est le plus fort chez les jeunes et décroît avec l’âge ».
Les jeunes générations, nouvelles victimes d’un malaise social
The Times rapporte que l’analyse de plus de 10 millions d’Américains et 40 000 ménages britanniques révèle une mutation profonde : le « hump » s’est transformé en « pente de ski ». Les chercheurs de l’University College London, résument ce bouleversement : « La bosse s’est transformée en une sorte de pente de ski, où le mal-être diminue à mesure que les gens vieillissent… un phénomène entièrement provoqué par la croissance des troubles mentaux chez les jeunes » .
Les causes avancées sont multiples : usage intensif du smartphone, isolement social, précarité de l’emploi, souvenirs traumatisants de l’enfance. La société numérique, en accentuant la comparaison permanente, semble avoir fragilisé le bonheur des plus jeunes. De quoi expliquer en partie que les taux de suicide des adolescents aux États-Unis ont augmenté de 70 % entre 2008 et 2020, tandis que les prescriptions d’antidépresseurs ont doublé pour les enfants britanniques entre 2005 et 2017.
Une transformation générationnelle du bonheur
Le constat dépasse les frontières anglo-saxonnes. Selon MedicalXpress, les données de 2 millions de personnes dans 44 pays montrent que le modèle mondial a changé. De même, Vox souligne que le Global Flourishing Study, mené auprès de 200 000 adultes dans 23 pays, révèle un bien-être des 18-29 ans systématiquement inférieur à celui des générations plus âgées.
Cette rupture générationnelle est qualifiée par The Guardian de véritable « crise du bien-être chez les jeunes ». Twenge et Blanchflower affirment : « La courbe en U du bien-être en fonction de l’âge, qui existait auparavant dans ces pays, a aujourd’hui disparu, remplacée par une crise du bien-être chez les jeunes ». Le phénomène se retrouve également dans une étude publiée par Nature Mental Health de mai 2025, citée par le Daily Telegraph, qui confirme que la courbe du bonheur s’aplatit et s’inverse dans de nombreux pays industrialisés.
Cette évolution s’explique aussi par un changement de perception du temps et des attentes. Alors que les générations précédentes se préparaient à une crise de la quarantaine, la génération Z doit affronter dès la jeunesse un sentiment de désillusion. La société, en accélérant les pressions économiques et sociales, a déplacé la crise existentielle vers le début de la vie adulte.
